Repenser la formation en sexologie

La refonte du programme de bac en sexologie accordera une large place à la diversité sexuelle.

22 Avril 2016 à 16H43

Le projet de refonte du bac vise à ce que les questions de la diversité sexuelle et de genre soient abordées dans la majorité des cours.Photo: Istock

Après la maîtrise, c'est maintenant au tour du programme de baccalauréat en sexologie, le seul au Québec, de faire l'objet d'une refonte. Celle-ci sera pilotée par Joanne Otis, professeure au Département de sexologie et directrice des programmes de premier cycle. «Il s'agit d'une réforme majeure, laquelle implique une révision des objectifs de formation et une redéfinition des contenus de cours et de leur agencement, observe la professeure. La révision doit aussi tenir compte des recommandations du rapport d'évaluation, qui a été complété en mars 2014. Cette évaluation du programme s'est faite en consultant les étudiants, les professeurs, des experts externes et les milieux de pratique.»

La refonte du programme tiendra compte des revendications formulées récemment par un collectif d'étudiants et ex-étudiants en sexologie de l'UQAM – le Collectif des minorités rouspéteuses –, qui a publié un texte sur les réseaux sociaux critiquant la formation offerte en sexologie à l'Université, en particulier au premier cycle. Selon le collectif, cette formation favorise un discours hétéronormatif qui ne tient pas compte, sinon de manière exceptionnelle, des réalités difficiles vécues par les minorités sexuelles (LGBT). Il souligne également le peu de perspective critique concernant les préjugés qui touchent les différentes orientations sexuelles et les théories sur la notion de genre.

Ces reproches sont fondés en bonne partie, admet Joanne Otis. «Les futurs sexologues doivent être sensibilisés à ces revendications. C'est pourquoi il est important que les programmes de formation universitaire dont l'objet d'étude central est la sexualité humaine comportent une préoccupation explicite relative à la diversité sexuelle et aux questions de genre. Ces programmes doivent être interdisciplinaires en raison des multiples dimensions – biologiques, psychologiques, sociologiques –  de la sexualité. Ils doivent aussi refléter les avancées sociales et juridiques concernant les droits de la communauté LGBT.»

Cela dit, les professeurs du Département de sexologie mènent, depuis 20 ans, plusieurs travaux de recherche sur des questions touchant la diversité sexuelle, tient à souligner Joanne Otis. «Au moins le tiers des professeurs s'intéressent à ces questions, dit-elle. De plus, le Département a cherché à tenir compte des critiques au moment de la refonte du programme de maîtrise et de la création, en 2010, du programme de doctorat. L'un des profils du programme de maîtrise intègre la thématique de la diversité sexuelle et du genre, de même que des cours au doctorat.»

Un nouveau bac

Le nouveau programme devra aussi répondre aux exigences de l'Ordre professionnel des sexologues du Québec (OPSQ). Créé en 2013 par un décret gouvernemental, celui-ci donne accès au titre de sexologue. «Nous travaillons de concert avec l'OPSQ pour que le nouveau baccalauréat accorde autant de place aux enjeux sociaux et culturels de la sexualité, incluant ceux associés à la diversité sexuelle, aux questions de genre et aux perspectives féministes qu'aux dimensions psychologiques, cliniques, éducationnelles et de prévention», note la professeure.

Le projet de refonte du bac vise à ce que les questions de la diversité sexuelle et de genre soient abordées dans la majorité des cours, notamment dans deux nouveaux cours obligatoires faisant partie du tronc commun du programme. «Le premier, portant sur l'épistémologie et l'évolution de la pensée sexologique, traitera des mouvements sociaux, comme le mouvement féministe, des minorités sexuelles et des mesures légales qui ont contribué à façonner les grands courants de pensée en sexologie, y compris les approches critiques», souligne Joanne Otis. Le second cours s'intitulera «Intersectionnalité et sexualité». «Les intersections avec la diversité culturelle et sexuelle ainsi qu'avec les théories du genre seront abordées d'un point de vue à la fois théorique et empirique.» Quant au cours actuel portant sur la transsexualité, il n'abordera plus les enjeux lui étant associés uniquement sous l'angle clinique. «Nous allons aussi nous assurer que les méthodes pédagogiques accordent davantage d'espace aux débats et à la réflexion critique», remarque la professeure. 

Le Département a mis sur pied 12 groupes de travail en fonction de différentes thématiques. Chacun d'eux est composé de professeurs, de chargés de cours et d'étudiants. «Nous avons d'ailleurs invité les étudiants membres du Collectif des minorités rouspéteuses à participer aux travaux», indique Joanne Otis.

La nouvelle mouture du programme de bac entrera en vigueur en septembre 2017. D'ici là, du nouveau matériel pédagogique sera progressivement intégré aux cours. «Le comité de programme de 1er cycle va bientôt soumettre à l'assemblée départementale une résolution pour adopter une politique et un plan d'action favorables à la diversité sexuelle, dit la professeure. Nous souhaitons recueillir des avis et des suggestions, en particulier de la part des étudiants.»

S'adapter aux particularités

Les sexologues doivent adapter leurs pratiques aux particularités des minorités sexuelles, d'où l'importance de développer cette sensibilité chez les étudiants, insiste Joanne Otis. «Les intervenants ont tendance à adopter le discours hétérocentriste de la majorité. La première question que l'on pose à un jeune garçon qui vient consulter un sexologue est: comment ça va avec ta blonde ? Qui sait, peut-être s'interroge-t-il sur son identité de genre? Les sexologues ne doivent pas présumer de l'orientation sexuelle de leurs clients.»

La professeure estime que l'accès aux services de santé pour les personnes LGBT constitue un enjeu majeur. «Partout dans le réseau de la santé et des services sociaux, des professionnels ont du mal à tenir compte des différences sexuelles, dont certaines heurtent plus que d'autres. Sans être homophobes, plusieurs se sentent désarmés ou maladroits, en raison notamment d'une méconnaissance de cette réalité.»

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