Pour une littératie alimentaire

Plusieurs facteurs entrent en jeu dans la construction des pratiques alimentaires à l'adolescence.

2 Mai 2017 à 16H31

Série Acfas 2017
Plusieurs scientifiques de l'UQAM organisent des colloques dans le cadre du congrès qui a lieu à l'Université McGill du 8 au 12 mai.

Photo: iStock

La question de l'obésité chez les enfants et les adolescents refait périodiquement surface dans l'actualité. Les spécialistes – en médecine, en nutrition, en activité physique – sont nombreux à souhaiter voir les jeunes développer de saines habitudes alimentaires. «On sait désormais des tonnes de choses sur l'alimentation, mais on arrive rarement à faire une synthèse constructive de toutes les dimensions qui sont  impliquées dans le phénomène», affirme Alexandre Coutant, professeur au Département de communication sociale et publique. C'est l'objectif ambitieux du colloque interdisciplinaire Qu'est-ce qu'ils mangent? Construction des pratiques alimentaires à l'adolescence (9 et 10 mai), organisé par le Centre de recherche sur la communication et la santé (ComSanté).

Les influences sur nos représentations et nos pratiques alimentaires proviennent de plusieurs sources: la famille, qui demeure l'espace de socialisation et de transmission privilégié puisqu'elle est responsable de l'achat des aliments, de la préparation et de la prise des repas; l'industrie agroalimentaire et ses discours publicitaires, les émissions à la télé et sur le web; les pairs; et les discours de la santé publique et communautaire.

«L’adolescence est une période où les jeunes renégocient leur rapport à l’alimentation, rappelle Alexandre Coutant, qui est coresponsable du colloque avec sa collègue Christine Thoer et la professeure Valérie-Inès De La Ville, de l'Université de Poitiers. Leurs besoins nutritifs évoluent, ils sont plus intéressés par ce qu’ils mangent et leurs choix alimentaires leur permettent l’affirmation d’une nouvelle autonomie.» Comment les adolescents s’approprient-ils les multiples discours souvent contradictoires sur l’alimentation qui circulent dans les espaces public et privé? Comment développer des interventions qui puissent les soutenir dans la construction de choix alimentaires autonomes? Ce sont des questions auxquelles tenteront de répondre les conférenciers invités à ce colloque, parmi lesquels figure le sociologue de l'alimentation Jean-Pierre Corbeau, de l'Université de Tours-François Rabelais, une sommité internationale dans le domaine, souligne Alexandre Coutant.

Lors du colloque, on se penchera notamment sur la publicité d'aliments et de boissons sur les sites Internet préférés des ados canadiens, sur les menus offerts dans les cafétérias scolaires, sur le cas particulier des boissons énergisantes, sur les émissions culinaires et l'utilisation des médias sociaux en lien avec l'alimentation, notamment Instagram, et sur les troubles de l'alimentation. Une table ronde animée par le professeur Vincent Fournier, du Département de communication sociale et publique, portera sur les pratiques publicitaires des marques pour rejoindre les adolescents.

«Valérie-Inès De La Ville et l'une de ses étudiantes, Émilie Orliange, viendront présenter "Arts de faire culinaires", un programme global d'éducation à l'alimentation qu'elles ont créé et testé au collège en France et qui a très bien fonctionné», souligne Alexandre Coutant. Sa collègue Christine Thoer présentera pour sa part le projet «Silence, on cuisine!», une recherche menée dans un cours de sciences de secondaire 3 où les élèves devaient réaliser une capsule vidéo sur la préparation d'un plat facile à cuisiner et intégrant des aliments sains, et une autre sur l'analyse de l'étiquette des valeurs nutritives d'aliments contenant du sucre.

«Bref, il ne suffit pas, par exemple, de posséder des connaissances sur les mécanismes biologiques ou physiologiques de l'alimentation pour mieux manger, illustre Alexandre Coutant. Les pratiques alimentaires impliquent l’apprentissage d’un ensemble d’habiletés – culinaires, socioculturelles, gastronomiques, commerciales, techniques, critiques et corporelles. Et encore faut-il être capable de les exploiter de manière utile dans la vie de tous les jours. Il faudrait parler de littératie alimentaire, de la même façon qu'on le fait pour la littératie financière.»

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