Redécouvrir Félix Leclerc

Le Département de musique organise un colloque sur l'œuvre du célèbre chansonnier.

19 Septembre 2014 à 16H23

Félix Leclerc, dans une image tirée de la série "Abitibi", juillet 1957. National Film Board of Canada. Photothèque / Library and Archives Canada /  PA-107872. Photographe: Devlin-Belaieff-Jousse.

Afin de souligner le 100e anniversaire de naissance de Félix Leclerc, le Département de musique organise le colloque Pieds nus dans l'aube… du XXIe siècle: L'œuvre de Félix Leclerc, héritage et perspectives, qui aura lieu du 25 au 27 septembre à l'UQAM. «Nous souhaitons jeter un nouveau regard sur son œuvre et mettre en perspectives ses parties les moins connues», souligne le professeur Danick Trottier, du Département de musique.

Qui ne connaît pas Félix Leclerc? «C'est une partie du problème, reconnaît le jeune chercheur, embauché à l'UQAM en juin dernier. Félix Leclerc est un personnage sacralisé au Québec, un véritable monument de la chanson. Or, cette image figée, c'est un peu l'arbre qui cache la forêt.»

Félix Leclerc était en effet bien plus qu'un chansonnier. C'était aussi un écrivain, qui s'est adonné au théâtre, au conte, au récit et à la poésie. «On conseille aujourd'hui aux artistes de diversifier leurs pratiques. Or, Félix Leclerc était un artiste multidisciplinaire avant l'heure. Le moteur de sa création était l'amour des mots», observe Danick Trottier.

Le colloque, organisé en collaboration avec le Département d'études littéraires, se penchera donc à la fois sur l'écrivain et sur le musicien, dont il reste beaucoup à découvrir, ajoute le professeur. «Les gens connaissent Le petit bonheur, Le tour de l'île ou L'hymne au printemps. Ce n'est que la pointe de l'iceberg, car le répertoire de Leclerc compte 160 chansons. Celles-ci sont des modèles en raison d'un mariage parfait entre la construction musicale et le propos, toujours d'actualité.»

Influence tzigane

Danick Trottier

Les influences musicales de Félix Leclerc en surprendront certains. Il s'est bien sûr inspiré du blues et du jazz, des mélodies françaises et du country-western, mais aussi de la musique tzigane. «Félix a été marqué dans sa jeunesse par le passage d'une troupe de théâtre russe à l'auberge que tenait son père, à La Tuque», raconte Danick Trottier. La fille de Félix, Nathalie, confirmait récemment à la radio que l'une des seules musiques qui résonnaient dans la maison familiale était la musique tzigane.

Un des thèmes incontournables de ce colloque sera bien sûr l'engagement de Félix Leclerc. «Nous voulons remettre les pendules à l'heure à ce propos, souligne en riant le professeur Trottier. D'aucuns pensent que l'engagement de Félix date de la crise d'Octobre, laquelle le pousse à écrire L'alouette en colère. Or, il a toujours été engagé, dès ses débuts, prenant partie pour l'art libre et la défense du patrimoine québécois.»

Une paternité… mais laquelle?

L'histoire est connue: c'est le gérant d'artiste Jacques Canetti, en visite au Québec, qui a convaincu Félix Leclerc de le suivre en France afin de donner des spectacles. À ses débuts, en décembre 1950, l'accueil est dithyrambique. «Félix était une grande vedette à Paris à cette époque et il a influencé une génération de chansonniers, dont Brel et Brassens, qui ont toujours reconnu leur dette envers lui, note Danick Trottier. C'est dommage qu'aujourd'hui, en France, on ne reconnaisse pratiquement plus l'influence de Félix.»

Le succès outre-mer a propulsé la carrière de Félix Leclerc à son retour au Québec. Mais peut-il être considéré comme le père de la chanson québécoise pour autant? «Non, estime le chercheur. Il y avait une chanson québécoise avant lui. En revanche, c'est le premier à se présenter sur scène pour un récital complet avec sa guitare et ses chansons. On peut donc affirmer qu'il est le père du mouvement chansonnier.»

Trois grandes conférences

Aurélien Boivin, professeur à l'Université Laval, se penchera sur la trilogie de contes et poèmes Adagio, Allegro et Andante, dans le cadre de l'une des trois grandes conférences au programme. L'auteur-compositeur Stéphane Venne, auteur de l'ouvrage Le frisson des chansons (Stanké, 2006), viendra décortiquer la chanson Moi, mes souliers à titre de modèle. Enfin, Gilles Perron, du cégep de Limoilou, traitera de la genèse de Félix en tant que chansonnier.

Deux tables rondes

Outre les sessions de communications traditionnelles, deux tables rondes figurent au programme de ce colloque, le premier organisé par le Département de musique depuis 2007. L'une portera sur la façon de se réapproprier les œuvres de Félix Leclerc au XXIe siècle, et l'autre abordera la transmission de l'œuvre de Félix d'une génération à l'autre. «Depuis les années 2000, on s'intéresse de moins à moins à Félix Leclerc dans les écoles et nous le déplorons», note Danick Trottier.

Un concert de clôture

Enfin, que serait un colloque sur Félix Leclerc sans une portion musicale? Les organisateurs du colloque invitent donc le public à Adagio, andante et allegro: Concerto pour Leclerc, un concert hommage de l'Orchestre philarmonique des musiciens de Montréal (OPMEM), dirigé par Philippe Ménard, avec la participation des étudiants et professeurs en chant populaire et instrument populaire. Ce concert aura lieu le dimanche 28 septembre, à 16 h, à la salle Marie-Gérin-Lajoie. «On pourra y entendre plus de 25 chansons de Félix Leclerc, dont la création d'une pièce inédite, Le secret des pins», souligne Danick Trottier.

Le colloque a lieu au local D-R200 et est ouvert au public. Les billets pour le concert de clôture sont en vente au coût de 25 $ régulier, 15 $ étudiant. Billetterie: 514-987-3456.

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