L'hiver à Oxford

Les précipitations abondantes empêchent la pratique du sport emblématique de ce coin de pays: l’aviron.

18 Février 2013 à 0H00

Léticia Villeneuve fait ses études de 2e cycle à la célèbre université d'Oxford, en Angleterre. Elle est diplômée du baccalauréat en relations internationales et droit international de l’UQAM et boursière de la Fondation Rhodes.

Je me suis réveillée un matin ce mois-ci au son de la voix plutôt paniquée des animateurs de la radio locale. La raison? Une tempête de neige qui aura laissé un grand total de … cinq centimètres de neige au sol! Les animateurs alternaient leurs appels à rester chez soi avec les rapports de leurs envoyés spéciaux sur le terrain. L’équipe comptait, entre autres, sur un reporter délégué au «Centre de contrôle de la neige» de l’Oxfordshire, d’où il suivait par GPS la progression des 27 chasse-neige desservant le comté. Il y avait de quoi faire rigoler les Québécois et autres habitués d’hivers dignes de ce nom.

À part ces quelques menus épisodes où une faible neige paralyse la ville entière, la météo entrave rarement les activités quotidiennes par ici. Cette année fait définitivement exception. Les précipitations abondantes empêchent la pratique du sport emblématique de ce coin de pays: l’aviron. Pas parce que la pluie mène à l’annulation des entraînements sur l’eau (s’il fallait que ce soit le cas, ils n’auraient presque jamais lieu!), mais bien parce que les précipitations records qui s’accumulent depuis des mois rendent la rivière difficilement praticable. Son niveau et son débit sont souvent trop élevés pour permettre aux bateaux de manœuvrer sans danger dans son parcours étroit et sinueux. L’automne dernier, les novices n’ont eu droit qu’à deux semaines d’entraînement sur l’eau avant les régates de novembre, régates qui ont finalement été annulées, faute de conditions clémentes.

Les pronostics ne sont guère plus encourageants cette session, la rivière ayant été hors d’accès pendant les dernières semaines. On espère tous que la situation s’améliore rapidement, parce que les régates d’hiver, appelées Torpids, approchent à grands pas et sont autrement plus sensationnelles. Alors que les régates d’automne pour débutants se déroulent en mode tournoi, deux bateaux à la fois faisant la course nez à nez, les régates d’hiver et d’été sont ce que l’on appelle des bump races. Le principe est plutôt simple, mais curieux. Tous les équipages participants sont classés en rang, au sein de divisions comprenant chacune une dizaine de bateaux. À chaque course, toutes les embarcations d’une même division se placent en position pour le départ, une derrière l’autre, avec une distance de 1,5 longueur de bateau les séparant. Au son du canon annonçant le départ, chaque bateau doit rattraper celui qui le précède et le heurter (bump), avant que le bateau qui le suit ne réussisse à faire de même!

Ce qui est ahurissant, c’est que tout rameur se fait répéter sans cesse, à l’entraînement, de faire très attention aux embarcations plutôt fragiles. Puis, quand arrivent les bump races, entraîneurs et supporters unissent leurs cris pour les encourager à foncer dans les bateaux rivaux! Heureusement, les accidents sont plutôt rares: la plupart des bateaux choisissent de concéder la victoire à leur poursuivant avant qu’il n’y ait impact. Mais on n’est jamais à l’abri d’un bris causé par une collision avec un autre bateau… ou avec la rive en cas d’erreur de pilotage.

Les Torpids, ce sont cinq jours bien remplis d’enthousiasme et d’adrénaline, tant pour les participants que pour les spectateurs. On espère qu’on y aura droit cette saison. Autrement, il faudra retourner à nos livres en attendant l’été!

En vidéo: http://www.youtube.com/watch?v=VxjNM7uBsCg et http://vimeo.com/42894721

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