Regards croisés sur le patrimoine industriel

Des étudiants belges et uqamiens imagineront de nouvelles vocations pour le Silo no 5.

8 Novembre 2016 à 16H24

Vue du Silo à grain no 5. Photo: Johanne Lévesque

Un moulin à images montréalais, une tour d'observation, un hôtel, un musée, des condos… Plusieurs idées ont été avancées afin de trouver une nouvelle vocation  pour le Silo à grain no 5 dans le Vieux-Port de Montréal. Ce complexe de trois bâtiments emblématiques du paysage industriel montréalais est laissé à l'abandon depuis 1994.

Pour imaginer d'autres options de requalification pour le Silo no 5, une semaine intensive de conception architecturale et de design urbain – le Workshop Mons + Montréal – réunira, du 14 au 18 novembre, 17 étudiants de la Faculté d'architecture et d'urbanisme de l'Université de Mons, en Belgique, et 14 étudiants de troisième année de l'atelier de design urbain du programme de baccalauréat en urbanisme de l'ESG UQAM. Les co-responsables de l'événement sont François Racine et Priscilla Ananian, professeurs au Département d'études urbaines et touristiques, ainsi que Pascale Petit et Paul Delaisse, professeurs à l'Université de Mons.

«Chaque année, depuis trois ans, j'encadre des étudiants stagiaires de l'Université de Mons qui viennent réaliser leur projet final à l'UQAM, explique François Racine. L'an dernier, la mère d'un de ces étudiants, qui est professeure à la Faculté d'architecture de l'Université de Mons, est venue le voir et a eu l'idée d'une collaboration entre nos deux établissements. Comme on trouve aussi beaucoup de bâtiments industriels abandonnés en Belgique, en raison du phénomène de désindustrialisation, nous avons conçu un workshop qui permettra aux étudiants de réfléchir sur les caractéristiques des patrimoines industriels belge et montréalais.»

Se confronter à la bête

Les étudiants de Mons et de l'ESG UQAM seront jumelés au sein de sept équipes, composées de cinq personnes chacune, et concevront autant de scénarios ou de projets qu'il y a d'équipes. «Ils devront se confronter à la bête que constitue le Silo no. 5, dit le professeur. Le mot d'ordre est "place à l'imagination". Il ne s'agit pas de travailler à partir d'une commande, mais de réaliser un exercice académique qui soit formateur pour les étudiants.»

La première journée, les étudiants visiteront le site du silo et rencontreront le directeur immobilier Aldo Sylvestre, de la Société immobilière du Canada (SIC) qui est responsable de la revitalisation du Vieux-Port, le site récréotouristique le plus fréquenté au Québec avec six millions de visiteurs chaque année.

Au cours de la deuxième journée, Mario Lafrance, de la Société de développement commercial du Vieux-Montréal, fera une présentation sur les possibilités qu'offre le silo de contribuer à la revitalisation de l'arrondissement historique et la professeure Priscilla Ananian parlera de la cohabitation entre résidants et touristes dans le Vieux-Montréal. Les trois autres journées seront consacrées à la réflexion intensive. Puis, le vendredi, en fin de journée, les étudiants présenteront leurs idées et esquisses, en présence notamment de l'architecte et professeur de l'École de design Carlo Carbone.

Un ensemble monumental

Le Silo no 5, en activité de 1903 à 1994, a été conçu pour le tri et le stockage de grains. Ses trois bâtiments et les équipements qui y sont rattachés occupent plus de la moitié de la Pointe-du-Moulin – une jetée de 75 000 mètres carrés –, dans l'ouest du Vieux-Port.

Le plus ancien bâtiment, achevé en 1906 et appelé «élévateur B», est construit sur un premier niveau en brique, d'où s'élèvent de hauts murs de plaques d'acier. Plus à l'ouest, on trouve une annexe, construite entre 1913 et 1914, puis agrandie en 1923 et en 1924. Cet édifice est constitué de 60 silos circulaires en béton armé. Enfin, le troisième bâtiment, érigé entre 1957 et 1959, est celui qui est le plus visible depuis la rue de la Commune. Appelé «élévateur B-1», il est également en béton armé. Avec ses 185,6 mètres de long, ses 14 mètres de large et ses 66 mètres de hauteur, il est le plus imposant des trois édifices. Un ensemble d'équipements complète le tout, notamment l'impressionnant réseau de convoyeurs aériens et de galeries ainsi que les deux tours marines mobiles montées sur rails, faisant du complexe une véritable machine.

En 1995, les limites de l'arrondissement historique du Vieux-Montréal ont été étendues vers l'ouest, ce qui a permis d'inclure le complexe du Silo no 5.

Une relation amour-haine

François Racine qualifie d'amour-haine la relation que plusieurs Montréalais entretiennent avec le Silo no. 5. Si certains sont attachés à sa présence dans le paysage, «sa construction a coïncidé avec l'industrialisation de Montréal et avec la prolétarisation des Québécois francophones, une période que certains considèrent comme peu épanouissante pour le peuple québécois. Pour d'autres, le silo représente une sorte d'immense machine qui obstrue la vue sur le fleuve.»

Dans un ouvrage intitulé Vers une architecture, paru en 1923, le célèbre architecte français Le Corbusier a publié une photo d'un élévateur dans le port de Montréal, démoli depuis. «Le Corbusier voulait montrer que les ingénieurs nord-américains savaient travailler le béton, dit le professeur. Il était à la recherche d'un nouveau langage architectural et croyait en la possibilité de transformer la société par l'architecture.»

Une démarche de consultations publiques sur l’avenir du Vieux-Port de Montréal et de son Silo no 5 a débuté en janvier dernier. Cet exercice doit mener à un plan directeur pour la revitalisation du Vieux-Port en 2017.

«Des personnes ont déjà imaginé de transformer une partie du silo en un centre de plongée sous-marine, dit François Racine avec un sourire. L'architecte Pierre Thibault a pensé à en faire un hôtel. Moi-même, qui suis architecte-urbaniste, j'ai songé à un projet comme celui du Moulin à images, cette immense projection extérieure sur les silos à grains de la Bunge, conçue par Robert Lepage et réalisée pour le 400e anniversaire de la Ville de Québec. On pourrait aussi s'inspirer de ce qui s'est fait à Londres, où une ancienne usine thermique, dont l'architecture est massive, abrite aujourd'hui un important musée d'art contemporain: la Tate Modern Gallery.»

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