Gérer la sécurité

François Audet est à l'origine d'un projet de formation destiné aux organismes québécois de coopération internationale.

23 Février 2016 à 8H17

Dans une rue de Ouagadougou, au Burkina Faso. Photo: Istock

Le ministère québécois des Relations internationales et de la Francophonie a accordé récemment une subvention de 25 000 dollars à l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire (OCCAH) de l'ESG UQAM pour mettre en place un programme de formation intitulé «Gestion des risques et de la sécurité dans les nouveaux contextes d'insécurité». Ce programme est destiné aux organismes québécois de coopération internationale.

«Le personnel de ces organismes doit s'adapter, sur le terrain, à de nouvelles menaces pour leur sécurité, explique François Audet (B.A.A. sciences comptables, 1984), professeur au Département de management et technologie et directeur scientifique de l'OCCAH. Le projet de formation vise à les outiller pour qu'ils intègrent la notion de gestion du risque dans la conception, la gouvernance et la mise en œuvre des projets de coopération et d'aide humanitaire.»

La formation sera offerte en priorité aux groupes membres de l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI). Créée en 1976, cette association chapeaute 67 organisations provenant de 13 régions du Québec. Une cinquantaine d'entre elles pourront profiter de la formation à compter du 25 février prochain. «L'AQOCI nous a sollicités, à l'été 2015, pour examiner la possibilité d'une collaboration en matière de formation, rappelle François Audet. L'attaque terroriste commise à Ouagadougou, en janvier dernier, qui a causé la mort de coopérants québécois, a remis à l'avant-plan l'urgence d'agir en ce sens.»

Le directeur de l'OCCAH cumule plus de 15 années d’expérience dans le domaine de l’aide humanitaire. Il a été, notamment, chef de la délégation régionale de l’Afrique de l’Est et de l’océan Indien pour la Croix-Rouge canadienne et directeur des programmes pour CARE Canada. Il a également travaillé en Amérique latine et en Asie du Sud-Est pour le Centre canadien d’étude et de coopération internationale, à titre de chef des projets d’aide humanitaire, et a participé à plus d’une centaine de missions en Haïti, en Colombie, dans la Corne de l’Afrique et dans la région du Sahel.

De nouvelles menaces

Les menaces pour la sécurité des acteurs de la coopération internationale et de l'aide humanitaire se sont accrues et ont pris des formes diversifiées au cours des 15 dernières années, y compris dans des pays considérés comme stables, tels que le Mali, le Sénégal et le Burkina Faso. D'autant plus que leur présence, dans certains pays, peut être jugée indésirable parce qu'associée à des intérêts occidentaux. «La situation en Afrique de l'Ouest, où sont concentrées plusieurs organisations québécoises de coopération internationale, s'est transformée avec la montée en puissance du groupe terroriste Boko Haram», observe François Audet. Mais il n'y a pas que le danger du terrorisme. «Les changements climatiques et les catastrophes naturelles sont aussi des facteurs de risque, note le chercheur. Il est donc primordial que les organismes disposent d'outils efficaces pour réagir aux crises et assurer la sécurité des coopérants et des travailleurs humanitaires.»

Bien que le risque zéro n'existe pas, des mesures préventives doivent être prises pour réduire le niveau de risque à un seuil acceptable. «Il s'agit d'abord de bien comprendre le contexte social et politique du pays dans lequel on intervient, souligne François Audet. Cela permet d'identifier correctement la nature des risques et de mettre en place des protocoles pour les diminuer ou pour s'y adapter. On doit aussi travailler de manière plus étroite avec les partenaires du pays d'accueil: autorités et ONG locales, organisations communautaires, associations de producteurs agricoles, groupes de femmes, etc.»

Diminuer les risques peut aussi signifier que l'on cesse d'intervenir dans certaines zones trop dangereuses pour la sécurité des individus. «Dans ces cas-là, il faut penser à d'autres façons de faire qui ne remettent pas en cause la solidarité internationale, dit le professeur. Le programme de formation devrait permettre aux organisations de se doter d'une politique en  gestion de risques qui soit adaptée aux divers contextes d'insécurité.»

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