Passionné de design

Depuis bientôt 30 ans, Georges Labrecque s'amuse à faire des expos. Sans rien perdre de sa passion, de sa créativité et de son enthousiasme.

29 Avril 2014 à 16H23

Série Dans les coulisses de l'UQAM
Des employés de l'UQAM, ceux qui, dans les coulisses, assurent le bon fonctionnement de l'Université, parlent de leur rôle au sein de notre institution.

Georges LabrecquePhoto: Nathalie St-Pierre

L'hiver dernier, je l'ai rencontré dans un passage souterrain entre deux pavillons. Il revenait, tout sourire, de poser des affiches. Une des petites tâches qui font partie de sa routine à chaque nouvelle exposition. Georges Labrecque, chargé de projets au Centre de design depuis presque 30 ans, adore son travail. «Je dois parfois me pincer pour me convaincre que tout cela est réel, confie-t-il en riant. Sinon, j'ai l'impression que l'UQAM et le Centre de design ne sont qu'un immense jeu qui n'existe que pour m'amuser!»

Tous ceux qui l'ont côtoyé au cours des trois dernières décennies savent que c'est un être plein d'humour et toujours partant pour un projet intéressant. Ceux qui gravitent autour de l'École de design savent également qu'il a conçu les mises en espace les plus remarquées du Centre depuis les débuts. Chaque fois qu'un événement y est célébré – exposition importante, anniversaire –, il est salué par un tonnerre d'applaudissements. De quoi rendre jaloux les directrices et directeurs qui se sont succédé à la barre (7 en 30 ans), mais eux-mêmes vous le diront: le Centre de design repose en grande partie sur les épaules de Georges Labrecque.

«C'est vrai parce que lui reste alors que les directeurs passent, explique le professeur émérite Marc Choko, qui a dirigé le Centre pendant près de 10 ans. Mais c'est vrai aussi en raison de ses dons exceptionnels pour faire des scénographies toujours étonnantes avec des moyens très modestes. C'est certainement l'un des meilleurs scénographes d'exposition au Canada et même plus.»

Georges Labrecque avait sept ans lors de l'Expo 1967, un événement phare de l'histoire montréalaise où sa passion pour le design s'est révélée. «Quand je suis rentré à la maison, je voulais tout changer!», raconte-t-il en précisant qu'il a tellement bougé les meubles de sa chambre que le plancher, au bout de quelques années, était entièrement rayé! Heureusement que sa mère, une artiste qui a fréquenté les signataires du manifeste Refus global, avait de l'indulgence pour les élans créatifs de son fils, qui restera pour toujours obsédé par l'espace architectural.

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La chaise, un objet de design et d'architecture,Centre de design, 1985. Photo: Michel Brunelle

À l'automne 1984, la première directrice du Centre de design, la professeure France Vanlaethem, cherchait quelqu'un pour l'aider à organiser les expositions. C'est ainsi que Georges Labrecque, un ancien étudiant de l'École de design (il terminera son bac en design de l'environnement en 1992) est recruté. À l'époque, le Centre «squattait» un simple corridor, à l'arrière du pavillon Sherbrooke, où logeait l'École de design avant la construction de son propre pavillon. Très vite, cependant, l'organisme dédié à faire connaître le design sous toutes ses formes prend de l'ampleur, déménage dans une grande salle aménagée dans l'ancien auditorium et se positionne comme le lieu du design à Montréal. Avec France Vanlaethem en tant que commissaire, c'est là que Georges Labrecque travaillera notamment sur l'exposition La chaise, un objet de design et d'architecture, en 1985, un événement marquant dans l'histoire du Centre.

«Nous avions la volonté, dès le départ, d'innover dans la scénographie de nos expositions, entre autres parce que la salle que nous occupions ne se prêtait pas à des accrochages traditionnels», raconte le coordonnateur du Centre. Son mentor a été le professeur en design de l'environnement Rudi Verelst, un designer d'objets, aujourd'hui retraité, avec qui il s'est initié à la scénographie d'exposition, encore peu développée à l'époque. «Par jeu, nous nous sommes imposé de toujours renouveler la présentation de nos expositions, de toujours reconstruire l'espace, et c'est resté jusqu'à aujourd'hui», explique Georges Labrecque.

Les nombreux diplômés de l'École qui ont travaillé avec lui au fil du temps retiennent de leur expérience l'art d'exploiter tous les éléments de l'espace et de les recombiner pour créer, à chaque exposition, quelque chose d'entièrement nouveau. «C'est toujours un défi d'arriver à un résultat intéressant quand on a peu de moyens, ajoute le designer. Mais, paradoxalement, c'est quand les moyens sont limités qu'il faut être le plus ambitieux.» Comprendre: le plus inventif pour faire des miracles avec un deux par quatre et trois bouts de métal.

Avec une cinquantaine d'expositions qui ont circulé à travers le monde, de la France à la Chine, en passant par l'Argentine et les États-Unis, le travail de coordonnateur n'a pas été de tout repos. En plein milieu de ses vacances estivales, Georges Labrecque n'hésitait pas à prendre le téléphone pour débloquer des caisses d'objets coincées aux douanes. En 30 ans, il a fait de nombreux voyages (dont un périple mémorable à New York pour une exposition qui devait ouvrir ses portes à deux pas du World Trade Center et qui n'a jamais eu lieu… le 11 septembre 2001, les tours se sont littéralement écroulées sous ses yeux!), mais il a aussi passé d'innombrables nuits et autant de week-ends, juché sur une échelle, pinceau ou perceuse à la main, à finir de monter et de démonter des expos.

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Paris/ Design en mutation, Centre de design, 2009. Photo: Michel Brunelle

Parmi les expositions qui ont jalonné son parcours, Georges Labrecque retient Paris / Design en mutation, en 2009, sur les designers parisiens de la nouvelle génération, Québec en design, en 2007, sur le design québécois des années 30 à nos jours, organisée en collaboration avec le Musée national des beaux-arts du Québec, Main Design, en 2004, sur les nouvelles tendances du design à Montréal,  «des expositions qui ont beaucoup circulé», et aussi, «pour le plaisir plastique», Concours d'architecture et imaginaire territorial, en 2006, qui mettait en valeur le travail des meilleurs architectes du Québec.

Entre les tâches de bureau, la conception et le bricolage de solutions techniques pour que, chaque fois, «ça fonctionne», Georges Labrecque ne s'est jamais ennuyé. «J'ai eu la chance de travailler avec des directeurs et des professeurs aux intérêts disciplinaires très variés et avec des contenus d'exposition toujours différents, provenant de partout dans le monde, remarque le designer. Cela a fait en sorte que mon travail changeait tout le temps. En plus, les employés du Centre – les étudiants de l'École – ont toujours 20 ans!»

Mais après 30 ans, on ne peut s'empêcher de penser à l'«après UQAM». Georges Labrecque est prêt pour l'échéance, qui devrait arriver dans un peu plus de trois ans. Il se passionne pour… le design de véhicules récréatifs. «C'est un univers un peu bâtard, laissant beaucoup de place à l'amélioration», dit le designer, qui supervise de façon anxieuse la construction du véhicule que sa blonde et lui, grands amateurs de plein air, attendent impatiemment pour l'été. Légèrement obsessif, il a même lancé un blogues sur sa nouvelle passion, GoGeorges, qui compte plus de 20 000 abonnés!

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