Claude Champoux: décrocheur de lune

Le diplômé en muséologie construit des maquettes qui permettent aux handicapés visuels d'appréhender l'astronomie par le toucher.

15 Novembre 2013 à 11H09

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Photo
Claude Champoux. Photo: Nathalie St-Pierre.

Ne cherchez pas la salle à manger chez Claude Champoux (M.A. muséologie, 07). La petite pièce qui jouxte la cuisine de son appartement du quartier Hochelaga-Maisonneuve a été convertie depuis belle lurette en atelier d'artiste. Les deux tables à dessin sont garnies d'équerres, de pots de colle et de couteaux de précision. L'astronome amateur y a passé des heures à fabriquer des maquettes reproduisant tantôt le système solaire, tantôt les cratères de la Lune. Les étagères superposées jusqu'au plafond débordent d'étoiles en carton, de planètes en plastique et de galaxies en styromousse. «C'est tout l'univers que vous avez devant vous», dit fièrement ce diplômé de la maîtrise en muséologie, qui a aussi complété un certificat en animation culturelle, en 1981, et un programme court de deuxième cycle en éducation relative à l'environnement, en 2011.

Animateur au Planétarium de Montréal depuis 2007, Claude Champoux a l'habitude de guider les visiteurs à des années-lumière de la Terre. Il y a cinq ans, toutefois, c'est lui qui a entrepris un voyage dans un monde qui lui était inconnu: celui des malvoyants. «J'ai entendu parler d'ateliers à Buenos Aires où l'on initiait les aveugles à l'astronomie, raconte le bricoleur. L'idée m'a séduit. J'ai commencé à imaginer des maquettes qui permettraient aux handicapés visuels d'appréhender l'univers par le toucher.»

Sur la maquette du système solaire, la planète Mercure est de la grosseur d'un point Braille. À la même échelle, le Soleil est représenté par un vieux disque 33 tours. Une autre maquette est composée d'un globe terrestre que Claude Champoux a recouvert de deux peintures aux textures différentes, pour permettre aux aveugles de sentir les contours des continents. Du bout de leurs doigts, les participants peuvent aussi palper les reliefs des fonds marins, sculptés en trois dimensions. Ils peuvent même ouvrir le globe, comme une poupée russe, pour découvrir les couches de la structure interne de la Terre.

La maquette qui reproduit à petite échelle le phénomène des marées est un trésor d'ingéniosité. «Si vous saviez combien d'heures j'ai passées sous la douche à me creuser la tête pour concevoir celle-ci», rigole Claude Champoux. Sur une grande plaque, une boule d'argile représentant le Soleil surplombe une Terre enveloppée de mousse éponge, représentant les océans. À proximité de la Terre se trouve une autre boule, plus petite, qui tient lieu de Lune. «Quand on fait tourner la Lune avec ses doigts autour de la Terre, un mécanisme permet à la mousse éponge de prendre de l'expansion, comme les eaux à marée haute», illustre l'astronome amateur en s'exécutant.

Claude Champoux a été propulsé dans les étoiles dès son enfance. Il est né en 1957, l'année où l'URSS a lancé Spoutnik dans l'espace. Il se souvient, en 1969, avoir été rivé à l'écran quand Neil Armstrong a fait ses premiers pas sur la Lune. Depuis, son intérêt pour l’espace ne s’est jamais démenti. En 1978, il fait la rencontre à l'UQAM de Francine St-Onge (B.A. psychosociologie de la communication, 81; M.A. communication, 99). «Comme moi, elle était fascinée par l'astronomie.» Le duo décide de lancer AMIA (atelier mobile d'initiation à l'astronomie), un spectacle de son et lumière qui permet aux jeunes du primaire et du secondaire d'acquérir des notions de base en astronomie. Comme un groupe rock, les deux complices partent en tournée et montent leur spectacle dans des gymnases aux quatre coins du Québec. L'aventure AMIA durera 20 ans et fera rêver des milliers d'élèves.

En 2009, quand il approche l'Institut Nazareth et Louis-Braille (INLB) avec l'idée d'enseigner l'astronomie aux handicapés visuels, Claude Champoux a un plan de cours et des prototypes de 10 maquettes… mais pas un sou pour mettre son projet à exécution. «À force de détermination, j'ai créé des partenariats avec différentes organisations, dont l'Agence spatiale canadienne et le Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain, qui m'ont donné leur appui.»

Son labeur a été récompensé. En 2013, Claude Champoux a reçu le Prix d'engagement en éducation du Conseil de diplômés de la Faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM pour son Projet E-T: Espace à toucher. Mais sa vraie récompense, il l'a reçue lors d'un atelier. «Je me souviendrai toujours d'une participante qui manipulait une de mes maquettes et qui s'est exclamée: "C'est la première fois que je vois une comète!".»

Claude Champoux cherche maintenant des ressources pour faire voyager ses maquettes et permettre à des malvoyants hors de la région de Montréal de découvrir l'espace. «Ce ne sont pas tous les handicapés visuels qui vont sortir de chez eux pour suivre un cours sur l'astronomie, concède-t-il. Mais pour ceux que j'arrive à rejoindre, découvrir la Lune n'a pas de prix.»

Source :
INTER, magazine de l’Université du Québec à Montréal, Vol. 11, no 2, automne 2013.

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