Politesse et décorum à l'anglaise

Fidèles au cliché répandu sur la culture anglaise, la politesse et le décorum l’emportent souvent sur l’efficacité et la concision.

11 Mai 2012 à 1H00

Léticia Villeneuve fait ses études de 2e cycle à la célèbre université d'Oxford, en Angleterre. Elle est diplômée du baccalauréat en relations internationales et droit international de l’UQAM et boursière de la Fondation Rhodes.

Cette session, je suis en pleine phase de découverte de mes nouvelles tâches au sein du comité exécutif de la Middle Common Room, association des étudiants aux études supérieures de mon collège. J’ai le mandat, entre autres choses, de siéger à plusieurs comités décisionnels, aux côtés du Master, des doyens et des nombreux Fellows. Au University College, la représentation étudiante au sein des instances administratives a été instaurée il y a quelques années à peine. À ce que j’ai cru comprendre, certaines voix étaient réfractaires à une présence étudiante à ces comités (le poids de la tradition, peut-être?), menant à plusieurs compromis et limites à notre participation. L’agenda des réunions est donc divisé en deux parties, dont une est traitée en l’absence des représentants étudiants. Dans tous les cas, même si nous n’avons pas de droit de vote sur l’ensemble des questions, notre présence nous permet d’être tenus au courant des enjeux touchant la vie au collège, de dialoguer avec les différentes instances et d’émettre des recommandations en accord avec les intérêts des étudiants.

Les meetings britanniques sont d’ailleurs plutôt divertissants. Fidèles au cliché répandu sur la culture anglaise, la politesse et le décorum l’emportent souvent sur l’efficacité et la concision. Par exemple, bien que la plupart des personnes participant aux réunions se connaissent intimement, tous s’adressent à leurs collègues en utilisant leurs titres officiels à chacune de leurs interventions. La plupart des commentaires sont aussi enrobés de plusieurs couches de nuances et d’acrobaties syntaxiques pour atténuer les prises de position. Ça se traduit souvent par des interventions du genre : «Master, si vous me permettez, j’aimerais porter à votre attention une option qui, bien que nous l’ayons considérée brièvement lors d’une précédente rencontre, mériterait peut-être qu’on la réévalue, à la lumière de…», et ainsi de suite. Disons que ça atténue le rythme et la force des débats. Pour compléter ce tableau anglais avec une touche typique d’Oxford, lors de certaines réunions, le port de la toge est obligatoire pour tous, profs et étudiants confondus!

Dans quelques semaines, ce sera déjà la fin de ma première année ici et j’en dresse un bilan très positif. Oxford aura certainement demandé beaucoup d’adaptation, mais c’est un environnement exceptionnel: souvent surprenant, presqu’irréel, parfois frustrant du fait de son immobilisme, mais aussi amusant et inspirant de par ses nombreuses traditions. J’ai appris énormément, exploré des activités nouvelles (comme l’aviron!) et rencontré de nombreuses personnes fantastiques. C’est d’ailleurs avec une certaine tristesse qu’on voit l’année se terminer : ce sera bientôt le départ de plusieurs collègues et amis pour qui le Trinity Term 2012 marquera la fin d’un passage à Oxford. En contrepartie, j’ai déjà hâte de rencontrer la relève qui nous rejoindra fin septembre. Cette année n’est pas encore finie que je me surprends à songer à celle qui suivra. Des objectifs pour 2012-2013? Assister à plus de conférences et séminaires, ainsi que prendre le temps de découvrir un peu plus l’Angleterre, hors de l’Oxfordshire. On verra bien comment j’arriverai à conjuguer le tout avec la routine des obligations académiques. Mais avant de retomber dans ce tourbillon pour une deuxième année, je serai de retour dans quelques semaines pour profiter un peu de l’été montréalais. Au plaisir de vous croiser dans les alentours du Quartier Latin!

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