UQAM-Nord 2011

Dans le cadre d'un cours en sciences de l'environnement, une quinzaine d'étudiants ont vécu deux semaines dans le Nord du Québec, à la rencontre de communautés directement touchées par l'annonce du Plan Nord.

17 Octobre 2011 à 0H00

Le Plan Nord du gouvernement Charest a fait couler beaucoup d'encre depuis son annonce officielle en mai dernier. Dans le cadre d'un cours offert à la maîtrise et au doctorat en sciences de l'environnement, une quinzaine d'étudiants de l'UQAM se sont rendus à la fin du mois d'août au nord du 49e parallèle afin de saisir les problématiques que vivent les populations directement concernées par ce vaste chantier qui représente des investissement publics et privés de 80 milliards sur 25 ans. «Nous avons rencontré les acteurs industriels, communautaires et autochtones des régions de l'Abitibi, de la Baie James et du Nunavik», précise la doctorante Virginie Larivière.

Le développement minier et la production d'hydroélectricité sont au cœur du Plan Nord. Onze nouveaux projets miniers ont été annoncés dans le cadre du projet, tandis que Québec s'engage à développer 3 500 MW additionnels d'énergie renouvelable au cours des 25 prochaines années. «C'est un plan axé sur le développement durable qui se fait en partenariat avec les communautés autochtones», a affirmé Jean Charest lors de la présentation du Plan Nord.

Des zones grises

«Ici, plusieurs sont critiques du Plan Nord, tandis que là-bas, les communautés accueillent les promesses de création d'emplois à bras ouverts», note le doctorant Danny King. En fait, les étudiants du cours UQAM-Nord ont pu constater que le projet ne fait pas l'unanimité. «Tenter de cerner la réalité socio-environnementale des habitants du Nord est un exercice qui se déroule dans des zones grises, car tout n'est pas noir ou blanc», nuance Virginie Larivière, qui en était à sa deuxième participation au cours. Elle agissait cette fois à titre d'auxiliaire d'enseignement, aux côtés du professeur Robert Davidson et des chargés de cours Marie St-Arnaud et Nicolas Milot.

À Kuujjuarapik, un village sur les côtes de la Baie d'Hudson, où vivent côte à côte Inuit et Cris, les citoyens ne veulent rien entendre du projet visant à harnacher la rivière Grande Baleine, mais ils sont enthousiastes à la venue des industries minières. «Pourtant, ils savent que l'industrie minière fonctionne toujours par cycles d'une quinzaine d'années, au cours desquelles la croissance est rapide, puis la décroissance toute aussi brutale», mentionne Florian Olivier, candidat à la maîtrise.

«Le défi des communautés du Nord est de développer une économie durable qui puisse faire concurrence aux salaires que versent les industries minières et forestières, ajoute le doctorant Olivier Collin-Haubensak. Sans cela, ils ne parviendront jamais à obtenir une stabilité économique.»

Mais pour développer une telle économie, il faudrait créer des emplois qui ne seraient pas liés au développement minier, forestier ou hydro-électrique. «L'entrepreneurship n'est malheureusement pas valorisé», poursuit Danny King. Et ce n'est pas une région où l'on peut exploiter le tourisme comme c'est le cas plus au sud, ajoute son collègue Florian Olivier. «Il y a du tourisme, dit-il, mais ce sont surtout de riches américains qui arrivent et qui repartent sans rien acheter sur place.»

Un Plan Nord... amélioré !

De retour dans le Sud, les étudiants du cours UQAM-Nord doivent maintenant rédiger leur propre version du Plan Nord, basée sur leur expertise et les informations qu'ils ont récoltées durant leur séjour. «Comme nous sommes en sciences de l'environnement, il est évident que nous axerons notre réflexion sur la gestion des ressources et le développement durable», affirme Florian Olivier.

«Le problème du Plan Nord, c'est qu'il s'agit d'un vieux modèle de développement économique du style Partons à la conquête du Nord!, note l'étudiant, appuyé par ses collègues. Le document parle de développement durable pendant les quatre premières pages et puis plus rien!» Ainsi, le gouvernement a annoncé son intention de créer d'ici 2015 un réseau d'aires protégées correspondant à au moins 12 % de la superficie couverte par le Plan Nord, sans plus de détails.

«Il est vrai que l'aspect économique du projet prime sur le développement social et le développement durable», confirme Virginie Larivière.

«En somme, ce que nous retenons de ce périple, c'est que la réflexion stratégique en amont n'a peut-être pas eu lieu, conclut Danny King. Est-ce que ce Plan Nord est réellement nécessaire? Est-ce un projet de société ou un projet d'entreprise?» Le débat est ouvert.

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