Danser pour retrouver son corps

Un entraînement de danse adaptée vise à améliorer la condition d'enfants souffrant de maladies neuromusculaires.

1 Juin 2015 à 14H30

Claire Cherrière, kinésithérapeute et stagiaire au CRME, Mélissa Martel, physiothérapeute et instigatrice du projet, Marie-Joanie Raymond, candidate à la maîtrise en kinanthropologie, Sylvie Fortin, professeure au Département de danse, et les cinq participantes du projet de recherche.Photo: Centre de réadaptation Marie Enfant du CHU Sainte-Justine

Cinq fillettes de 7 à 12 ans fréquentant le Centre de réadaptation Marie Enfant (CRME) du CHU Sainte-Justine ont participé à un projet de recherche visant à étudier les effets moteurs, cognitifs et psychosociaux d'un entraînement de danse adaptée. «La thérapie par la danse et l’utilisation du rythme musical ont montré des effets bénéfiques chez les personnes atteintes de neuropathie périphérique héréditaire de type maladie de Charcot-Marie-Tooth», explique le professeur du Département des sciences de l’activité physique Martin Lemay, qui mène le projet de recherche en collaboration avec la professeure Sylvie Fortin, du Département de danse. Le stagiaire post-doctoral Louis-Nicolas Veilleux, du CHU Sainte-Justine, a aussi pris part à la recherche.

Les patients atteints de ce type de troubles souffrent pour la plupart de problèmes d'équilibre, de déformations du pied pouvant nuire à la marche ainsi que de problèmes au niveau sensoriel. «La proprioception ─ soit la perception, consciente ou non, de la position des différentes parties du corps dans l'espace ─ est généralement affectée par la maladie, précise le spécialiste de la motricité, qui est aussi chercheur affilié au Centre de réadaptation Marie Enfant du CHU Sainte-Justine. La danse est un bon moyen pour les patients de mieux percevoir leurs membres dans l'espace.»

Les deux chercheurs ont été approchés par Mélissa Martel, une des physiothérapeutes du Centre, qui souhaitait intégrer la danse dans son programme de réadaptation et valider l'approche d'un point de vue scientifique. «Nous savons que l'activité physique a un impact sur la cognition tout comme le fait, par exemple, de mémoriser une chorégraphie. Or, il n'existe aucune étude sur l’activité physique adaptée pour les enfants souffrant de maladies neuromusculaires, d'où l'intérêt de développer une telle approche et d'en faire l'évaluation», observe Martin Lemay.

Les enseignantes et les fillettes lors d'une séance de danse.Photo: Alphée Turcotte

Après un premier projet pilote à l'hiver 2014, une équipe multidisciplinaire a été constituée afin de mettre au point un programme de danse adaptée. Les enfants participant à cette deuxième phase du projet devaient suivre un entraînement d'une durée de 10 semaines, à raison de 2 séances de 60 minutes par semaine. Outre Mélissa Martel, l'équipe d'enseignantes était composée de Marie-Joanie Raymond, kinésiologue et candidate à la maîtrise en kinanthropologie, et de Claire Cherrière, kinésithérapeute française et stagiaire au Centre de réadaptation. Leur travail a été supervisé par Sylvie Fortin.

Une évaluation en cours. Photo: Centre de réadaptation Marie Enfant du CHU Sainte-Justine

Avant et après chaque séance, les enfants devaient subir une batterie de tests dans les laboratoires du Centre de réadaptation afin d'évaluer différents aspects de la motricité (amplitude articulaire, force et puissance musculaire, rythme, équilibre, etc.). Des tests cognitifs pour mesurer entre autres le niveau d'attention et la mémoire ainsi que des tests psychosociaux visant à évaluer les impacts possibles sur la confiance en soi et l'estime de soi complétaient l'évaluation menée par Martin Lemay. Un groupe contrôle composé de quatre enfants (qui n'ont pas suivi le programme de danse, mais qui sont atteints de troubles similaires) a également été suivi afin de comparer les résultats de recherche.

Une étude exploratoire

Le principal défi des enseignantes, qui possédaient déjà de l'expérience en danse, a été de s'adapter aux besoins spécifiques des fillettes atteintes à différents degrés de troubles neuromusculaires, explique Sylvie Fortin, une spécialiste de l'éducation somatique qui a déjà mené des ateliers de prise de conscience de soi par le mouvement avec, entre autres, des femmes souffrant de dépression et de troubles alimentaires. «Ce sont des enfants qui marchent et courent, mais pas nécessairement sur de longues distances! D'autres encore ne peuvent pas rester debout longtemps, raconte-t-elle. Dans nos interventions, nous souhaitions qu'elles puissent vivre l'expressivité de l'art et qu'elles aient accès à un cours de danse au même titre que les autres enfants, mais ce n'était pas chose facile puisque les petites devaient faire des exercices spécifiques pour travailler la motricité en lien avec les troubles dont elles souffrent.»

Durant les séances, des chaises de repos ont été mises à la disposition des enfants et un système de pauses a été instauré. «Nous avons eu recours davantage aux murs de la classe et avons créé des chorégraphies sur chaise, illustre la professeure. Ce fut une véritable étude exploratoire.» Selon Sylvie Fortin, ces enfants vivent dans une sorte d'entre-deux: «elles ne sont pas assez habiles pour suivre un cours de danse régulier, mais, d'un autre côté, elles ne peuvent pas bénéficier d'un programme adapté pour les enfants en fauteuil roulant puisque ce n'est pas (encore) leur réalité.»

Le plaisir de danser

Les chercheuses avaient à cœur de favoriser la créativité des enfants tout en les amusant. Les petites ont été initiées à différents styles de danse comme le ballet-jazz, l'afro-contemporain, la claquette et le hip-hop/breakdance. «Chaque type de danse requiert différentes capacités motrices, expressives et cognitives, explique Sylvie Fortin. Les enfants pouvaient ainsi développer différentes habiletés.» À la fin du programme, les fillettes ont présenté leur savoir-faire en compagnie de leurs enseignantes devant leurs parents et amis. Intitulé Le Mix, le spectacle a eu lieu le 16 mai dernier à la piscine-théâtre du pavillon de Danse. «Les enseignantes et les bénévoles du CRME ont mis la main à la pâte pour offrir aux enfants l'occasion de participer à un vrai spectacle avec de la musique, des chorégraphies, des costumes et des coiffures. C'était un moment magique!», s'exclame Sylvie Fortin.

L'équipe de recherche, qui en est à la cueillette et à l'analyse des données, espère instaurer d'autres programmes de danse adaptée afin de répondre à différents besoins en réadaptation pédiatrique.

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