Danielle Trottier : derrière les barreaux d'Unité 9

15 Avril 2013 à 0H00

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Avec en moyenne 1,8 million de téléspectateurs chaque semaine, Unité 9 a été le succès de  la saison au petit écran. Les personnages bien campés et les dialogues percutants de ce téléroman nouveau genre ont su captiver l’auditoire, même si le sujet – le milieu carcéral féminin – n’a rien de réjouissant. «Mes enfants aimaient les histoires que je leur racontais avant d’aller au lit et je crois que, même quand on est grand, on aime se faire raconter des histoires», note avec philosophie l’auteure Danielle Trottier (M.A. muséologie, 92), qui roule sa bosse dans le métier depuis une quinzaine d’années.

Celle qui se décrit comme une rêveuse qui a toujours inventé des histoires n'avait pourtant jamais pensé écrire. Déracinée de son Abitibi natale pour suivre son mari dans la région montréalaise, Danielle Trottier a fait partie de la première cohorte d’étudiants à la maîtrise en muséologie de l’UQAM, conjuguant ses études avec un travail d’enseignante en tourisme au Collège Montmorency, où elle a participé à la mise sur pied d’un programme technique en muséologie, en plus de travailler pour la galerie d’art de l’établissement. «Disons qu’avec deux jeunes enfants dans le portrait, je ne me cherchais pas d’autres occupations!», dit-elle en riant.

C’est un cours de scénarisation suivi dans le cadre d'une formation en multimédia qui lui a permis de se révéler à elle-même comme auteure. «Mon projet final pour ce cours est devenu Emma», révèle la scénariste. Le téléroman, diffusé à TVA de 2001 à 2004, a lancé sa carrière, qui s’est poursuivie avec La Promesse, un succès qui s'est prolongé pendant 7 ans, de 2005 à 2012.

L’univers d’Unité 9 tranche avec ses deux œuvres précédentes. Des histoires de famille comme Emma ou La Promesse «tournent autour des relations amoureuses, des enfants, du mariage, de l’infidélité, du divorce, de la maladie et de la mort». Les sujets classiques du téléroman québécois. Or, l'auteure avait envie d’explorer autre chose, de raconter une histoire inédite à la télévision. C’est la lecture du rapport de la Commission d’enquête sur certains événements survenus à la Prison des femmes de Kingston, de la juge Louise Arbour, qui l’a incitée à s’intéresser au milieu carcéral féminin. «J’ai pleuré et j’étais en colère après la lecture de ce rapport, se rappelle-t-elle. J’ai su tout de suite que j’avais trouvé un bon filon et je n’ai pas arrêté de lire sur le sujet depuis.»

Elle a également rencontré des détenues. «Je suis allée au-delà de leur statut de prisonnières, précise-t-elle. J’ai rencontré des femmes, des mères, des filles. Je n’ai pas voulu savoir pourquoi elles étaient là, je leur ai plutôt posé des questions sur elles.» L’automne dernier, elle est allée regarder un épisode d’Unité 9 avec d'ex-prisonnières dans une maison de transition. «Elles ont reconnu l’univers carcéral et ont beaucoup apprécié l'émission, surtout le fait d’avoir accès, par la magie de la fiction, aux problèmes des autres détenues.»

Auteure, scénariste et dialoguiste, Danielle Trottier sait où elle va. «Peu importe le nombre de saisons, j’ai déjà en tête la finale d’Unité 9.» Le défi, précise-t-elle, est de faire évoluer de façon originale et sans redite sa galerie de quelque 25 personnages… car les téléspectateurs sont aux aguets! «La réplique n’est pas aussitôt dite à la télé qu’il y a déjà des réactions sur Facebook», note-t-elle, amusée. On la félicite, on la remercie… ou on la met en garde! Des téléspectateurs l'ont en effet bien avertie : il n'est pas question qu'elle fasse disparaître tel ou tel personnage, sinon ils cesseront de regarder Unité 9. «Tous les auteurs rêvent de toucher les gens à ce point, ajoute-t-elle, mais cela vient avec une exigence : il faut sans cesse se surpasser pour amener le téléspectateur ailleurs.»

Pour écrire les textes de ses personnages, elle fait équipe avec deux complices dialoguistes : Louise Danis et Geneviève Baril. Cette dernière, étudiante au baccalauréat en études littéraires à l’UQAM, est sa fille. «Les deux sont douées et je sais qu’un jour elles développeront leurs propres projets, affirme l’auteure. Je serai alors très émue d’être aux premières loges pour me faire raconter, à mon tour, une histoire par ma propre fille.»

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