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Macbeth à la québécoise

Angela Konrad monte Macbeth à l’Usine C dans une traduction du poète Michel Garneau.

Par Valérie Martin

2 octobre 2015 à 14 h 10

Mis à jour le 5 octobre 2015 à 10 h 10

Macbeth à l’Usine CPhoto: Vivien Gaumand

C’est en lisant la traduction de Macbeth du dramaturge et poète Michel Garneau qu’Angela Konrad, metteuse en scène et professeure à l’École supérieure de théâtre (EST), a eu l’idée de se frotter à nouveau au personnage mythique de William Shakespeare. «La dernière fois que j’ai monté la pièce, c’était il y a une dizaine d’années, à Marseille, dans une traduction d’Heiner Müller, dit-elle. Cette fois, l’adaptation et la langue de Garneau m’ont amenée ailleurs et offert une grande liberté dans la mise en scène, ce que l’on ne trouve pas toujours dans une production en version originale.»

Michel Garneau traduit Macbeth en 1978, à la demande de l’École nationale de théâtre, dans l’optique de présenter une version québécoise de l’œuvre originale tout en lui restant le plus fidèle possible. Pour créer la traduction-adaptation, qui a aussi été utilisée dans la trilogie shakespearienne de Robert Lepage, le poète et dramaturge s’est inspiré du Glossaire du parler français au Canada (1900-1930) publié par la Société du Bon Parler français.

«J’ai découvert ce texte par l’entremise de la comédienne Dominique Quesnel, qui joue Lady Macbeth, reconnaît Angela Konrad. Garneau est l’un des plus grands poètes du Québec et sa traduction donne à la langue québécoise toutes ses lettres de noblesse.»

Marie-Claude Lefebvre, chargée de cours à l’École supérieure de théâtre, s’est chargée du travail de diction afin que les comédiens puissent rendre compte «de la traduction de Garneau tout en adoptant le bon accent – qui se rapproche de l’accent gaspésien», explique Angela Konrad.

Écrite en 1606, la pièce raconte les machinations de Macbeth, général de l’armée du roi d’Écosse, Duncan, et de son épouse, Lady Macbeth, pour détrôner le roi et prendre le pouvoir. «Le couple Macbeth n’a pas d’enfant et essaie par tous les moyens de dévier le cours des choses, quitte à utiliser les forces du mal pour parvenir à ses fins, résume la professeure. En accumulant des biens et des titres, le couple fait l’expérience d’une jouissance, certes, mais qui tourne à vide.»

Selon Angela Konrad, l’œuvre de Shakespeare repose sur la transformation de l’acteur. «C’est à partir de là que le théâtre se fait, dans la transformation et la métamorphose. On passe du registre du comique au tragique, du grotesque au sublime, du réel au surnaturel. Shakespeare me permet d’expérimenter le paradoxe, celui du mystère humain comme celui du langage scénique.»

Une production uqamienne

Le projet Macbeth a été rendu possible grâce à une subvention du Programme d’aide financière à la recherche et à la création (PAFARC), versée par la Faculté des arts afin d’appuyer les professeurs-créateurs, et une autre du Fonds de recherche du Québec Société et Culture (FRQSC), réservée aux nouveaux professeurs chercheurs/créateurs. Le centre Hexagram a aussi contribué à la production théâtrale pour le volet vidéo.

Grâce à ces subventions, Angela Konrad s’est entourée d’une équipe technique composée des candidats à la maîtrise en théâtre William Durbau (B.A. art dramatique, 15), à la mise en scène et à la dramaturgie, Cédric Delorme-Bouchard (B.A. art dramatique, 14), à la conception lumière, Laurence Boutin-Laperrière, à la scénographie, et Marie-Audrey Jacques (B.A. art dramatique, 14), aux costumes. Kenny Lefebvre, de la maîtrise en communication (média expérimental), fait aussi partie de la distribution, à la vidéo.

«Les étudiants peuvent parfaire leur formation dans le cadre d’une vraie production professionnelle, souligne Angela Konrad. J’ai entièrement confiance en eux. Sans les étudiants, je ne pourrais pas en venir à bout.»

Comme la metteuse en scène dispose d’un budget limité, elle a aussi fait appel à une équipe réduite de cinq comédiens qui se partagent plusieurs rôles, dont le professeur Alain Fournier (M.A. art dramatique, 88), de l’École supérieure de théâtre, le diplômé Gaétan Nadeau (B.A. art dramatique, 87) et le finissant du profil jeu à l’EST, Olivier Turcotte.

En résidence d’artiste à l’Usine C pour les trois prochaines années, Angela Konrad souhaite profiter de cette occasion pour mettre sur pied un laboratoire de recherche-création avec ses étudiants et des acteurs professionnels.

La pièce est présentée à l’Usine C jusqu’au 10 octobre. Les représentations affichent complet.