Vingt ans d'études en immobilier

La Chaire Ivanhoé Cambridge d'immobilier célèbre son 20e anniversaire au Congrès de l'Acfas.

13 Mai 2016 à 14H26

Les travaux de la Chaire ne concernent pas seulement l'immobilier résidentiel, mais aussi les tours à bureaux, les centres commerciaux, les bâtiments industriels et les immeubles à vocation institutionnelle.
Photo: Istock

Comment définir les frontières de l’immobilier? Quel est le portrait des connaissances dans ce domaine? Quelles sont les nouvelles tendances dans un contexte d'innovations technologiques? Ces questions étaient à l'ordre du jour au colloque Vingt ans de développement de savoir: vers une redéfinition des frontières de l'immobilier, tenu les10 et 11 mai dans le cadre du Congrès de l'Acfas. Cet événement visait aussi à souligner les 20 ans de la Chaire Ivanhoé Cambridge d'immobilier de l'ESG UQAM, dont la titulaire est la professeure Andrée De Serres, du Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale.

«En 1995, l'École des sciences de la gestion et SITQ  ont créé la  Chaire SITQ en immobilier, qui a été rebaptisée Chaire Ivanhoé Cambridge d'immobilier en 2012, au moment de la fusion avec Ivanhoé Cambridge, l'une des plus grandes sociétés immobilières au monde avec 55 milliards de dollars d'actifs», rappelle Andrée De Serres.

Marc Turgeon, vice-recteur au Développement, Andrée De Serres, titulaire de la Chaire Ivanhoé Cambridge d'immobilier ESG UQAM, Mario D. Morroni, vice-président exécutif, Stratégie et allocation du capital d'Ivanhoé Cambridge, Stéphane Pallage, doyen de l’ESG UQAM. Photo: Denis Bernier

Au fil des ans, la chaire a développé un réseau local et international de chercheurs, notamment en France et en Belgique, et tissé des liens avec des organisations provenant tant des secteurs privé que public. «Nous comptons parmi nos partenaires BOMA Québec, le plus important regroupement de propriétaires et de gestionnaires d'immeubles commerciaux de la province, l'Institut de développement urbain, les commissions scolaires, la Ville de Montréal, le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles et les Corporations de développement économique communautaire (CÉDECS) de Montréal», note la professeure.

Cinq axes de recherche

Les projets de recherche de la Chaire Ivanhoé Cambridge d'immobilier se déploient autours de cinq axes: les métiers de l'immobilier, la gouvernance et la gestion immobilière, l'écosystème immobilier, l'ingénierie contractuelle et l'investissement immobilier.

«Outre la publication de plusieurs articles dans des revues professionnelles, comme Immobilier commercial et Maintenance, la chaire a produit, en collaboration avec BOMA Québec, 8 capsules vidéo sur les spécificités et les besoins des différents métiers du domaine immobiliergestionnaire, expert en location et marketing, en gestion technique du bâtiment, en financement immobilier, en évaluation et en investissement, lesquelles ont été vues plus de 35 000 fois, souligne Andrée De Serres. En complément, nous avons réalisé 10 émissions d'une heure sur le même thème qui ont été diffusées sur les ondes de Canal Savoir.» Ces outils de formation pratique, qui sont accessibles sur les sites web de la Chaire et de ses partenaires, s'adressent à la fois au milieu académique et à celui des affaires.

La Chaire a contribué, par ailleurs, à la création d'un certificat en immobilier ainsi que d'un MBA pour cadres spécialisés en immobilier, en plus d'élaborer des formations spécialisées et sur mesure.

Au-delà de la brique et du béton

Les travaux de la Chaire ne concernent pas seulement l'immobilier résidentiel, mais aussi les tours à bureaux, les centres commerciaux, les bâtiments industriels et les immeubles à vocation institutionnelle, comme les hôpitaux. «Avec le phénomène de la financiarisation des immeubles, différents types d'investisseurs se sont intéressés à l'immobilier en tant que classe d'actifs pour diversifier les risques, observe la chercheuse. Dans une grande ville comme Montréal, la majorité des immeubles appartiennent à des investisseurs dits institutionnels ou fiduciaires. Les propriétaires occupants se font de plus en plus rares.»

