«En classe!»: l'antiféminisme

Francis Dupuis-Déri décortique le discours de la «crise de la masculinité».

14 Novembre 2016 à 15H21

Série En classe! 
Une fois par mois, un journaliste d'Actualités UQAM redevient étudiant et s'immisce dans un cours offert par l'un des 40 départements et écoles de l'Université.

Le professeur du Département de science politique Francis Dupuis-Déri décortique le discours de la «crise de la masculinité».
Photo :Nathalie St-Pierre

C'est déjà la mi-session et les étudiantes* du cours Féminisme et antiféminisme assistent aujourd'hui à la première séance consacrée au mouvement masculiniste. Après avoir retracé la dynamique entre féminisme et antiféminisme au cours de l'histoire – avec une séance sur les suffragettes, entre autres, et une autre consacrée au mouvement «pro-vie» –, le professeur du Département de science politique Francis Dupuis-Déri va s'employer à décortiquer le discours contemporain de la «crise de la masculinité» porté par les masculinistes.

Pendant tout le cours, qui sera livré sans aucun PowerPoint et qui se terminera à 17 h, pas une minute plus tôt, les étudiantes resteront entièrement concentrées sur la matière présentée par le prof. Il faut dire qu'il sait de quoi il parle. Chercheur à l'Institut de recherches et d'études féministes (IREF), Francis Dupuis-Déri s'intéresse aux masculinistes depuis plusieurs années. Il  a même codirigé, avec sa collègue chargée de cours et doctorante en sociologie Mélissa Blais (qui donne le même cours à un autre groupe), un ouvrage qui fait référence sur le sujet:  Le masculinisme au Québec: l'antiféminisme démasqué (Remue-ménage).

«Le principal enjeu du masculinisme, dit-il, c'est la "crise de la masculinité" que les porteurs de ce discours associent à l'émancipation des femmes et au féminisme. Selon ce discours, les femmes prennent trop de place dans la société et détruisent les repères masculins.»

Les symptômes

Parmi les symptômes de la «crise de la masculinité», le taux de suicide des jeunes hommes est souvent invoqué, de même que les difficultés des garçons à l'école, le problème de la garde des enfants – que les juges accorderaient systématiquement aux femmes en imposant des pensions alimentaires aux hommes – et la violence conjugale… contre les hommes.

À ce chapitre, «les masculinistes dénoncent le fait qu'il n'existe pratiquement aucune aide pour les hommes victimes de violence de la part des femmes, puisque les centres pour femmes (qualifiés de centres d'endoctrinement au féminisme radical) siphonnent toutes les ressources», précise le professeur.

«Ce discours émane d'hommes blancs de la classe moyenne ou aisée, de pères séparés ou divorcés qui fréquentent les groupes d'entraide, observe-t-il. Cela ne veut pas dire que tous les pères qui vont dans ces groupes  sont antiféministes, mais ce sont des espaces de développement du militantisme antiféministe.»

Ces hommes ne sont pas vraiment racistes, continue Francis Dupuis-Déri, mais ils disent que les femmes immigrantes se font laver le cerveau par les féministes. «Pour les masculinistes, les femmes qui immigrent au Québec arrivent au Féministan!», dit-il de son ton pince-sans-rire, alors que la classe rigole franchement. Par ailleurs, les masculinistes ont un problème avec les gais et lesbiennes, ajoute-t-il. «Ils voient une sorte d'alliance entre gais et féministes contre l'homme hétérosexuel.»

Groupes d'hommes

D'où vient ce discours? Paradoxalement, les premiers hommes qui se constituent en réseaux pour réagir aux revendications féministes, à partir des années 1970, sont des alliés explicites du mouvement – souvent des conjoints de militantes féministes – et ils se regroupent pour lutter contre le sexisme et le patriarcat. Dans les décennies suivantes apparaissent des groupes d'entraide pour hommes violents. Au sein de ces groupes, certains critiquent l'approche féministe dans l'intervention, jugée trop dure pour les hommes et inefficace: exit la réflexion sur la violence et les rapports sociaux de pouvoir. Des groupes de pères séparés et divorcés sont aussi créés. C'est là que commence à se faire entendre un discours de déresponsabilisation des hommes, dont tous les problèmes seraient liés à des causes extérieures: les conjointes, les juges qui prennent leur parti, l'éducation mal adaptée aux besoins des garçons … Certains auteurs prennent le relais et théorisent la crise de la masculinité.

