Hackathon multidisciplinaire

Des étudiants participent à un projet qui allie intelligence artificielle et droits humains.

17 Novembre 2017 à 9H38

Le hackathon avait lieu à l'espace Réunion D Sens, au pavillon des Sciences biologiques.Photo: Pierrick Pugeaud

Une vingtaine d'étudiants en droit, en informatique et en science politique ont participé, les 20 et 21 octobre derniers, au premier hackathon de l'UQAM, qui avait lieu à l'espace Réunion D Sens. Un hackathon regroupe des développeurs volontaires qui se réunissent pour faire de la programmation informatique collaborative. Celui de l'UQAM, organisé par l'Institut d'études internationales de Montréal (IEIM), la Faculté de science politique et de droit, le Département d'informatique et l'École des sciences de gestion, avait pour thème «Intelligence artificielle, justice et droits humains».

«L'objectif était de comprendre les défis que pose l'intelligence artificielle et de faire émerger des idées de politiques et des solutions novatrices en matière de protection des droits de la personne, d'inclusion et de démocratie», explique Kim Fontaine-Skronski, directrice adjointe de l'IEIM.

L'initiative a été menée en réponse à un appel lancé par le Laboratoire d'inclusion numérique d'Affaires mondiales Canada (auparavant Affaires étrangères et Commerce international Canada) aux universités canadiennes. «L'UQAM est la seule institution francophone qui a accepté de participé à l'aventure, souligne Kim Fontaine Skronski. Nous avons saisi l'occasion pour tester les possibilités de collaboration inter-facultaire et multidisciplinaire sur les thématiques retenues.»

Les 4 thèmes du hackathon

  • Inclusion, égalité, violence envers les femmes et les filles: contribution de l'intelligence artificielle (IA) dans les technologies de l'information et de la communication (TIC);
  • Politique publique relative à l'Internet et aux droits de la personne en ligne;
  • Contrer la haine en ligne et édifier des sociétés inclusives;
  • Gouvernance de l'IA

Après avoir formé des équipes incluant au moins un membre de chacune des disciplines représentées (droit, informatique et science politique) et choisi un thème spécifique, les étudiants ont développé les grandes lignes d'une solution concrète répondant à un enjeu particulier. «Il ne fallait pas seulement énoncer une idée, mais bien tenter de ficeler un projet concret réalisable à moyen et long terme», précise Sébastien Gambs. Le professeur au Département d'informatique a participé à l'encadrement des participants avec des collègues de son département et de la Faculté de science politique et de droit.

À la fin de l'activité, les quatre équipes devaient présenter leur projet respectif devant un jury composé de Karine Pontbriand, analyste des politiques au Laboratoire de l'inclusion numérique, Destiny Tchéhouali, président du Internet Society, section Québec (ISOC-Québec), et Eric Charton, informaticien et directeur groupe R&D, Pages Jaunes. «Les critères d'évaluation du jury était la faisabilité du projet, l'originalité, l'intégration interdisciplinaire, le potentiel transformateur et l'efficience de la solution proposée», précise Marie-Jean Meurs, professeure au Département d'informatique.

L'équipe gagnante

L'équipe gagnante était composée de Charlotte Christiaen (communication), Sylvain Desharnais (informatique), Henri Pineau (informatique), Frédéric Rivest-Roy (droit international) et Vincent Vallée (science politique). «Nous nous sommes rapidement mis d'accord pour travailler sur le phénomène des fausses nouvelles – les fake news –, raconte Henri Pineau, candidat à la maîtrise en informatique. Le sujet s'inscrit dans la perspective plus large des conditions nécessaires pour favoriser le débat démocratique dans le monde.»

Les fausses nouvelles, ont constaté les étudiants, ne sont pas un phénomène récent. «En effectuant quelques recherches, nous avons retracé une fausse nouvelle propagée au début du 19e siècle par un journal new-yorkais. Son auteur postulait l'existence d'une civilisation sur la lune!», souligne en riant Henri Pineau.

