Entremetteuse techno

Fondatrice de la plateforme de cybermentorat Academos, Catherine Légaré a plus d'une corde à son arc.

14 Novembre 2016 à 15H17

Catherine Légaré
Photo: Nathalie St-Pierre

Une rencontre déterminante peut parfois orienter le parcours d'une vie. Pour Catherine Légaré (Ph.D. psychologie, 05), cette étincelle s'est produite lors d'une «journée carrière» organisée par son école secondaire. «J'ai assisté à la conférence d'une psychologue et j'ai su que je voulais étudier dans ce domaine», se rappelle la présidente et fondatrice d'Academos, une plateforme web qui permet à des jeunes de 14 à 30 ans de dialoguer avec des mentors exerçant le métier qu'ils veulent faire ou avec des étudiants du domaine qui les intéresse.

L'expression anglaise «early adopter» désigne un individu prompt à adopter une nouvelle technologie. Elle sied bien à Catherine Légaré, qui tapait déjà ses travaux à l'ordinateur à l'école secondaire, à la fin des années 1980. Quand le web et le courriel sont apparus quelques années plus tard, l'étudiante à la maîtrise en psychologie s'est convertie sur-le-champ. «Je pouvais consulter un article d'un chercheur de l'Université Stanford, en Californie, lui écrire un courriel et il me répondait! Les possibilités de ces nouveaux outils me fascinaient», se souvient-elle.

À l'époque, Catherine Légaré enseignait l'informatique à temps partiel aux personnes de 50 ans et plus au Collège de Bois-de-Boulogne. «Ces "aînés" voulaient s'impliquer au collège et c'est en discutant avec les responsables du Service d'orientation que l'idée de les jumeler avec des élèves a germé», raconte-t-elle. Créée en 1999, la plateforme Academos est devenue son projet doctoral, réalisé sous la direction du professeur Jacques Lajoie, «l'un des rares chercheurs au Québec qui travaillait sur les aspects sociaux de l'usage d'internet».

La première année, le projet regroupait une centaine de jeunes et 70 mentors. «Le nombre d'utilisateurs a grimpé en flèche, puis des élèves hors du Collège en ont entendu parler et ont voulu s'y inscrire», se souvient la fondatrice. En 2011, Academos devient une organisation à but non lucratif, se détache du Collège de Bois-de-Boulogne et déménage dans de nouveaux locaux, rue Saint-Antoine Est. Cinq ans plus tard, une douzaine d'employés y travaillent et l'organisme collabore avec près de la moitié des écoles secondaires du Québec. «Près de 43 000 jeunes se sont inscrits depuis la mise en ligne de notre nouvelle plateforme, en 2014», souligne fièrement Catherine Légaré. Cette année-là, la plateforme a remporté le concours Les sciences humaines changent le monde de la Faculté des sciences humaines.

Les élèves ont accès à une banque de plus de 2200 mentors dans tous les domaines, partout au Québec: plombier, expert en balistique, sculpteur, pompière, travailleuse sociale, etc. Tous les échanges ont lieu par courriel, sous la surveillance d'Academos, qui ne procède à aucun jumelage. «Les jeunes sont invités à faire des recherches sur le site et à contacter les mentors qui les intéressent pour leur poser des questions», précise la présidente. Les moins de 18 ans utilisent un pseudonyme et un avatar.

«Les jeunes sont invités à faire des recherches sur le site et à contacter les mentors qui les intéressent pour leur poser des questions.»

Catherine Légaré

En étudiant les conditions de réussite des programmes de mentorat pour sa thèse, Catherine Légaré en était venue à la conclusion que «ses aînés» n'étaient pas les personnes les mieux placées pour conseiller des adolescents. «Les jeunes préfèrent des mentors plus jeunes, plus près d'eux en matière d'expérience de vie et encore actifs dans le milieu professionnel», explique-t-elle. L'âge moyen des mentors sur la plateforme est de 40 ans et le taux de roulement est très faible, car ils apprécient leur rôle. «Qui n'aime pas parler de son travail?», demande la présidente. Certains mentors sont toutefois plus difficiles à recruter. C'est le cas des médecins, très en demande, ainsi que de ceux qui pratiquent des métiers issus de la formation professionnelle. Signe des temps, Academos cherche présentement des mentors YouTubers – des gens qui gagnent leur vie avec leurs vidéos sur YouTube. «Les diplômés de l'UQAM qui souhaitent devenir mentors sont les bienvenus, peu importe leur domaine», ajoute-t-elle.

En évoluant avec Academos, Catherine Légaré a ajouté des cordes à son arc. «Au début, j'étais très axée sur la psychologie et l'expérience mentorale. Ensuite, je me suis intéressée au marketing afin de nous faire connaître. Aujourd'hui, c'est l'univers des mégadonnées qui me fascine! Les comportements des utilisateurs de la plateforme peuvent être décortiqués pour mieux adapter nos services.»

Academos vient de mettre en ligne une nouvelle application pour les téléphones mobiles. Elle permet aux jeunes de choisir leur mentor, selon leurs centres d'intérêt, à la manière de Tinder, en balayant l'écran de leur téléphone! «Je sais que les téléphones sont bannis des salles de classe, mais ce serait vraiment chouette si des enseignants faisaient une exception et prenaient quelques minutes avec leurs élèves pour installer notre application», dit Catherine Légaré.

Academos, poursuit sa fondatrice, ne veut pas seulement aider les jeunes à faire des choix de carrière en accord avec leurs aspirations personnelles. «J'aimerais qu'ils comprennent l'importance de se bâtir un réseau professionnel à partir des contacts qu'ils auront eus avec nos mentors, dit-elle. Lorsqu'ils quittent Academos, je leur conseille de se mettre sur LinkedIn!» 

Source:
INTER, magazine de l'Université du Québec à Montréal, Vol. 14, no 2, automne 2016.

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