Benoît Robert: au volant de Communauto

L'entreprise d'autopartage en libre-service, la plus ancienne et l'une des plus importantes en Amérique du Nord, permet en effet une flexibilité qui fait défaut aux autres modes de transport collectif.

20 Avril 2012 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

«Nous sommes le chaînon manquant du transport en commun», affirme fièrement Benoît Robert (B.Sc. biologie, 89), fondateur et p.-d.g. de Communauto. L’entreprise d’autopartage en libre-service, la plus ancienne et l’une des plus importantes en Amérique du Nord, permet en effet une flexibilité qui fait défaut aux autres modes de transport collectif. Ses abonnés ont le loisir de réserver une voiture pour des vacances d’un mois hors de la ville ou pour une période aussi courte que… 30 minutes!

Toutes les raisons sont bonnes pour s’abonner à Communauto, souligne Benoît Robert, un écolo qui a toujours refusé de verser dans le dogmatisme. «Nous proposons un service complémentaire à l’offre existante de transport public afin de diminuer le nombre de véhicules en circulation sur les routes, tout en éliminant le sentiment de captivité associé au fait de ne pas posséder de voiture, dit-il. Les gens peuvent s’y abonner parce qu’ils n’ont pas, ne veulent pas ou ne veulent plus de voiture, ou encore parce qu’ils souhaitent se débarrasser de leur deuxième voiture.»

Benoît Robert a amorcé sa réflexion sur l’autopartage au début des années 1990, dans le cadre d’une maîtrise à l’Université Laval en aménagement du territoire et développement régional. Il s’est rendu en Europe, où il a étudié le fonctionnement d’une quinzaine d’organisations. «Je suis revenu au pays pour analyser le même type de service dans un contexte nord-américain», raconte-t-il. Le hic? «Personne ne voulait en démarrer un, alors j’ai dû le créer!», se rappelle-t-il en riant.

Auto-Com a vu le jour à Québec en 1994, sous la forme d’une coopérative au sein de laquelle une quinzaine de membres – dont Benoît Robert, abonné numéro un – se partageaient trois véhicules. Le nombre d’abonnés n’a jamais cessé de croître. «J’avais acheté mon premier téléphone cellulaire et les gens m’appelaient directement pour réserver une voiture, raconte le fondateur. Le service était offert 24 heures sur 24, mais je leur demandais de ne pas m’appeler entre 22 h et 6 h du matin!»

Un an plus tard, Communauto démarrait ses activités à Montréal, sous forme de compagnie enregistrée. «Je voulais avoir les coudées franches afin de faire progresser l’entreprise et le carcan coopératif m’indisposait», avoue candidement Benoît Robert. La liquidation des actifs d’Auto-Com et la fusion des deux entités a mené à l’utilisation du nom de Communauto à partir de l’an 2000.

Le bouche à oreille a fait le reste. L’entreprise, aujourd’hui implantée à Québec (incluant Lévis), Montréal (Laval, Longueuil, Saint-Lambert et Saint-Bruno), Sherbrooke et Gatineau (incluant un véhicule à la gare d’Ottawa), compte plus de 25 000 usagers, près de 1 200 véhicules et 70 employés… sans recevoir un sou des gouvernements. «C’était primordial que le service s’autofinance pour ne pas être à la merci des décisions politiques», explique le p.-d.g., qui n’a plus à répondre au téléphone depuis longtemps. Plus de 80 % des réservations s’effectuent dorénavant par Internet.

Quelques minutes passées avec Benoît Robert suffisent pour comprendre qu’il a fait ses devoirs avec passion avant de créer Communauto. «C’est un service rempli de paradoxes, fait-il remarquer. D’un côté, nous rendons la voiture plus accessible à des gens qui n’en possèdent pas, ce qui peut sembler contradictoire avec nos objectifs environnementaux, mais l’effet net est bel et bien la réduction du nombre de véhicules en circulation et la diminution du nombre de déplacements en automobile.»

Les études révèlent que chaque véhicule en autopartage se substitue à environ huit véhicules personnels. «Un usager qui s’abonne à Communauto réduit en moyenne de 35 % le nombre de kilomètres qu’il parcourt en voiture chaque année, note fièrement Benoît Robert. C’est 2 900 km par année, ce qui se traduit par une réduction d’environ 1,2 tonne de CO2, soit 25 000 tonnes pour l’ensemble des abonnés.»

Depuis août dernier, l’entreprise a ajouté une cinquantaine de voitures électriques à son parc. «Nous avons longtemps été critiqués pour ne pas avoir acheté de voitures hybrides, mais le calcul coût/bénéfice n’était pas avantageux pour nos usagers, explique le p.-d.g. L’auto électrique, en revanche, permet de bonifier notre offre de service dans la lignée de notre philosophie. Mais la situation évolue et l’arrivée sur le marché de modèles hybrides plus abordables nous permettra probablement aussi de les intégrer à notre offre sous peu.»

Benoît Robert n’a jamais douté du succès de son projet, salué autant par les groupes environnementaux, comme Greenpeace, que par le Club Automobile. Plusieurs sociétés de transport en commun ont également accepté de s’y associer. «À l’époque, notre petite entreprise à vocation sociale, urbanistique et environnementale était snobée par les milieux financiers, qui nous considéraient comme des marginaux, conclut-il. Aujourd’hui, nous sommes mainstream

PARTAGER