Métro, vélo, marche

Les résultats de l'enquête sur les habitudes de transport des membres de la communauté uqamienne sont dévoilés.

21 Septembre 2015 à 9H54

Parmi les usagers du transport en commun, 58 % déclarent toujours utiliser le métro.Photo: Nathalie St-Pierre

Quelles sont les habitudes de transport des membres de la communauté universitaire pour venir à l'UQAM et pour se déplacer dans le quartier? C'est ce qu'ont vérifié le professeur Ugo Lachapelle, du Département d'études urbaines et touristiques, et Cynthia Philippe, conseillère en développement durable au Service des immeubles et de l'équipement, dans le cadre de l'Enquête de mobilité des étudiants et employés de l'UQAM. Ce coup de sonde, mené au printemps 2014, a été réalisé avec l'aide du Service de planification académique et de recherche institutionnelle (SPARI). L'enquête précédente, en 2006, avait rejoint 2974 participants. Cette fois-ci, les chercheurs ont obtenu 4182 répondants.

Ugo Lachapelle et Cynthia Philippe ne s'attendaient pas à voir des gains significatifs en matière d'utilisation du transport en commun, qui représentait le principal mode de transport pour 68 % des répondants de l'enquête précédente. «L'UQAM a été construite au-dessus du réseau de métro, sa population a l'habitude du transport en commun. Mais quelques changements sont quand même survenus depuis huit ans, qui ont pu avoir un impact sur ces habitudes de déplacement,  comme le parachèvement du Complexe des sciences de l'UQAM, l'amélioration du réseau de pistes cyclables – en particulier l'axe Maisonneuve –, l'inauguration du métro de Laval, l'ouverture de la Grande Bibliothèque et la création du système de vélo en libre-service BIXI», souligne Ugo Lachapelle.

Le métro, grand champion

Lieux de résidence des étudiants qui ont participé à l'enquête.Carte: Anas Rahhou

Une fois pondérées pour représenter les quelque 38 000 étudiants et 5000 employés (professeurs, chargés de cours, maîtres de langue, cadres et personnel de soutien), les données de l'enquête révèlent qu'en fonction du jour de la semaine et du statut du répondant, entre 75% et 83 % des gens utilisent le transport en commun pour venir à l'Université. Environ 5 % des membres de la communauté  s'y rendent à vélo et 7 % à pied. «Des variations saisonnières sont observées pour la marche et le vélo, plus populaires au printemps et en été qu'en hiver», note Ugo Lachapelle.

Parmi les usagers du transport en commun, 58 % déclarent toujours utiliser le métro et 32 % achètent 12  titres de transport mensuels par année – 60 % en achètent au moins huit. C'est la ligne orange du métro qui est la plus utilisée avec plus de 21 000 usagers. Le train de banlieue est utilisé par près de 4000 membres, avec un taux plus élevé chez les employés (10 %).

Lieux de résidence des employés qui ont participé à l'enquête.Carte: Anas Rahhou

Les données du dernier recensement fédéral indiquent que plusieurs travailleurs prennent une heure et demie pour se rendre à leur travail. «C'est très différent pour les employés et les étudiants de l'UQAM, qui ont choisi d'habiter près de l'Université – plus de 35 % des employés et environ 33 % des étudiants demeurent à moins de 5 kilomètres – ou près d'un métro – 79 % des répondants disent résider à moins de cinq minutes de marche d'une station», souligne Ugo Lachapelle. Plus de la moitié des membres de  la communauté universitaire (55 %) résident dans le centre de l'île de Montréal – délimité grosso modo à l'ouest par Mont-Royal, Hampstead et NDG, au nord par Ahuntsic, à l'est par Saint-Michel, Rosemont et Mercier, et au sud par le fleuve St-Laurent , jusqu'au Sud-Ouest et à Verdun.

Le temps de déplacement pour se rendre au travail varie bien sûr en fonction des modes de transport. La moitié des déplacements à pied ou en transport en commun sont de 30 minutes ou moins. C'est aussi le cas pour 70 % des déplacements en automobile ou à vélo.

Ugo LachapellePhoto: Nathalie St-Pierre

«Malgré un usage important du transport en commun pour se rendre à l'UQAM, le taux de possession de voiture est élevé: 26 % des étudiants et employés possèdent une voiture dont ils sont les seuls utilisateurs et 21 % partagent l'utilisation d'une voiture familiale», souligne Ugo Lachapelle. Les chercheurs ont été surpris de constater que 27 % des étudiants de premier cycle possèdent une voiture. «L'UQAM est populaire auprès d'étudiants plus âgés qui retournent aux études», explique Cynthia Philippe. «Et ça ne veut pas dire qu'ils utilisent leur auto pour venir à l'UQAM», précise Ugo Lachapelle.