«Ce discours de haine envers les femmes, considérées comme les ennemies à abattre, se double d'une complainte affective selon laquelle les hommes seraient victimes de femmes trop fortes», remarque Francis Dupuis-Déri. C'est à cette époque, ajoute-t-il, qu'«on voit l'émergence de nouveaux groupes qui organisent des retraites à la campagne pour que l'homme à l'identité sexuelle fragilisée par le féminisme puisse retrouver son guerrier intérieur».

Un discours ouvertement antiféministe

«En 1989, l'attentat de Polytechnique, une tuerie perpétrée par un antiféministe, va, paradoxalement, être mis sur le dos des féministes et donner lieu à un discours ouvertement antiféministe, ce qui ne se voyait pas avant», observe le professeur.

Dans les années 1990, on adopte au Québec et un peu partout dans le monde occidental des réformes pour régler le problème des pensions alimentaires non payées (auparavant, on dit que les hommes payaient plus régulièrement leurs versements sur l'achat de leur voiture que leur pension alimentaire!). «On voit un lien direct entre les intérêts financiers des pères séparés ou divorcés et la formation de groupes militants», souligne Francis Dupuis-Déri.

Dans les années 2000, des pères séparés manifestent leur révolte (d'être privés de la garde de leurs enfants) en faisant des gestes spectaculaires, en escaladant le pont Jacques-Cartier ou la croix du mont Royal vêtus de costumes de superhéros. «Il me semble que le superhéros n'est pas particulièrement un modèle de père très présent», mentionne le professeur. «Je suis sur le site d'un groupe de pères et on ne voit que des garçons parmi les enfants, pas de filles, commente Joëlle Pepin. On dirait que les enfants, pour eux, ce ne sont que des garçons.»

Les masculinistes intentent aussi des recours en justice contre des médias, déposent des plaintes au Conseil de presse et à la Commission des droits de la personne pour discours haineux envers les hommes. Ils vont même déposer une demande d'injonction contre le gouvernement pour qu'il suspende une campagne de prévention de la violence sexuelle, accusée de donner une image dénigrante des hommes. Ces poursuites, ils vont les perdre et, après quelques années, cesser d'en faire. «On entre alors dans la phase d'institutionnalisation, dit Francis Dupuis-Déri. Leur cause étant devenue un enjeu dont on discute, ils vont plutôt mener leur lutte à l'intérieur des institutions, aux tables de concertation, dans le milieu de la santé et de l'éducation. Ils essaient de faire avancer leurs idées dans les départements universitaires, notamment en psychologie et en travail social.»

À ce sujet, Maryane Daigle signale un article du collectif Hyènes en jupon sur «L'insidieuse infiltration du masculinisme en travail social», qui confirme que le milieu universitaire n'est pas imperméable à ce type de discours. Sa collègue Sandrine Belley renchérit: «on nous fait lire des livres selon lesquels il faut adapter notre intervention auprès des hommes, parce qu'ils n'aiment pas parler de leurs émotions, ce qui ne fait que conforter cette identité masculine agressive...» À mesure que le cours avance, les interventions se multiplient, rendant la discussion de plus en plus intéressante. «Tu es en train de bousiller mon retour de la pause!», dit le professeur quand Sandrine ajoute qu'on apprend aussi, en travail social, à intervenir différemment auprès des hommes suicidaires.

Le suicide au masculin

C'est justement sur le suicide au masculin que le cours reprend après la pause. «D'abord, précise Francis Dupuis-Déri, il faut souligner que le nombre de suicides est en baisse au Québec, preuve que les efforts de prévention ont donné des résultats et qu'il est faux de prétendre, comme le font les masculinistes, qu'il n'y a pas de ressources pour aider les hommes. Clairement, au Québec, beaucoup de ressources ont été investies dans la prévention du suicide, qui touche traditionnellement  trois à quatre fois plus d'hommes que de femmes.»

Pour expliquer le taux de suicide plus élevé des hommes québécois, les masculinistes pointent le féminisme. À les entendre, les pères séparés ou divorcés se suicideraient par milliers pour se soustraire à des conditions psychologiques et financières inhumaines. Or, seulement 17% des hommes qui se suicident sont effectivement séparés ou divorcés, une proportion d'ailleurs voisine de celle des femmes qui se suicident (20%), «ce qui ne veut pas dire qu'on parle d'une relation de cause à effet», précise le professeur.

