Une œuvre spectaculaire!

Le sculpteur Stephen Schofield imprime sa marque dans le Quartier des spectacles.

13 Juin 2016 à 13H04

Installée de façon permanente dans le Quartier des spectacles, l'œuvre de Stephen Schofield se déploie sur cinq stations du côté est de la rue Jeanne-Mance, entre la rue Sainte-Catherine et le boulevard René-Lévesque. Par ses références aux arts de la scène – théâtre, musique, danse –, elle se veut un hommage au monde du spectacle.
Photo :Denis Bernier

Nous avions rendez-vous le 7 juin dernier, veille de l'ouverture des Francofolies de Montréal, à l'angle des rues Jeanne-Mance et Sainte-Catherine. Le sculpteur Stephen Schofield, professeur à l'École des arts visuels et médiatiques, avait proposé de me servir de guide pour découvrir son œuvre d'art public, inaugurée quelques jours auparavant. Installée de façon permanente dans le Quartier des spectacles, l'œuvre se déploie sur cinq stations du côté est de la rue Jeanne-Mance, entre la rue Sainte-Catherine et le boulevard René-Lévesque. Par ses références aux arts de la scène – théâtre, musique, danse –, elle se veut un hommage au monde du spectacle.

Intitulée Où boivent les loups?, l'œuvre de Stephen Schofield est aussi imposante qu'intrigante. Elle regroupe des pièces sculpturales distinctes, faites de bronze, de béton, d'aluminium et d'acier, qui sont déposées sur cinq plateformes de béton blanc. «Pour le titre, je me suis inspiré d'un recueil du poète dadaïste Tristan Tzara, paru en 1932, explique le professeur. Dans ses poèmes, Tzara parle du travail de création, de son énergie physique et de sa force sauvage. Mes personnages, très différents les uns des autres, incarnent ces caractéristiques. Ils évoquent l'idée de jeu, un récit poétique qui peut être tissé à partir de Sainte-Catherine jusqu'à René-Lévesque, et inversement.»

«Mes personnages, très différents les uns des autres […] évoquent l'idée de jeu, un récit poétique qui peut être tissé à partir de Sainte-Catherine jusqu'à René-Lévesque, et inversement.»

Stephen Schofield,

professeur à l'École des arts visuels et médiatiques

Stephen Schofield a créé son œuvre après avoir remporté, en 2013, le concours du Bureau d'art public de Montréal pour la réalisation d'une œuvre dans le centre-ville. Doté d'un budget de 600 000 dollars, ce projet s'inscrivait dans le programme de la Politique québécoise d'intégration des arts à l'architecture et à l'environnement.

Depuis plus de 30 ans, la représentation du corps humain, tant figurative qu'abstraite, est au cœur de la pratique artistique du professeur, laquelle réunit la sculpture, le dessin et la performance. Ses travaux ont été exposés dans plusieurs galeries et musées et lors d'événements artistiques au Canada, aux États-Unis et en France. Un critique d'art a écrit que les œuvres de Stephen Schofield mettent en tension une série de dualités: résistance et fragilité, rigidité et flexibilité, cinétique et statique, équilibre et déséquilibre.

Composer avec l'espace

Jeu de contrastes Photo: Denis Bernier

Pour réaliser Où boivent les loups?, le professeur devait tenir compte de l'environnement de la rue avec ses commerces et ses buildings. «J'ai cherché à jouer avec l'espace et avec ses contraintes, dit-il. Par exemple, je devais éviter que les plateformes, qui m'avaient été imposées, occupent toute la largeur du trottoir. J'ai appréhendé l'espace que l'on m'offrait en me mettant à la place du piéton qui déambule dans la ville.»

La première pièce, très théâtrale, présente un homme nu coulé en bronze, monté sur une chaise qui risque de basculer. Le personnage imite le geste de la main posé par une femme habillée, en position assise, qui lui fait dos. L'ensemble offre un jeu de contrastes entre équilibre et déséquilibre, entre un personnage masculin dénudé et fragile et un personnage féminin habillé et fort… un renversement des rôles, en quelque sorte.

Jeux de mains

La deuxième plateforme propose une longue enfilade de mains en aluminium, à la fois semblables et différentes. «Les mains s'emboîtent les unes dans les autres, créant une sorte de mouvement nerveux comme lorsqu'on applaudit à un spectacle», souligne Stephen Schofield.

Plus au sud, une grande sculpture humaine en position couchée, comme si elle était tombée de son socle, est portée par des personnages d'enfants à l'air espiègle et coiffés d'étranges chapeaux. «C'est une allégorie, dit le professeur. Je voulais des enfants parce qu'ils sont sous-représentés dans l'art public. Ils incarnent ici des héros qui transportent une sorte d'effigie, semblable aux statues monumentales si répandues sous les anciens régimes totalitaires d'Europe de l'Est.»

«La nudité, masculine en particulier, est peu représentée dans l'espace public nord-américain, ce qui n'est pas le cas dans les villes européennes. Heureusement, les membres du jury et le public ont bien réagi.»

La quatrième pièce est constituée de deux paires de mains en béton – des coquilles vides de deux mètres de hauteur – dont les doigts sont percés de petits trous pour faire pénétrer la lumière, laquelle ressort du moule vers le bas. «J'ai conçu cette plateforme comme un praticable de théâtre, c'est-à-dire un plateau de forme rectangulaire utilisé pour créer une scène, précise Stephen Schofield. Les passants peuvent ainsi circuler autour de la sculpture et voir à l'intérieur en regardant sous la structure.»

Enfin, la cinquième pièce, installée au coin de Jeanne-Mance et René-Lévesque, montre une jeune ballerine, le corps renversé, se tenant en équilibre sur une main au bout d'une longue tige dressée vers le ciel. «Je voulais que cette sculpture soit davantage en hauteur et éloignée des autres pour qu'elle respire mieux», note l'artiste.

Une part de risque

Stephen Schofield dit avoir pris des risques en créant cette œuvre, notamment avec le personnage de l'homme nu. «La nudité, masculine en particulier, est peu représentée dans l'espace public nord-américain, ce qui n'est pas le cas dans les villes européennes, observe-t-il. Heureusement, les membres du jury et le public ont bien réagi.»

Articles connexes
PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE