Dépression maternelle

Catherine Herba publie dans Lancet Psychiatry une étude sur les risques pour la santé mentale des enfants.

20 Septembre 2016 à 11H11

Photo: iStock

La professeure Catherine Herba, du Département de psychologie, est l'auteure principale d'une étude soulignant l'importante influence de la dépression maternelle sur la santé mentale dans la petite enfance, en mettant l'accent sur les pays à revenu faible et intermédiaire, où vivent aujourd'hui la majorité des enfants de la planète. Cette étude a été publiée le 17 septembre dernier dans Lancet Psychiatry. Des chercheurs de l'UQAM, de l'Université Cayetano Heredia du Pérou et de l'Imperial College de Londres ont contribué à cet article basé sur plusieurs dizaines d'études publiées antérieurement sur le sujet.

La prévalence de la dépression maternelle dans les pays à revenu faible et intermédiaire est deux à trois fois plus élevée que dans les pays à revenu élevé. Les chercheurs ont étudié les facteurs biologiques et psychosociaux afin d’illustrer comment la dépression maternelle, pré et post natale, peut, par association et malgré des mécanismes différents, compromettre le développement de l’enfant. Ils soulignent notamment que si les mécanismes associant la dépression maternelle et ses conséquences sur le développement de l'enfant sont probablement semblables dans les pays à revenu élevé et dans les pays à revenu faible et intermédiaire, le contexte de la dépression n'est, quant à lui, probablement pas le même. 

Catherine HerbaPhoto: Émilie Tournevache

«Dans ce contexte, il est important de mieux comprendre les facteurs et les processus en cause pour concevoir des interventions plus efficaces», déclare Catherine Herba, qui est également chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine. Cependant, il n'y a pas assez d'études sur les mécanismes en cause dans les pays à revenu faible et intermédiaire, où la prévalence de la dépression maternelle et les facteurs de stress sont plus élevés. Les mères y sont parfois confrontées à des défis supplémentaires, comme des menaces importantes pour leur bien-être et leur santé (carences nutritionnelles et  plus grande prévalence de maladies comme le VIH ou la tuberculose, par exemple) et à une plus grande violence.

«Pendant la grossesse, la dépression maternelle peut influer sur les résultats infantiles en modifiant la fonction placentaire, en amenant des changements dans l'expression des gènes chez l'enfant et en générant une plus grande réactivité au stress. De plus, des carences alimentaires et des infections chez la mère auront aussi une influence sur les résultats», souligne Vivette Glover, professeure à l'Imperial College de Londres et co-auteure de l'étude. «Un défi majeur consiste à démêler la nature complexe de la dépression et son interaction avec d'autres facteurs de risque connexes, comme les carences nutritionnelles, les infections graves comme le VIH, et d'autres éléments psychosociaux», ajoute Paul Ramchandani, professeur à l'Imperial College de Londres et co-auteur de l'étude. « Les stratégies visant à résoudre le problème de la dépression maternelle nécessiteront probablement une approche sociale à multiples facettes pouvant traiter d’une multitude d’enjeux y compris la violence contre les femmes et les enfants, la pauvreté, un faible niveau d’éducation et un accès inéquitable aux services de santé », indique pour sa part la Dre Marta Rondon, psychiatre et professeure à l'Université Cayetano Heredia du Pérou.

L'étude relève l'importance de mener des études longitudinales dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. «De telles études, dans lesquelles on intègre les données biologiques et les données psychosociales, sont importantes pour mieux comprendre comment les enfants exposés à la dépression maternelle peuvent courir un risque accru par rapport à un éventail de difficultés», ajoute Catherine Herba. Elle souligne par ailleurs qu'il serait important de mener des études d'intervention dans les différents pays à revenu faible et intermédiaire pour être en mesure de développer des interventions appropriées qui tiennent compte des facteurs socioculturels, qui varient parfois considérablement dans ces milieux.

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