Pour déconstruire l'argumentaire masculiniste sur le suicide, Francis Dupuis-Déri aligne d'autres faits et statistiques. Entre autres, que le taux de suicide des hommes au Mexique est cinq fois plus élevé que celui des femmes. «On ne parle pourtant pas d'un pays féministe reconnu», remarque-t-il.  Que dans les années 1950, «avant la tyrannie féministe», le taux de suicide des hommes était déjà trois fois plus élevé que celui  des femmes. Que les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à être hospitalisées pour des tentatives de suicide et que «ce n'est pas parce que les hommes sont féminisés qu'ils complètent plus souvent que les femmes leur tentative de suicide, mais bien parce qu'ils utilisent des moyens plus violents, notamment des armes à feu».

«Le taux de suicide chez les jeunes autochtones est 5 à 6 fois plus élevé que la moyenne nationale et celui des jeunes homosexuels, bisexuels ou en questionnement sur leur orientation sexuelle 7 à 13 fois plus élevé, observe le professeur. Mais les masculinistes ne parlent jamais de ces catégories-là.»

Considérant la baisse du nombre de suicides depuis le début des années 2000, on pourrait penser que les protocoles d'intervention sexo-spécifiques  visant les hommes ont fonctionné, dit Francis Dupuis-Déri, mais des études montrent qu'il n'y a pas d'association positive entre l'identité masculine conventionnelle et la prévention du suicide. «En fait, ce serait plutôt un facteur de risque.»

Échec des garçons

Après avoir parlé du suicide, une question qui interpelle beaucoup les étudiantes, Francis Dupuis-Déri poursuit son cours en déconstruisant l'argumentaire selon lequel la réussite scolaire des garçons est mise à mal par une école dominée par les valeurs féminines. Dans ce segment, où il explique pourquoi il est important, selon le discours masculiniste, de laisser les garçons se chamailler dans la cour d'école («pour qu'ils deviennent de bons chasseurs de mammouths plus tard» et  parce que si on prive les garçons de cette violence «naturelle et masculine», ils ne réussiront pas à l'université!), on rit vraiment beaucoup.

On rit aussi (jaune) quand il rappelle l'initiative d'une école secondaire qui avait envoyé les filles au cinéma pendant une activité organisée pour les garçons seulement, avec une pelle mécanique, un tank et un hélicoptère de l'armée dans la cour de l'école. «Tout cela pour encourager la réussite scolaire…»

Comme dans le cas du suicide, les féministes ne remettent pas en question les chiffres démontrant que les filles réussissent mieux à l'école aujourd'hui. Tout est dans l'interprétation que l'on fait de ces statistiques. «Il y a des débats là-dessus en pédagogie, mais les analyses que j'ai lues ont plutôt tendance à montrer que les garçons qui s'identifient à l'identité masculine conventionnelle réussissent moins bien, dit Francis Dupuis-Déri… Ce qui est vrai aussi pour les filles.»

Et n'en déplaise aux masculinistes, le seul modèle de père qui a un impact sur les résultats scolaires, dit-il, ce n'est pas celui du superhéros capable de détruire tous ses ennemis, mais celui du père qui aime les livres…

*Pour alléger le texte, l'auteure a décidé d'imiter le plan de cours: dans cet article, le féminin «étudiante» inclut le masculin. À noter qu'on compte une cinquantaine d'étudiantes dans le groupe pour une quinzaine d'étudiants… ce qui n'est pas négligeable pour un cours sur le féminisme!

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COMMENTAIRES 11 COMMENTAIRES

