Femmes ingouvernables

Un colloque étudiant explore l'irrévérence au féminin dans la culture populaire.

2 Mai 2016 à 11H40

La comédienne Jennifer Lawrence dans la saga cinématographique Hunger Games.

Parfois corpulentes, elles parlent fort, démontrent de l'aplomb, expriment leurs désirs comme leur rage, font preuve d'un humour salace et utilisent la séduction comme une arme…Les multiples figures de la femme ingouvernable, laquelle perturbe l'image traditionnelle de la féminité, s'imposent dans la culture populaire. Pour mieux cerner ce phénomène, une vingtaine de conférenciers, en majorité des étudiantes venues de différentes universités du Québec, se réuniront à l'UQAM (Salle des boiseries), les 4 et 5 mai prochains, dans le cadre du colloque Femmes ingouvernables: (re)penser l'irrévérence féminine dans l'imaginaire populaire contemporain.

«Le colloque propose de réfléchir sur le sens et la portée des représentations de cette figure archétypale, tant en littérature, au cinéma et à la télévision que dans la bande dessinée, les jeux vidéo et les arts visuels», explique Fanie Demeule, coresponsable du colloque avec sa collègue Joyce Baker. Les deux jeunes chercheuses sont doctorantes en études littéraires.

Depuis les années 2000, la figure de la femme ingouvernable, qu'elle prenne les traits de la sorcière, de la guerrière, de la rebelle, de la criminelle ou de la super héroïne, est partout. Elle s'incarne, notamment, dans des personnages féminins à la télévision et au cinéma, comme ceux de la télésérie Girls, ou celui de la détective Jessica Jones dans la série éponyme, ou encore celui de Katniss Everdeen,  joué par Jennifer Lawrence, dans la saga cinématographique Hunger Games. La femme irrévérencieuse, c'est aussi Marianna Mazza, une humoriste au franc-parler d'origine tunisienne et uruguayenne, dont le dernier spectacle, Femme ta gueule, s'adresse à un public averti.

«La femme ingouvernable représente la femme sujet qui pense, agit et s'impose, par opposition à la femme passive et victime, objet du regard des hommes, souligne Fanie Demeule. En possédant des attributs associés à la virilité – colère, agressivité, voire violence –, elle ébranle la distinction fondamentale de genre entre le féminin et le masculin. Le phénomène est d'autant plus significatif qu'il se manifeste dans des productions culturelles populaires, lesquelles tendent généralement à utiliser des codes genrés fortement stéréotypés.»

Performance, burlesque et vidéo

Outre des communications scientifiques, le colloque présentera une performance, un spectacle burlesque et une discussion sur des extraits vidéo du spectacle théâtral Table rase, animée par le professeur du Département d'études littéraires Samuel Archibald. Le groupe Diadème Québec, fondé en 2010 en réaction au traditionnel concours des duchesses du Carnaval de Québec, proposera une communication intitulée «La revengeance des duchesses: une réappropriation féministe de la fête», portant sur un événement annuel visant à détourner les codes des concours de beauté féminine.

Des séances seront présidées par les professeurs Martine Delvaux, Chantal Savoie et Antonio Dominguez Leiva, du Département d'études littéraires. «Joyce Baker et moi-même avions déjà réalisé un dossier sur le thème de la femme guerrière, qui a été publié dans la revue électronique Pop-en-stock. L'organisation de ce colloque est pour nous une façon de poursuivre la réflexion en l'élargissant», note Fanie Demeule, qui est membre du Centre de recherche Figura sur le texte et l'imaginaire.

Les participants au colloque discuteront également de la figure de la femme ingouvernable dans les mythes et les légendes et de ses transformations au fil du temps. «Chose certaine, la femme ingouvernable a quitté les marges pour devenir une héroïne solaire», conclut la doctorante.

Les actes du colloque seront publiés sur le site de l'Observatoire de l'imaginaire contemporain (OIC).

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