Pour une créativité éclairée

Jonathan Cha recueille l'appui d'une quarantaine de spécialistes afin de freiner le projet de réaménagement du square Viger.

19 Juin 2015 à 9H25

Vue de l'oeuvre Agora de Charles Daudelin au square Viger. Photo: art_inthecity

«L'annonce de la démolition de l'Agora du square Viger et la divulgation des images de l'aménagement projeté sont tout aussi prématurées qu'inacceptables», déplore le chargé de cours Jonathan Cha, du Département d'études urbaines et touristiques, dans une lettre ouverte publiée le 18 juin dans le Devoir et intitulée «Le square Viger: travaillons intelligemment». Une quarantaine de spécialistes, dont plusieurs professeurs de l'UQAM et d'autres universités, ont accepté de cosigner sa lettre.

Lauréat, en mai dernier, d'un prix d'excellence de l'Association des architectes paysagistes du Canada (AAPC) pour sa thèse de doctorat, Jonathan Cha est spécialiste de l'aménagement des espaces publics et des squares. Il a travaillé à différents projets pour la Ville de Montréal, dont celui de l'aménagement du square Viger. «J'étais en voyage quand j'ai appris que la Ville avait annoncé la démolition d'une partie du square et j'étais très surpris, car le travail de réflexion était loin d'être terminé», dit-il.

Jonathan Cha

Le jeune chercheur croit que l'administration municipale a précipité cette annonce dans le but de livrer un «legs» pour le 375e anniversaire de Montréal, en 2017. «C'est malheureux, car ce genre de commande politique met énormément de pression sur les concepteurs», déclare-t-il, tout en précisant qu'il ne souhaite pas critiquer les plans dévoilés. «Le processus n'est pas à point et c'est pourquoi j'ai écrit cette lettre qui a recueilli l'appui de nombreux professeurs, chercheurs, urbanistes, architectes et architectes paysagistes. C'est rare que l'on assiste à une mobilisation de cette ampleur et j'en suis bien heureux.» Parmi les signataires de la lettre, on retrouve Marc H. Choko et France Vanlaethem, professeurs émérites de l'École de design, Danielle Doucet, professeure associée au Département d'histoire de l'art, Martin Drouin, professeur au Département d'études urbaines et touristiques et rédacteur en chef de Téoros - revue de recherche en tourisme, et Marie-Dina Salvione, chargée de cours à l'École de design.

Les signataires de la lettre reconnaissent qu'en son état actuel, le square Viger est «mal-aimé, sous-utilisé et défaillant». «Il faut être créatif et novateur, inclure les citoyens et trouver une nouvelle façon de faire des projets comme celui-là, insiste Jonathan Cha. Le square Viger est un lieu qui comporte son lot de défis: voisinage avec le CHUM, autoroute qui passe endessous, œuvres d'art présentes sur le site, présence d'itinérants, etc. Ce n'est pas uniquement une solution de design qui va répondre à cela, mais bien un projet qui tiendra compte de toutes les composantes du lieu et de son contexte.»

Jonathan Cha souhaite que sa missive ait des retombées positives. «Il n'y a pas d'urgence à réaménager le square Viger. Affinons notre compréhension du secteur, dotons-nous des expertises nécessaires, harmonisons le travail des divers services de la Ville, bref, donnons-nous le temps et la liberté de bien faire les choses. Créons un mécanisme de conception et de concertation visant l'excellence afin que le square Viger devienne un précédent, synonyme d'innovation, de créativité et de fierté», conclut-il dans sa lettre.

Des pistes de solution

Durant le trimestre d'hiver 2015, les étudiants du cours «Actualité du patrimoine moderne: pratique et théorie», donné dans le cadre du DESS en architecture moderne et patrimoine, se sont penchés sur cette problématique. «Ils ont élaboré des pistes de solution pour la réhabilitation du square Viger, explique la responsable de ce cours, Marie-Dina Salvione. Le résultat, ainsi qu'une partie éditoriale et historique sur le square et ses enjeux actuels de sauvegarde, sont exposés au deuxième étage de l'École de design jusqu'au printemps 2016.»

D'autres activités de sensibilisation auront vraisemblablement lieu durant l'été, ajoute la chargée de cours, qui invite les gens à consulter la page Facebook dédiée à la sauvegarde du square Viger.

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M. Cha devrait savoir qu'en démocratie le nombre l'emporte sur la qualité et qu'aligner une quarantaine de noms d'experts ne le solidarise en rien avec le public. Un aménagement qui entre en conflit avec le principe de sécurité, qui ne tient pas compte de la réalité socio-économique du milieu et qui privilégie les formes au détriment de l'usage commun, ne fait qu'isoler le chercheur et nourrir cette impression de tour d'ivoire. Ici le pragmatisme populaire ne croise pas la théorie du beau. Or, cette coïncidence doit fonder la pertinence de la proposition de M. Cha. Refusons de prétendre que la voix du peuple ne peut exprimer que le commun, l'ordinaire et la pauvreté d'esprit. Un square est un lieu dont la cohérence se ramène à son usage plutôt qu'à son concept.