Commentaires

Cet article est volontairement malhonnête, c'est honteux... Déjà, j'ai du mal à accorder de la crédibilité à une personne qui est chercheur à l'Institut de recherches et d'études féministes, car elle est biaisée dès le départ. Je suis une femme antiféministe et je côtoie ce milieu depuis près de quatre ans, particulièrement grâce à des blogues anglophones. Aucun des antiféministes que je connais ne prétend être un "masculiniste" ; d'ailleurs, je me demande presque si ce fameux chercheur n'est pas tombé sur ce groupe qui se nomme "Meninists" et l'aurait pris au sérieux sans savoir qu'il s'agit d'un mouvement satirique. Bref, le mouvement antiféministe ne déteste aucunement les membres de la communauté LGBT - je vous dirigerais d'ailleurs vers Blaire White, une femme trans antiféministe qui a beaucoup de succès dans sa communauté. Au sujet de cette alliance entre hommes gays et féministes, c'est risible, presque grotesque : beaucoup de féministes (et même des personnes LGBT) prétendent au contraire que les hommes gays sont misogynes et qu'ils ne sont pas réellement victimes d'intimidation... Voyez par vous-mêmes : http://thetab.com/2016/03/23/gay-men-arent-oppressed-enough-according-nus-81622 Je pourrais accorder davantage de temps à cet article, mais il est clair en voyant le style de rédaction de l'auteure et l'attitude de Francis Dupuis-Déri, que les problèmes qui affectent les hommes - problèmes réels et souvent, comme ici, tournés au ridicules par les féministes - sont considérés comme les jérémiades d'hommes frustrés. Vraiment, si c'est tout ce que l'Uqam a à offrir en termes d'égalité, de respect et de tolérance, c'est carrément pitoyable.
Contrairement à "Sol", je ne perçois aucun biais au fait de travailler à des recherches et études féministes. C'est sans doute le mot "féministes" et l'exigence d'une équité entre les sexes qui la révulse et explique son antiféminisme assumé. Si aucune de ses connaissances dans son milieu ne s'identifie au mot "masculiniste", qu'elle regarde du côté des concepts de "men's rights activists", "men's movement", "men going their own way" et autres déclinaisons de la mouvance qu'incarne aujourd'hui Trump, Steve Bannon et la "manosphere" qui a pesé si lourd dans la défaite des Démocrates à l'élection états-unienne. Si elle a raison de dire que les rapports entre hommes gays et féministes ne sont pas toujours au beau fixe - la misogynie étant la chose la mieux partagée du monde -, il reste que ces deux groupes sont aux prises avec l'idéologie patriarcale sur le pouvoir que doivent conserver les hommes dans notre société hétérosexiste - et ils ont souvent fait cause commune face au sexisme. Pour ce qui est des problèmes sont se plaignent les militants masculinistes, je peux confirmer qu'il s'agit habituellement d'un "push-back" contre les mesures prises pour contrer la violence conjugale, le vol de pensions alimentaires, la culture du viol et d'autres comportements masculins que notre société a trop longtemps attendu pour battre en brèche. Suggérer que "les hommes souffrent" parce que les plus égoïstes d'entre eux rencontrent parfois (trop rarement) de telles limites relève effectivement de la "jérémiade" et l'humour pince-sans-rire de Dupuis-Déri est tout à fait approprié comme piste vers une société plus égalitaire.
Bien sûr qu'il y a un biais, même s'il est peut-être involontaire. Le simple fait que Francis Dupuis-Déri cherche à faire rire ses étudiants au lieu de les informer de façon objective démontre qu'il n'a pas de respect pour le mouvement qu'il présente, et encore moins pour les membres qui en font partie. Quant à ma propre appartenance au mouvement antiféministe, il se justifie par le dégoût de cette constante position de victime que le féministe impose au femmes, par ces injures dégradantes qui sont adressées tout particulièrement aux femmes antiféministes ("vous êtes des traîtres ; vous désirez seulement l'attention masculine ; pauvre de vous, vous ne comprenez absolument rien à la réalité ; retournez donc dans la cuisine si c'est ce que vous revendiquez - et autres plaisanteries), et par cette condamnation outrageante de la masculinité. Ensuite, la blague : les "men's rights activists" ne se disent pas masculinistes, pas plus que les MGTOW (Men Going Their Own Way) ou les autres membres de la manosphère : ils s'appellent justement par ces appellations. Les autres refusent simplement d'être