Cinquante ans d'Habitat 67 

Le Centre de design présente une exposition en hommage au célèbre complexe d'habitation. 

6 Juin 2017 à 15H52

Le célèbre complexe urbain Habitat 67. 
Photo :Timothy Hursley

Le 1er juin dernier, près d'une trentaine de journalistes ont visité l'exposition du Centre de design soulignant le 50e anniversaire d'Habitat 67, célèbre complexe d'habitation de l'architecte israélo-canado-américain Moshe Safdie. L'homme de près de 80 ans était présent pour les recevoir et leur parler de ce projet connu à travers le monde qu'il a imaginé alors qu'il faisait sa thèse de doctorat à l'Université McGill.

Au moyen de maquettes, de photographies et de vidéos, l'exposition Habitat 67 vers l'avenir / The Shape of Things to Come rend hommage au célèbre complexe résidentiel d'avant-garde tout en s'intéressant aux œuvres plus récentes de Moshe Safdie. Classé site national du patrimoine canadien, Habitat 67 a été conçu dans le cadre de l'Exposition universelle de Montréal (Expo 67) et a d'abord abrité des dignitaires de passage à Montréal (dont la reine Elisabeth II d'Angleterre, arrivée avec sa suite sur son yatch). Fruit d'une réflexion sur la fonction de l'architecture en milieu urbain, il se compose de 365 modules – véritables boîtes de béton préfabriquées –, qui forment 158 résidences. Le tout prend l'allure de petites maisons empilées.

Une cité dans la ville

Féru de formes géométriques pures, le jeune architecte de l'époque voulait ainsi créer «une cité dans la ville», où les résidents auraient accès, par des passerelles piétonnes, à des commerces de proximité et à des institutions regroupés dans un seul et même complexe. Le projet initial prévoyait, en effet, qu'une école et des boutiques s'ajoutent aux unités résidentielles. Et comme le montre l'une des maquettes de l'expo, pas moins de 1000 logements étaient prévus!

Moshe SafdiePhoto: Justin Lapointe

Avec une telle architecture, Moshe Safdie proposait une solution à la densité urbaine. Pour l'architecte, qui a grandi dans un kibboutz – ces logements communautaires israéliens dotés de grands jardins collectifs –, les unités d'Habitat 67 devaient, chacune, posséder un jardin et une terrasse, et le tout devait aussi comprendre plusieurs espaces verts et des terrasses communautaires. À l'instar d'une maison, chaque logement devait aussi avoir une entrée privée, l'objectif étant de cumuler les avantages de l'habitat individuel et de l'immeuble collectif. 

Grâce au rayonnement international d'Habitat 67, Moshe Safie a été appelé à réaliser des projets un peu partout dans le monde. Certains n'ont toutefois jamais vu le jour, comme les résidences universitaires du San Francisco State College. «Lorsque j'ai présenté le projet à la direction du collège en leur disant que le bâtiment serait constitué de verre et de gazon [N.D.L.R.: gazon se dit grass en anglais, ce qui signifie aussi marijuana], je crois qu'ils ont pris peur!», raconte, en anglais, l'architecte.

Un module d'origine présente les composantes d'une salle de bain préfabriquée (bain, évier, toilette, douche). La technologie utilisée était dérivée de la construction navale et était reconnue pour sa facilité de nettoyage. «Les unités comprenaient le premier modèle de laveuse et de sécheuse empilées au monde, qui a été spécialement été conçu par l'entreprise Frigidaire pour Habitat 67», précise Moshe Safdie.

Projets récents

Une autre partie de l'exposition est dédiée aux projets récents et en cours de Safdie Architects, dont plusieurs en Asie. La plupart reprennent les grandes lignes d'Habitat 67, soit l'idée de créer des cités dans les villes. On peut voir notamment le projet du terminal Jewel de l'aéroport de Changi, à Singapour, dont l'achèvement est prévu pour 2019. Le site spectaculaire, de 1,4 million de pieds carrés, abritera notamment des marchés, des boutiques, des hôtels et un jardin aménagé sur plusieurs étages comportant des sentiers de promenades et des cascades d'eau. Autre projet fou: le Marina Bay Sands de Singapour, trois gigantesques tours de 55 étages surmontées d'un toit-jardin en forme de bateau, sur lequel on trouve la plus haute piscine au monde, située à plus de 200 mètres d'altitude…

Sur le site

La visite de presse s'est poursuivie à la Cité du Havre, sur le site même d'Habitat 67, où les journalistes ont pu contempler de plus près le chef d'œuvre qui n'a pas pris une ride (ou si peu!). En compagnie des guides de l’organisme Histo&Co, qui fait de la vulgarisation historique et de la recherche scientifique, les participants ont visité un module simple, d'environ 600 pieds carrés, constitué d'une petite cuisine, d'un salon et d'une chambre à coucher ainsi que l'appartement d'origine de Moshe Safdie, en rénovation. Le logement sur deux étages sera reconstruit à neuf et meublé pour ensuite être légué à une fondation. On a aussi visité un logement de près de 2000 pieds carrés, très luxueux, qui possède de nombreux solariums et terrasses. Avis aux intéressés: pour la première fois dans l'histoire du complexe, le public sera invité à le visiter. Durant l'été et une partie de l'automne, l’organisme Histo&Co propose des visites guidées. Les billets sont en vente sur le site http://www.habitat67.org.

Organisée par le Centre de design en collaboration avec Safdie Architects dans le cadre des festivités du 375e anniversaire de Montréal, l'exposition, dont le commissariat est assuré par le conservateur en architecture et en design du Musée de la ville de New York et conservateur indépendant Donald Albrecth, est présentée jusqu’au 13 août prochain. 

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