Danseuse hyperactive

L'interprète Lucie Vigneault a conservé toute la fougue et l'énergie d'une jeune première.

14 Novembre 2016 à 15H16

Lucie VigneaultPhoto: Angelo Barsetti

«C'est comme un muscle que l'on travaille. Plus on en fait, plus on est capable d'emmagasiner de l'information. On développe une mémoire corporelle: le corps se rappelle des mouvements avant que le cerveau ne se mette à penser. Si on pense trop, on bloque!»

Lucie Vigneault (B.A. danse, 02; B.A. enseignement de la danse, 08) a dansé avec les plus grands chorégraphes québécois: Jean-Pierre Perreault, Marie Chouinard, Daniel Léveillé... Malgré sa petite quarantaine, elle a conservé toute la fougue et l'énergie d'une jeune première. «C'est le goût du spectacle et de la scène qui m'a poussée vers la danse à l'âge de 14 ans, déclare l'interprète. Depuis, je n'ai jamais arrêté.»

Sa présence forte, son charisme et sa grande polyvalence font d'elle une artiste reconnue et appréciée des chorégraphes. L'an dernier, elle recevait le prix Interprète du Regroupement québécois de la danse. «Ce prix reconnaît le travail d'interprétation, un fait plutôt rare!, souligne-t-elle. La contribution des danseurs est importante, puisqu'ils portent l'œuvre sur scène tout en participant activement à la recherche et à la création.»

À 23 ans, Lucie Vigneault, qui danse depuis l'adolescence sans arriver à se percevoir comme une artiste, s'inscrit au baccalauréat en danse et trouve sa raison d'être. «Les cours à l'UQAM étaient plus éclectiques qu'ailleurs et nous amenaient à développer notre côté créatif. Je côtoyais des étudiants de profils différents et je me retrouvais dans cette diversité.»

À partir de là, elle enchaîne rapidement les contrats pour diverses compagnies: Roger Sinha, Danièle Desnoyers (B.A. danse, 89), professeure au Département de danse, Hélène Langevin (B.A. danse, 88), en danse jeune public, Manuel Roque, Peter James… Au sein du Cirque Éloize, elle est récipiendaire en 2003 d’un prix Gemini pour sa performance dans Cirque Orchestra, un concept alliant danse contemporaine, musique classique et acrobatie.

La danseuse s'investit à fond dans chacune des créations auxquelles elle participe. «J'arrive avec une ouverture, une disponibilité et une volonté d'être en action.» Le plaisir est important. «Il faut trouver le bonheur de danser», dit-elle.  

La vie de pigiste lui plaît. «J'aime pénétrer dans l'univers d'un chorégraphe et travailler avec différentes troupes. Les dynamiques sont toujours différentes d'une production à l'autre. Danser, c’est travailler avec le monde, tout le temps.»

En 2004, lors de la tournée 20e anniversaire de Joe, œuvre phare du chorégraphe Jean-Pierre Perreault, elle aggrave une blessure au pied. «À la fin de la tournée, je ne pouvais plus marcher. Je pensais que c'était la fin de ma carrière. J'ai dû prendre du repos.» Elle se tourne alors vers l'enseignement, prend une charge de cours à l'UQAM (2005-2007) tout en complétant un baccalauréat en enseignement de la danse. Depuis 2008, elle fait partie de l’équipe de professeurs du Département de danse du Collège Montmorency.

«La contribution des danseurs est importante, puisqu'ils portent l'œuvre sur scène tout en participant activement à la recherche et à la création.»

Lucie Vigneault

Contrairement à ce qu'elle appréhendait, sa blessure guérit complètement et elle peut remonter sur les planches. Gravel Works, du chorégraphe et interprète Frédérick Gravel (B.A. danse, 03; M.A. danse, 10), une œuvre à géométrie variable, intégrant rock garage, danse et performance, fait l'effet d'une bombe dans le milieu artistique lors de la présentation du spectacle en 2009 au Festival Transamériques (FTA). «Ça a été un élément propulseur dans ma carrière, un point tournant dans ma vie. C'est à ce moment que je me suis fait connaître de plusieurs chorégraphes, témoigne la danseuse. Marie Chouinard m'a contactée après avoir vu le spectacle.»

L'œuvre de Frédérick Gravel, un ancien compagnon d'études, avait un côté très viril. «Les corps devaient se percuter et la gestuelle était très provocante, se rappelle Lucie Vigneault, qui travaille avec le chorégraphe à une nouvelle production. Ce n'était pas une œuvre collective, mais les danseurs se sont beaucoup impliqués dans la création.»

Au fil des années, l'artiste a diversifié sa pratique. Tour à tour chorégraphe et directrice de répétitions pour divers projets, elle a travaillé entre autres avec Oriol Tomas (B.A. art dramatique, 04; M.A. théâtre, 10) à la création du Consul de Menotti pour l'Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal (ALOM), elle a été répétitrice pour l'œuvre Aléa Canto (ALOM, 2010) ainsi qu'aide-chorégraphe pour la Damnation de Faust de Robert Lepage (Ex Machina) en 2013, à Québec.

La chorégraphe Marie Chouinard, avec qui elle collabore de manière ponctuelle depuis 2009, est une autre figure marquante dans sa carrière. «C'était mon rêve de travailler avec elle, une chance de pouvoir rencontrer son œuvre et de m'y plonger.» En février dernier, la danseuse a interprété le solo Cartes postales de Chimère, de Louise Bédard, une autre de ses idoles. «C'est un solo riche en gestuelle, tout en douceur, qui a touché la corde féminine en moi, explique Lucie Vigneault. Cette pièce m'a obligée à me dépasser, à aller chercher quelque chose de différent, dans l'état du corps et dans la présence.» Créée en 2006, Cartes postales de Chimère est reprise gratuitement dans les Maisons de la culture montréalaises durant le mois de novembre.

Source:
INTER, magazine de l'Université du Québec à Montréal, Vol. 14, no 2, automne 2016.

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