classés dans un groupe précis (voir TL;DR sur Youtube), ou encore se réclament du libéralisme classique (Carl Benjamin/Sargon of Akkad), de l'égalitarisme ou de l'humanisme. Et que vient faire Trump là-dedans ? Intéressante tentative de dérailler la conversation. Pour le reste, ce sont des arguments qui animent les débats entre féministes et antiféministes depuis des années ; je ne crois ni à la culture du viol, ni au fait que nous vivions actuellement dans une société patriarcale - si c'était le cas, comment aurait-on un Institut de Recherches Féministes à l'Uqam ? Comment aurait-on des femmes professeures, avocates, chirurgiennes, ingénieures ? Bref, pour conclure, j'invite ceux et celles que le sujet intéresse à jeter un coup d'oeil aux ouvrages de Christina Hoff Sommers, qui décortique brillamment ces sujets.
D'abord, il faut comprendre qu'il s'agit d'un cours enseigné dans une perspective féministe (ce qui n'est pas caché). Ensuite, il s'agit de 45 heures de cours sur l'antiféminisme, dont le masculinisme ne représente qu'une partie: on ne prétend pas que tous les antiféministes pensent comme les masculinistes. Bien que vous ne connaissiez pas personnellement de masculinistes, cela ne veut pas dire qu'ils n'existent pas. Concernant les "problèmes masculins", je crois que les féministes déplorent plutôt que ce soit mis sur la faute des féministes ou de la "crise de la masculinité". On ne fait que remettre en perspectives leurs arguments en présentant des statistiques qui montrent une autre dimension à ces problèmes (qui ne touchent donc pas nécessairement que les hommes).
Un texte approfondi et réaliste. Merci! Vous décrivez bien l'argumentaire traditionnel des anti féministes.
Cet un article excellent qui fait bien le tour le l'idéologie masculiniste. Je pense qu'il est important de faire la différence entre un discours qui porte une attention particulière aux problématiques propres aux hommes et celui qui accusent les femmes ou le mouvement féministe d'en être responsable. Il faudrait être aveugle ou sourd pour ne pas percevoir ce discours haineux à l'égard des femmes particulièrement dans les média sociaux.
Je trouve ironique à chaque fois qu'on décrit les études féministes comme "biaisées". Alors que la plupart des études "non-féministes" se croient non-biaisées même si certaines assument la "complémentarité" des genres ou prétendent que l'égalité entre les sexes est atteinte. Or ces deux affirmations n'ont aucune base scientifique.
Je crois aussi qu'il faut voir dans cet article la différence entre masculiniste et certaines problèmatiques réel. J'ai, à quelques reprises, haussé les sourcis mais il ne faut pas prendre certaines choses personelles et éviter de généraliser certains concepts. Par contre il faut aussi se poser des questions sur les enjeux soulevés avec raison et tenter d'y répondre. En plus de régler le problème, cela couperait des munitions à ce type de mouvement masculiniste.
L'université est censée développer l'esprit critique et amener les étudiants et étudiantes à appréhender les choses de façon objective. Or visiblement, ce cours ne vise qu'à déformer la réalité des faits avec un seul but précis : diaboliser les hommes et les associations qui prennent en charge les hommes. On en arrive a des raccourcis dangereux sans aucune analyse critique du style : les homme qui veulent la garde partagée sont des antiféministes et il veulent la garde partagée uniquement pour ne pas payer de pension alimentaire... Bref, un professeur d'université qui tient de tel propos aussi caricaturaux me questionne sur son enseignement. La caricature va plus loin quand je lis des propos comme : « Je suis sur le site d'un groupe de pères et on ne voit que des garçons parmi les enfants »... On généralise à partir d'un seul cas ! Bref, je ne veux pas m'attarder sur ce texte qui mentionne aussi que « tout est dans l'interprétation que l'on fait de ces statistiques»... et visiblement le professeur interprète les chiffres pour défendre une cause. Peut-être que s'il prenait le temps de s'immiscer dans des groupes de paroles d'hommes, de femmes de parents séparés ou autres, il nuancerait ces propos et relativiserait les données statistiques. Dommage ! Un tel contenu de cours ne va visiblement pas dans une perspective d'égalité (et équité) entre les femmes et les hommes....
