Pas de notes!

J’ai l’impression que ce système ou rien n’est noté met encore plus de pression sur les épaules des étudiants!

20 Février 2012 à 0H00

Léticia Villeneuve fait ses études de 2e cycle à la célèbre université d'Oxford, en Angleterre. Elle est diplômée du baccalauréat en relations internationales et droit international de l’UQAM et boursière de la Fondation Rhodes.

Oxford vient de sortir de la vague de froid qui a balayé ce côté-ci de l’Atlantique pendant quelques semaines. Il n’a pas fait extrêmement froid, en comparaison avec la température usuelle de Montréal en février, mais l’humidité est si intense qu’on a parfois l’impression de geler jusqu’aux os en quelques minutes à l’extérieur. Et il faut dire que les températures froides paraissent pires par ici, du fait que les installations ne semblent pas du tout adaptées au climat hivernal. Disons qu’au cours des dernières semaines, des petites choses du quotidien québécois me sont soudainement apparues comme des innovations sensationnelles qui auraient dû faire leur chemin jusqu’ici il y a un moment : le double vitrage et le chauffage central, par exemple! Bref, je suis plutôt contente que le temps doux semble sur le point de s’installer. Surtout qu’en tant que Canadienne, on me refusait tout commentaire à propos du froid!

Le printemps qui semble s’installer tranquillement me rappelle à quel point le temps passe vite par ici. À cette date, j’ai déjà complété plus de la moitié du Hillary Term, ma deuxième session à Oxford. Tout comme la première, cette session se déroule à un rythme plutôt effréné. Tous semblent un peu à la course ces jours-ci, professeurs et étudiants compris. Les professeurs restent tout de même très accessibles et prennent le temps de fournir des commentaires individualisés pour tous les travaux. En fait, un retour personnalisé sur les travaux rédigés chaque semaine, par le biais de commentaires et de rencontres de supervision, sont à la base de la formule d’enseignement dans mon programme.

Ce qui est fascinant avec ce système, et j’avoue que j’ai encore un peu de mal à m’y habituer, c’est qu’aucun travail ou présentation n’est évalué par l’attribution d’une note, chiffrée ou littérale. Même si j’étais loin d’être quelqu’un qui prenait ses travaux à la légère auparavant, je dois dire que cette nouvelle dynamique change vraiment ma vision de mon travail. En fait, j’ai l’impression que ce système ou rien n’est noté met encore plus de pression sur les épaules des étudiants! Par exemple, dans le système universitaire québécois, j’avais l’habitude de doser l’effort et le temps consacré à un travail en fonction de sa valeur dans la note finale. Puis, une fois le travail remis, que j’en sois satisfaite ou non, je passais au prochain et n’y pensais plus. Ici, par contre, c’est impossible de remettre un travail et de ne plus y penser, surtout si on n’en est pas particulièrement fier, car l’étape suivante consiste à en discuter individuellement avec son superviseur. Le feed-back­ que l’on reçoit prend donc la forme de discussions soutenues, où l’on se fait questionner sur des aspects particuliers de notre argumentaire ou défier à propos d’éléments que l’on a omis d’inclure dans notre analyse. Cela produit toujours des discussions intéressantes et enrichissantes, mais quand on est habitué aux évaluations chiffrées, on sort souvent de ces rencontres avec une certaine incertitude quant à sa performance. D’où la pression quand on sait qu’il faut recommencer le même exercice la semaine suivante! C’est plutôt déconcertant, mais extrêmement stimulant.

J’aurai quand même une évaluation plus «traditionnelle» dans quelques semaines, avant le début de la prochaine session. Il faudrait d’ailleurs que je commence à me préparer: j’aurai un seul examen de trois heures qui couvrira les deux dernières sessions de cours. Ce sera tout un défi! Mais, pour l’instant, ma priorité est de définir mon sujet de mémoire. Il semble que ce soit une de ces choses auxquelles on ne peut échapper dans un programme de maîtrise, peu importe le système!

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