Programmeur hors pair

Philippe Côté a participé à hisser Stingray aux plus hauts sommets dans le domaine des contenus musicaux multiplateformes.

30 Octobre 2017 à 9H25

Série «Sur le terrain»
Des diplômés de l'UQAM qui ont fait leurs preuves répondent à 10 questions sur leur univers professionnel.

Philippe CôtéPhoto: Nathalie St-Pierre

Philippe Côté (B.Sc.A. informatique de gestion, 00) a obtenu son diplôme au début des années 2000, à un moment où le web était en pleine expansion. Il a participé au lancement de plusieurs startups, fondé sa propre boîte de consultants et travaillé pour l'Association internationale du transport aérien avant de se joindre à l'aventure naissante de Stingray (grâce à une heureuse rencontre avec l'homme d'affaires Alexandre Taillefer, qui venait d'investir dans l'affaire).

Dix ans plus tard, Stingray est devenu le chef de file mondial des services musicaux multiplateformes (parmi lesquels les chaînes de musique en continu à la télé, mais aussi des chaînes de vidéoclips, de concert, etc.). L'entreprise est présente dans 156 pays. Le rôle de Philippe Côté, lui, a bien changé! Alors qu'il était presque seul à programmer au départ, Stingray emploie désormais une soixantaine de programmeurs. Vice-président aux technologies, l'informaticien est désormais en charge du groupe de recherche et développement pour tout ce qui concerne les infrastructures technologiques et le développement de produits.

Quelle est la plus grande qualité pour être heureux dans votre domaine?

La curiosité. C'est un domaine qui bouge très rapidement. Il faut rester à jour, lire énormément. Si on n'est pas curieux, on est vite dépassé !

Votre plus grande réussite?

L'aventure Stingray dans son ensemble. J'y ai passé ma trentaine, j'ai vu l'évolution de l'entreprise depuis ses débuts. J'étais particulièrement fier de notre entrée en bourse, en 2015.

Un faux pas qui vous a servi de leçon?

En programmation, il arrive souvent qu'on se trompe et que ça ne fonctionne pas, mais cela nous mène parfois à de belles découvertes. Ma véritable leçon, je l'ai eue le jour où j'ai fait un «répondre à tous» par accident. Une personne qui était en copie a appris qu'elle perdait son emploi dans le courriel… Désormais, je fais attention avant d'appuyer sur le bouton «envoyer».

Un bon coup d'un compétiteur que vous auriez aimé faire?

Ce n'est pas une question facile, car nous avons acheté presque tous nos compétiteurs! Cela dit, il y a quelques années, j'aurais aimé bâtir un service de musique sur demande qui permet de choisir ce que l'on veut écouter, comme Spotify, Google Play ou Apple Music. Mais les droits étaient beaucoup trop chers, nous avons abandonné l'idée et c'est tant mieux, car même sur ces sites, les gens écoutent beaucoup de playlists et de chaînes, et c'est le créneau que nous avons choisi.

La dernière tendance dans votre secteur?

On observe un retour en force des DJ ou des programmateurs musicaux qui créent des playlists, là où pendant quelques années on misait uniquement sur des algorithmes. Les chaînes programmées par des humains sont plus intéressantes.

Et ce qui est définitivement dépassé?

Les bases de données relationnelles qui ont tendance à flancher lorsque des millions de personnes les sollicitent en même temps. De nouvelles technologies les ont remplacées, comme les bases de données NoSQL ou les «Document Stores», qui permettent de gérer des niveaux de charge très élevés, mais qui viennent avec des contraintes qui demandent de repenser l'architecture et le design des applications.

Les gros systèmes monolithiques ont également été morcelés en ce qu’on appelle des micro-services, qui sont des mini-applications plus ou moins autonomes qui collaborent afin de créer de plus grosses applications. Ça change beaucoup la manière de travailler, d’organiser les équipes, de penser l’architecture des systèmes.

Sur le plan des méthodes de travail, l'approche Waterfall est définitivement dépassée. Avant, on produisait un document bien épais avec les éléments de contenu et de design, on le donnait aux développeurs pour qu'ils le codent, on le testait et si on se rendait compte que ça ne fonctionnait pas, on devait recommencer le processus depuis le début. Ce n'était pas très efficace. Aujourd'hui, on a une approche dite agile. On travaille en testant le produit en continu avec le client, qui peut répondre aux questions et même modifier ses demandes en cours de route s'il le souhaite. C'est plus dynamique, plus fluide et plus rapide.

Sur la scène nationale ou internationale, qui est le «gourou» de l'heure?

Il n'y a pas un "gourou", mais plutôt une communauté mondiale de développeurs, notamment du côté de l'open source, qui s'inspirent les uns les autres et améliorent constamment les travaux de leurs pairs en les rendant ensuite disponibles à tous. Ce ne sont pas des gens très connus, même si certains ont parfois quelques followers sur les réseaux sociaux.

Il y a des centaines de nouveaux projets chaque année et mon rôle est d'aller chercher les meilleurs éléments de ces projets pour les appliquer chez Stingray. Je pense, par exemple, à Netflix qui a une très belle offre open source et des blogues très intéressants. L'entreprise a décidé de rendre sa technologie disponible à tout le monde et c'est très inspirant. Les gens de Google et d'Amazon sont aussi inspirants dans le domaine du développement informatique.

Nommez une étoile montante qui vous inspire.

Landr, une petite compagnie montréalaise qui a développé un système pour faire de la mastérisation [étape finale de la postproduction audio] de musique en utilisant des technologies d'apprentissage automatique. Ça fonctionne étonnamment bien!

Quel est le livre qu'il faut lire en ce moment?

Je lis davantage des articles dans mon domaine que des livres. Une revue incontournable est le MIT Technology Review, qui recense les principales technologies de l'heure dans tous les domaines. J'y apprends toujours des choses épatantes.

Les deux principaux conseils que vous donneriez à un jeune qui commence sa carrière?

Il faut tout lire et ne pas hésiter à essayer des choses. Il faut faire des petits projets à la maison et participer à des concours universitaires, par exemple. Il faut continuer d'apprendre tout au long de son cheminement. La curiosité est ce qui empêche d'être dépassé.

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