Missions de paix : mission impossible ?

Un colloque se penche sur le rôle des missions de paix dans la résolution des conflits.

25 Novembre 2013 à 11H19

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Casques bleus au Soudan. Photo: Archives/ONU.

Quelle est la légitimité des missions de paix ? Quelle est leur efficacité ? De quelle vision du développement sont-elles porteuses ? À l'invitation de l'Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires de la Chaire Raoul-Dandurand, une vingtaine de chercheurs et de praticiens d'ici et de l'étranger débattront de ces questions dans le cadre du colloque Missions de paix : mission impossible ?, les 28 et 29 novembre prochains. Ils se pencheront notamment sur les stratégies de prévention et de résolution des conflits dans divers pays : Syrie, Mali, Kosovo, République démocratique du Congo, Côte d'Ivoire. L'événement se déroulera à la Maison du développement durable (50, rue Sainte-Catherine Ouest). Grâce à la webdiffusion, les internautes pourront poser des questions aux conférenciers durant le colloque.

Les opérations de maintien de la paix des Nations Unies ont commencé en 1948 lorsque le Conseil de sécurité a autorisé le déploiement d'observateurs militaires au Moyen-Orient. Le rôle de la mission était de surveiller l'application de l'Accord d'armistice entre Israël et ses voisins arabes. Depuis lors, l'ONU a envoyé une soixantaine de missions de paix, dont plus de 50 depuis 1988, notamment au Rwanda et en Bosnie-Herzégovine.

Les missions de paix ont-elles encore un rôle à jouer dans un monde où, selon plusieurs analystes, la violence organisée et les conflits armés seraient en régression ? «Il est vrai que les conflits armés interétatiques sont moins nombreux depuis une vingtaine d'années, mais les conflits intra-étatiques, surgissant le plus souvent dans les pays en développement, sont à la hausse», souligne Bruno Charbonneau, directeur de l'Observatoire sur les missions de paix et professeur à l'Université Laurentienne.

Du maintien à la consolidation de la paix

Selon ce chercheur, qui est aussi associé au Département des sciences économiques, le mandat des missions de paix a changé depuis la fin de la guerre froide. «À l'origine, les missions devaient essentiellement maintenir la paix après que les belligérants aient conclu un cessez-le-feu et s'assurer que l'accord soit respecté. À partir des années 90, elles se consacrent de plus en plus à la consolidation de la paix et à la reconstruction de la société.» Les Casques bleus supervisent ainsi des élections, acheminent de l'aide, rétablissent l'ordre public, désarment les combattants et protègent les populations afin de jeter, dit-on, les bases d'une paix durable. «La vision sécuritaire défendue par l'ONU et d'autres institutions internationales, comme la Banque mondiale, est dominante. Elle vise d'abord la reconstruction de l'État et des forces de l'ordre – armée, police –, tout en faisant la promotion du modèle libéral de l'économie de marché, observe Bruno Charbonneau. Les missions de paix se transforment même, dans certains cas, en projets d'ingénierie sociale à travers la mise en place de nouvelles institutions. Certains se demandent jusqu'à quel point la communauté internationale doit imposer sa propre conception du développement, laquelle entre parfois en conflit avec celle des acteurs locaux, comme on a l'a vu au Mali et en Côte d'Ivoire.»

Cette mutation du rôle de la communauté internationale n'est pas étrangère à la remise en cause du principe de non-ingérence dans les affaires internes des États. Selon le Human Security Centre, entre 1988 et 2008, le nombre d'initiatives de rétablissement de la paix  a été multiplié par 5, celui des sanctions multilatérales par 20 et celui des missions de diplomatie préventive et de médiation par 10. Un ouvrage paru en 2012, Understanding Conflict Resolution, rapporte que l'ONU, entre 1989 et 2000, a contribué à concevoir 25 des 39 accords de paix signés pour mettre fin aux conflits armés.

Désengagement du Canada

Le colloque abordera également le rôle du Canada dans les missions de paix, lequel s'est transformé ces dernières années. «Depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs, on assiste à un désengagement accéléré, note le professeur. Aujourd'hui, le Canada fournit environ 200 Casques bleus, surtout des policiers. Il préfère intervenir dans le cadre d'opérations menées par les forces de l'OTAN, comme ce fut le cas au Kosovo, en Afghanistan et en Libye.»

Le dernier atelier sera consacré au problème de la Syrie, pays où la militarisation du conflit et les rivalités régionales et internationales mettent en péril la structure de l'État et le tissu social. «Les États-Unis, la Russie et Israël ont des intérêts à protéger dans cette région, note Bruno Charbonneau De plus, les diverses forces politiques et militaires dans le pays refusent la présence de soldats de la paix. Le cas de la Syrie montre que le pouvoir de résolution des conflits du  système onusien a des limites.»

 

 

 

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