J'en viens à détester ces catégorisations qui nous contraignent à choisir un clan ou un autre" je crois qu'on devrait davantage adopter le discours de l'égalité entre hommes et femmes et arrêter de vouloir nous étiqueter. Ce n'est pas parce qu'on prend le parti de l'un ou de l'autre qu'on est anti homme ou anti-femme. C'est plutôt castrant ce genre de classification. Les valeurs de respect, de justice sociale valent pour tous. Et comme femme, je me donne encore la liberté et le droit de nous défendre voire de défendre les hommes si la cause est juste. Dans quelle catégorie suis-je ????
Bonjour tout le monde, Je suis plutôt étonné par le nombre de commentaires que provoque ce texte. Il semble que plusieurs personnes s'intéressent à la matière discutée en classe, ce qui ne peut que me réjouir. Je me permets donc de fournir certaines des références mobilisées pour préparer le cours, ou encore des textes que j'ai signés sur les sujets mentionnés dans les commentaires. ++++++ Au sujet de l'appellation «masculinisme», j'ai proposé d'en retracer l'histoire (du mot en français et en anglais) de la fin du XIXe siècle à aujourd'hui ici : « Le "masculinisme" : Une histoire politique du mot (en anglais et en français) », Recherches féministes, 22 (2), 2009. +++++++ Au sujet de l'histoire (émergence, développement, etc.) des groupes d'hommes et de pères séparés et divorcés, au Québec, aux États-Unis et ailleurs, voir, entres autres références, celles-ci (presque toutes issues de recherches dans des groupes d'hommes ou de pères) : J. Broué, «Le groupe : Pour hommes seulement», Hervé de Fontenay (dir.), La certitude d’être mâle? Une réflexion hétérosexuelle sur la condition masculine, Montréal, Jean Basile éditeur, 1980, p. 24-30. Germain Dulac, 1984, «Les masculinistes et la pornographie», Les Cahiers du socialisme, no. 16. Jean-François Pouliot, «L’impact des groupes-hommes sur les relations sociales de sexe : Enquête sur la condition masculine», Les Cahiers de recherche du GREMF (Groupe de recherche et d’échange multi-disciplinaires féministes), Québec, Université Laval, no. 7, 1986. Florian Tanguay, Nouveau mouvement social et identités masculines, Montréal, mémoire de maîtrise, département de sociologie, Université du Québec à Montréal, 1995. Carl Bertoia, Janice Drakich, «The Fathers’ rights movement», Journal of Family Issues, vol. 14, no. 4, décembre 1993. Jo Michelle Beld, «Revisiting “The politics of fatherhood” : Administrative agencies, family life, and public policy», Political Science and Politics, vol. 36, no. 4, octobre 2003. Robert A. Kenedy, Fathers For Justice : The Rise of a New Social Movement in Canada as a Case Study of Collective Identity Formation, Ann Arbord, Caravan Books, 2005. Juliet Mitchell et Jacky Goody, «Feminism, fatherhood and the family in Britain», Ann Oakley, Juliet Mitchell (dirs.), Who’s Afraid of Femnism? Seeing Through the Backlash, New York, New Press, 1997. Maureen Baker, «Entre le pain et les soins: les pères et la loi canadienne sur le divorce», Lien social et politiques, no. 37, 1997. Martin Dufresne, «Masculinisme et criminalité sexiste», Nouvelles questions féministes/Recherches féministes, vol. 19, nos. 2-3-4/vol. 11, no. 2, 1998. Marie-Lise Chrétien-Pineault, «une expérience de terrain chez les F4J», Nue Main— La revue des sciences humaines de l’UQAC, vol. 1, no. 1, hiver 2008. Jocelyn Elise Crowley, «Organizational responses to the Fayherhood crisis : The case of Fathers’ rights groups in the United States», Mariage & Family Review, vol. 39, no. 1-2, 2006. +++++ Sur l'histoire du discours de la «crise de la masculinité», voir ici : « Le discours de la "crise de la masculinité" comme refus de l'égalité entre les sexes: histoire d'une rhétorique antiféministe », Recherches féministes [Québec]/Cahiers du genre [France], 25 (1)/52, 2012. ++++++ Sur la délicate question du suicide des hommes, voir ici : F. Dupuis-Déri, «Le chant des vautours : De la récupération du suicide des hommes par les antiféministes», M. Blais et F. Dupuis-Déri (dir.), Le mouvement masculiniste au Québec : L’antiféminisme démasqué, Montréal, Remue-Ménage, 2015. ++++++ Quant au sérieux de la recherche en études féministes, voir, entre autres, ici : https://iref.uqam.ca/recherche/alliance-de-recherche-iref-relais-femmes.html Et ici: https://iref.uqam.ca/recherche/projets-de-recherche.html Mais aussi ici (Université Concordia) : https://www.concordia.ca/artsci/sdbi/research/annual-reports.html ET AILLEURS... +++++++ Bonne lecture ! Francis