Impacts des changements climatiques sur le tourisme au Québec

19 Avril 2013 à 13H47

La Chaire de tourisme Transat de l'ESG UQAM vient de publier la première recherche québécoise portant sur les impacts des changements climatiques sur certains attraits touristiques et activités de plein air, de même que sur les mesures d’adaptation à envisager dans les régions des Laurentides et des Cantons-de-l’Est.  L'étude a été réalisée en collaboration avec le consortium Ouranos sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques, Ressources naturelles Canada et plusieurs partenaires sectoriels et régionaux de l’industrie touristique.

Échelonnée sur près de trois ans et impliquant quelque 300 intervenants du secteur, dont 200 issus d'entreprises privées, la recherche propose à la fois des pistes d'action et des outils prévisionnels pour mieux comprendre et gérer les risques ou les occasions d'affaires liés aux changements climatiques, dans un secteur où les pratiques sont plutôt saisonnières.

Les chercheurs se sont intéressés à plusieurs activités saisonnières et attraits touristiques extérieurs dans les Laurentides et les Cantons-de-l'Est : camping, golf, motoneige, parc national, parc aquatique et thématique, ski alpin et ski de fond. Ils ont par la suite élaboré des scénarios pour les horizons 2020 et 2050 à partir d'une base chronologique de données portant sur la pratique des activités et les températures enregistrées pour la période de 1998 à 2008.

Principaux constats

- La saison estivale est susceptible d’accueillir plus de participants grâce à une augmentation de sa durée. La saison hivernale, quant à elle, sera écourtée, davantage pour les activités de ski de fond et de motoneige, surtout dans la région des Cantons-de-l’Est;

- En l’absence de nouvelles mesures d’atténuation et d’adaptation, les gains estivaux risquent de ne pas être suffisants pour compenser les pertes hivernales;

- La façon dont les médias communiquent les conditions météorologiques préoccupe au plus haut point l’industrie touristique. Celle-ci souhaite que les prévisions à court terme soient plus raffinées sur le plan géographique et en fonction des heures journalières (60 % de beau temps prévu au lieu de 40 % de probabilité de précipitations; devenant nuageux avec risque de pluie à compter de 14 h; etc.);

- Il faut munir l’industrie d’outils scientifiques mieux ciblés et de données économiques et statistiques fiables;

- La plupart des actions en cours relèvent davantage de mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre que de mesures d’adaptation, ces dernières exigeant des ressources humaines et financières adéquates.

Recommandations pour l'industrie touristique

Les chercheurs croient que l'industrie touristique doit faire preuve de leadership sur les plans de la sensibilisation et de la formation, voie incontournable pour la compréhension du climat et la gestion des risques en entreprise. Ils encouragent les entreprises et les régions touristiques à adopter une démarche d'adaptation aux changements climatiques au sein de leurs structures décisionnelles. Selon eux, le rôle et les avenues de recherche de Tourisme Québec doivent être précisés dans le cadre du Plan gouvernemental d'adaptation aux changements climatiques 2013-2020 en complémentarité avec les autres organismes publics concernés. Enfin, ils recommandent au gouvernement québécois de mettre en œuvre un programme de soutien dédié au tourisme et un cadre réglementaire pour mieux intégrer l'adaptation aux changements climatiques.

«L’enjeu climatique s’ajoute aux nombreux défis économiques, démographiques et technologiques auxquels les dirigeants du secteur touristique doivent faire face. Si ce nouvel enjeu est bien géré, le Québec pourrait tirer son épingle du jeu et bénéficier de retombées fort intéressantes», souligne Michel Archambault, directeur scientifique de l’étude et président du Bureau des gouverneurs de la Chaire de tourisme Transat.

Alain Bourque, directeur des programmes scientifiques chez Ouranos, estime pour sa part que «la collaboration unique entre les secteurs privé, public et le monde scientifique a permis de mesurer les conséquences réelles sur le terrain et de comprendre comment mieux gérer l'impact du climat dans le futur.»

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