L'équipe gagnante: Charlotte Christiaen, Karine Pontbriand (jury), Destiny Tchéhouali (jury), Frédéric Roy-Rivest, Éric Charton (jury), Vincent Vallée et Henri Pineau.
Photo: Marie-Jean Meurs

Le projet concocté par l'équipe gagnante s'intitule VériFia (pour Vérification des faits par l'intelligence artificielle). Il consiste, dans un premier temps, à créer un label de certification d'authenticité pour les organisations et les sites web producteurs de nouvelles. «Il s'agit de jauger leur degré de crédibilité, explique Vincent Vallée, candidat à la maîtrise en science politique. Habituellement, les sites consacrés à la vérification des faits comme FactCheck.org, PolitiFact ou Snopes interviennent après la publication des nouvelles et il faut les consulter pour savoir si une nouvelle est fausse ou non. Notre projet est de créer un indicateur que les gens verraient avant de lire une nouvelle sur un site donné. Nous pourrions ainsi prévenir un biais cognitif comme le biais de confirmation, qui fait qu'une fois qu'on a lu une nouvelle, on a tendance à la tenir pour véridique.»

Afin de faciliter l'attribution de son label, le projet VériFia souhaite mettre en place un système d'identification de fausses nouvelles faisant appel à l'intelligence artificielle. «L'objectif est de sélectionner des nouvelles, vraies et fausses et, à l'aide d'algorithmes, d'entraîner une machine à reconnaître les patrons propres aux fausses nouvelles – en fonction de la source, de mots-clés, etc. La machine pourra ensuite faire elle-même ses prédictions quant à la crédibilité des nouvelles qui lui seront soumises», explique Henri Pineau.

VériFia se donne ainsi le mandat d'assurer la crédibilité de l'information afin de favoriser un débat public plus sain... sans empiéter sur la liberté d'expression. «Il ne faudrait pas verser dans la censure ou tomber dans le piège de tout vouloir classifier en fausses ou vraies nouvelles, souligne Frédéric Rivest-Roy, étudiant au baccalauréat en relations internationales et droit international. Mais un outil qui aide à jauger la crédibilité des sites web ne peut qu'être utile.»

«Nous sommes conscients que la technique ne peut pas tout résoudre en matière de fausses nouvelles, ajoute Henri Pineau. Il faut aussi poursuivre en parallèle les efforts déjà entrepris en matière d'éducation citoyenne et de sensibilisation au phénomène.»

Tous pour un !

«Nous allons encadrer l'équipe gagnante au cours des prochains mois, car elle sera invitée à présenter son projet au Forum étudiant d'Affaires mondiales Canada en mai 2018», révèle Kim Fontaine-Skronski. L'objectif est donc de présenter un prototype de la solution VériFia au printemps. «C'est plutôt ambitieux, mais nous évaluerons en décembre ce dont l'équipe a besoin pour mener le projet à terme», souligne Sébastien Gambs.

Selon sa collègue Marie-Jean Meurs, les membres de l'équipe gagnante ne sont pas suffisamment nombreux et auront besoin d'aide pour réussir à mettre au point leur prototype. «Ça tombe bien, car l'engagement des étudiants durant le hackathon était exemplaire, note-t-elle. Il est donc probable que d'autres étudiants ayant participé à l'événement se joignent à l'équipe VériFia au cours des prochaines semaines.»

Le succès du hackathon a incité ses organisateurs à déposer une demande de financement au programme AUDACE des Fonds de recherche du Québec. Ce programme vise la mise sur pied de projets collaboratifs entre chercheurs de différentes disciplines afin de produire des savoirs innovants. «Nous avons réellement été enchantés par les rencontres et les liens créés entre les étudiants et les professeurs des différentes facultés impliquées lors du hackathon et nous planchons sur un autre projet qui allie l'intelligence artificielle, l'accès à la justice et la défense des droits humains», conclut Kim Fontaine-Skronski. À suivre…

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