La gestion d'immeubles est devenue une nouvelle spécialisation. «Ce ne sont pas la brique et le béton qui nous intéressent, mais la gestion et la valorisation des immeubles, dit Andrée De Serres. La gestion du bâtiment durable ainsi que celle de l'énergie et des risques sont des champs d'expertise qui se sont ajoutés à la gestion traditionnelle des relations avec les locataires, actuels ou futurs.»

La pression pour réduire l'empreinte écologique des bâtiments a , par ailleurs, entraîné un virage important dans le monde de l'immobilier, même si beaucoup reste à faire. Ainsi, les enjeux associés à la réduction de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre sont à l’origine du développement des certifications écologiques en gestion immobilière: LEED, Energy Star, BOMA Best, etc. «Les autorités gouvernementales et municipales exercent des pressions  pour améliorer l'efficacité énergétique des immeubles ainsi que la qualité de vie des usagers et des locataires. Nous sommes en train de passer du bâtiment vert au bâtiment durable, puis, grâce aux innovations technologiques, au bâtiment intelligent», souligne la professeure.

L'écosystème immobilier

La chaire mène actuellement une recherche visant à cerner les contours de l'écosystème immobilier ainsi que sa contribution au développement économique et social de Montréal. «L'écosystème immobilier, c'est beaucoup plus qu'un ensemble de bâtiments résidentiels, commerciaux et industriels, affirme Andrée De Serres. C'est aussi, et surtout, un système composé de métiers et de professions, d'entreprises et d'acteurs institutionnels et gouvernementaux. Dans les politiques économiques, on a longtemps eu recours à la notion de grappes industrielles. L'écosystème immobilier se situe à un niveau plus sophistiqué. Tous ses acteurs, qu'ils appartiennent au secteur privé ou public, sont interdépendants et interagissent sur le cycle de vie des immeubles.»

Un autre projet, financé par Mitacs, une organisation canadienne à but non lucratif qui sert d'intermédiaire entre les entreprises et les chercheurs universitaires, tentera d'identifier les impacts des innovations technologiques sur le secteur immobilier et les obstacles à leur développement. La Chaire s'intéresse aussi aux nouveaux usages de l'immobilier, comme la création d'espaces collaboratifs, et même pluri-sensoriels, qui peuvent avoir un impact sur la créativité des employés. «Des entreprises, telle qu'Ubisoft, utilisent ce type d'espace pour dynamiser ses équipes de production de projets», remarque Andrée De Serres.

Capital social et humain

L'immobilier a connu des années difficiles avec les scandales de corruption dévoilés par la Commission Charbonneau. «Nous devons maintenant revaloriser l'immobilier comme un secteur porteur d'un capital non seulement économique, mais aussi social et humain», dit la chercheuse. Le secteur de l'immobilier peut ainsi contribuer à la qualité de vie dans les quartiers.»

Il y a deux ans, la chaire a participé à l'organisation d'un colloque avec les CÉDECS où il était question du développement de «quartiers complets». Selon la professeure, il  faut cesser de penser les quartiers selon une approche unifonctionnelle: un quartier dortoir, un quartier industriel, un quartier de centres commerciaux. «Les quartiers complets sont, au contraire, multifonctionnels. Ils permettent de créer des milieux de vie où l'on peut habiter, étudier, travailler et trouver tous les services nécessaires à la vie de tous les jours: commerces, loisirs, santé, culture et éducation. L'immobilier doit justement être repensé pour s'intégrer au sein de ces quartiers. On doit penser ensemble les infrastructures, y compris de transport, et les services. Le PDG d'Ivanhoé Cambridge disait que sa société n'investissait pas dans des immeubles, mais dans une ville.»

Les promoteurs et les investisseurs immobiliers ont intérêt à contribuer au développement d'une vie de quartier agréable, insiste Andrée De Serres. «La valeur de revente des immeubles est liée, en effet, à la qualité du milieu de vie environnant. Dans cette optique, les atouts économiques, culturels et sociaux d'un quartier forment un tout indissociable.»

Lors de sa séance du 3 mai dernier, le Conseil d'administration de l'UQAM a approuvé le renouvellement du mandat de la Chaire Ivanhoé Cambridge d'immobilier et celui de sa titulaire pour une nouvelle période de cinq ans.

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