Tisser des liens

L'étudiant en droit Sameer Zuberi se présente comme conseiller de ville sous la bannière de Projet Montréal.

23 Octobre 2013 à 13H07

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Sameer Zuberi. Photo: Nathalie St-Pierre

«Je suis un pur produit de Montréal, une ville où vivent des gens de toutes origines et de tous horizons», lance d'entrée de jeu Sameer Zuberi, candidat au poste de conseiller de ville pour le district de Pierrefonds-Roxboro Est. L'étudiant de troisième année au baccalauréat en droit, né à Laval il y a 34 ans dans une famille anglophone multiculturelle, semble détendu, malgré le fait qu'il n'ait pas fermé l'œil de la nuit en raison d'un examen. «Je m'implique dans plusieurs causes et j'ai travaillé dans différents domaines, dans les relations publiques comme pour la défense des droits humains. Mon cheminement personnel et mes expériences professionnelles sont mes plus précieux atouts», estime le candidat de Projet Montréal. «C'est un parti sérieux, honnête et qui fait preuve de transparence: il n'a jamais été appelé à la Commission Charbonneau, souligne-t-il. Les membres du parti ont de l'expérience: cela fait 10 ans qu'ils sont en politique municipale.»

Son cheval de bataille: l'intégration et la reconnaissance des minorités visibles. Vingt pour cent des citoyens de Montréal appartiennent à cette catégorie. Pourtant, seuls trois élus municipaux sur 103 sont issus des minorités visibles, rappelle le candidat, lui-même né d'une mère italo-écossaise et d'un père pakistanais. «Les minorités sont sous-représentées à Montréal. Cela doit changer, martèle Sameer Zuberi. Durant les 10 dernières années, j'ai travaillé sans relâche à tisser des liens avec différentes communautés culturelles. J'aimerais que tous les Montréalais, peu importe leur provenance, puissent contribuer à la vie économique, citoyenne, sociale et culturelle de la ville. Nous devons travailler sur ce qui nous unit et non sur ce qui nous sépare.»

Un étudiant engagé

Après un séjour de cinq ans dans la Réserve canadienne au début de l'âge adulte, Sameer Zuberi a entrepris des études universitaires en mathématiques à l'Université Concordia. C'est là qu'il a pris goût à l'engagement politique et social, en particulier au sein de l'Association des étudiants de l'Université (Concordia Student Union), où il a été élu vice-président à deux reprises (affaires internes et finance). Diplôme en poche, il est parti enseigner l'anglais pendant un an au Koweït, en 2004, où il a vécu un véritable choc identitaire. «En raison de la couleur de ma peau et de mes cheveux, je passais inaperçu, alors que je me sentais totalement différent à l'intérieur de moi. Je venais d'un autre monde!» se remémore-t-il.

De retour au pays, Sameer Zuberi, alors unilingue anglophone, se trouve un emploi à Ottawa, où il œuvre dans des organismes de défense des droits humains. De 2006 à 2008, il est coordonnateur aux relations publiques et droits humains au Canadian Council on American-Islamic Relations (connu désormais sous le nom de Conseil national des musulmans canadiens). Fondée en 2000, cette organisation communautaire se porte à la défense des droits des musulmans, tout en luttant contre l'islamophobie. «Le conseil s'est beaucoup impliqué dans des dossiers de Canadiens victimes de torture à l'étranger, dont le cas de Maher Arar», explique Sameer Zuberi. Ce citoyen canadien d'origine syrienne, soupçonné de terrorisme en 2001 par les autorités américaines, a été déporté en Syrie, détenu et torturé pendant près d'un an avant d'être libéré.

Le droit en français

En compagnie de son épouse, une montréalaise comme lui, Sameer Zuberi choisit de revenir au bercail en 2008. Il s'ennuie de sa famille et de sa ville. «Comme je voulais parfaire mes connaissances en droit, j'ai décidé de faire d'une pierre deux coups: apprendre le droit et le français», explique-t-il. Il opte pour l'UQAM «afin de vivre en immersion complète». «Pour vivre à Montréal et y travailler, il faut maîtriser le français», poursuit celui qui s'est également mis à l'ourdou, la langue maternelle de son père. La langue ne semble pas être un obstacle de taille pour le jeune homme. À preuve, il a remporté durant l'année universitaire 2010-2011, un Prix d'excellence du Département des sciences juridiques. Décerné par l'Association du barreau canadien, le prix récompense les étudiants qui ont obtenu les meilleures notes dans le cadre d'un cours en droit constitutionnel.

Entre un cours de droit et un changement de couche, Sameer Zuberi, qui est papa de deux fillettes, dont un bébé de quelques mois à peine, trouve le temps d'aller discuter avec ses concitoyens afin de promouvoir sa candidature. Celui qui vit dans le district de Pierrefonds-Roxboro Est, à l'endroit même où il se présente, a plusieurs idées pour développer son quartier. «On y retrouve une population très diversifiée; plusieurs familles sont immigrantes. Si je suis élu conseiller de ville, je veux y bâtir davantage de logements sociaux et mieux protéger les espaces verts, tout en faisant la promotion du transport en commun. Je veux y installer une vraie vie de quartier.»

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