Le taux de possession d'un vélo – 32 % – est relativement faible, ont également constaté les chercheurs. Ce taux passe à 41 % chez les étudiants de deuxième et troisième cycles et à 44 % chez les professeurs et les cadres. «Cela demeure tout de même plus élevé que le taux d'abonnement à BIXI, autour de 5 %, ce qui représente près de 2200 membres de la communauté», souligne le professeur. Fait surprenant: ce sont les professeurs et les cadres qui utilisent le plus BIXI.

Déplacements dans le quartier

Une fois à l'UQAM, les déplacements entre les pavillons et vers des commerces et services à proximité se font majoritairement à pied (65 %) ou en transport en commun (53 %). L'enquête révèle que les bibliothèques de l'UQAM figurent parmi les ressources les plus utilisées sur le campus, particulièrement par les étudiants. La Grande Bibliothèque est aussi prisée par les membres de la communauté universitaire.

Cynthia PhilippePhoto: Nathalie St-Pierre

Le total des dépenses dans les restaurants et cafés ont fait bondir les chercheurs. Projetées à la population entière de l'UQAM, ces dépenses s'élèvent à près de 920 000 dollars par semaine! Le magasinage et le divertissement génèrent moins de dépenses, mais les sommes ne sont pas négligeables non plus. «L'UQAM fait tourner l'économie du quartier!», affirme Cynthia Phillipe.

Comment expliquer alors les nombreuses fermetures de restaurants et de commerces sur les rues Saint-Denis et Sainte-Catherine dans le Quartier latin? «Plusieurs restaurateurs croient sans doute qu'ils vont faire de bonnes affaires durant les festivals, mais ils n'adaptent pas toujours leur offre de service à la clientèle universitaire et ils piquent du nez pendant le reste de l'année», avance Ugo Lachapelle. Il serait utile de s'asseoir avec les développeurs et propriétaires du quartier afin qu'ils comprennent les besoins de notre communauté. Les commerces qui en tiennent compte se portent très bien.»

Les recommandations

Quelques recommandations ont été formulées par les auteurs, qui ont déposé leur rapport en mai dernier. «L'enquête contenait une section de commentaires libres et plus de la moitié des répondants se sont exprimés. Nous avons reçu l’équivalent de 130 pages de commentaires!», indique le professeur. «Les gens sont interpellés par les modes de transport, car cela les touche quotidiennement», ajoute Cynthia Philippe.

Du côté du transport en commun, plusieurs étudiants souhaitent l'implantation d'un tarif préférentiel, peu importe l'âge ou le régime d'études. «On observe que pour économiser, les étudiants qui ont plus de 25 ans et qui doivent payer le tarif régulier utilisent davantage la marche et le vélo lorsque le beau temps revient. C'est bon pour leur santé, mais leur souhait est tout de même légitime», note Cynthia Philippe. Les employés souhaiteraient  la mise en place d'un programme de partage des frais de transport en commun. «L'adhésion de l'UQAM à ce type de programme où l'employeur contribue aux tarifs ou permet de bénéficier d'un tarif réduit de groupe est une forme de fidélisation bien adaptée au contexte de l'UQAM», soulignent les auteurs du rapport.

Les utilisateurs, surtout ceux fréquentant l'UQAM le soir, aimeraient aussi que des améliorations soient apportées  à la fréquence, à la couverture territoriale et aux horaires du service de transport en commun.

Le manque de supports  à vélo est parfois évident durant les belles journées d’automne et de printemps.Photo: Nathalie St-Pierre

L'enquête démontre surtout que l'UQAM pourrait améliorer son offre de services aux cyclistes. «Il y a une demande et un potentiel de croissance, note Cynthia Philippe. Il faudrait augmenter le nombre et la distribution des supports à vélo extérieurs. La création d'une vélo-gare incluant des services connexes – vestiaires, douches, casiers, compresseurs d’air et outils à réparation – à l'intersection Sanguinet et Christin a déjà été proposée. Des enclos de supports à vélo sécurisés intérieurs avec des services à proximité permettraient aussi d'attirer et de rassurer les utilisateurs de vélos de plus grande valeur.»

À l'heure actuelle, les services offerts aux cyclistes sont méconnus. Peu de gens connaissent l'existence de BQAM, l'atelier de vélo communautaire de l'UQAM, situé au pavillon Sherbrooke, et celle de douches accessibles à la communauté au sous-sol du pavillon Hubert-Aquin. «Il faut informer les gens sur les services existants, faire des campagnes de promotion et récompenser le bon comportement des usagers du transport en commun et des modes de transport actifs», affirme Cynthia Philippe. Les données de cette enquête, conclut-elle, serviront au cours des prochains mois à la rédaction du Plan d'action en matière de transport et de mobilité durables à l'UQAM.

Le rapport complet est disponible ici:
http://developpement-durable.uqam.ca/upload/files/UQAMobilite.pdf

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