Une étudiante engagée

Katherine Pineault fait partie d'un groupe de jeunes leaders qui se penche sur les politiques énergétiques canadiennes.

28 Novembre 2017 à 10H54

Les membres de Votre avenir énergétique ont visité le parc éolien Kruger à Saint-Rémi en Montérégie.Photo: Darren Brown/Forum des politiques publiques

Que doit faire le Canada afin de préparer ses industries, ses communautés et ses citoyens aux futures politiques mondiales en matière d'énergie? C'est la question à laquelle tentent de répondre la quinzaine de jeunes leaders âgés de 18 à 35 ans qui participent au programme «Votre avenir énergétique», mis en place par le Forum des politiques publiques, en partenariat avec Action Canada. Étudiante au programme court de deuxième cycle en pédagogie de l'enseignement supérieur, Katherine Pineault (M.Sc. économique, 14) a été sélectionnée pour faire partie de l'aventure. «Notre mandat consiste à réfléchir aux principaux enjeux liés à l'avenir énergétique du Canada, à soumettre un rapport contenant des recommandations de politiques publiques, et à intéresser les jeunes à ces questions», explique-t-elle.

Chargée de cours à HEC Montréal et économiste chez Ouranos depuis 2016, Katherine Pineault est spécialisée dans les analyses économiques en lien avec les changements climatiques, en particulier pour ce qui est de l'estimation des impacts économiques et de la rentabilité des mesures d'adaptation.

GES et changements climatiques

La transition énergétique est au cœur des préoccupations gouvernementales en raison du défi que posent les changements climatiques. «Il faut trouver des pistes de solution pour un avenir à faibles émissions de carbone», affirme Katherine Pineault.

Katherine Pineault

Selon Environnement et changements climatiques Canada, la croissance des émissions de gaz à effet de serre (GES) au pays entre 1990 et 2015 est principalement attribuable au secteur de l'exploitation pétrolière et gazière ainsi qu'au secteur des transports. Les réductions des émissions, de 2005 à 2015, sont principalement dues aux secteurs de la production d'électricité et du chauffage. «La meilleure façon de réduire les émissions de carbone est de ne pas en produire du tout, mais ce n'est pas réaliste, mentionne l'étudiante. Il faut donc trouver des façons de réduire notre consommation énergétique, en misant notamment sur les énergies renouvelables comme le solaire, l'éolien et l'hydroélectricité.»

«Votre avenir énergétique» comporte trois groupes de travail. «Le mien s'intéresse aux impacts de la transition énergétique sur les travailleurs. Tout le monde, y compris le gouvernement, s'entend sur la nécessité d'entamer dès maintenant une transition énergétique. Mais cela n'affectera pas tout le monde de la même façon à travers le pays», affirme l'économiste.

Lors d'une transition, il y a des gagnants et des perdants, poursuit-elle. «Le filet social canadien est-il prêt à soutenir les gens qui perdront leur emploi et qui devront se réorienter? En Alberta, par exemple, on souhaite passer du charbon à l'électricité. On ferme des mines et des gens se retrouvent sans emploi. Il faut être prêt à les aider.» Il faut aussi prévoir les compétences qui seront requises dans cette nouvelle configuration énergétique et s'assurer que les établissements de formation proposent des programmes adéquats, à la fois pour les jeunes et pour les travailleurs en quête de perfectionnement ou de changement de carrière.

Tournée canadienne

Depuis juin dernier, Katherine Pineault et ses collègues visitent différentes régions du pays afin d'en apprendre plus sur la diversité du secteur de l'énergie au Canada et les implications d'une économie en transition. «Nous assistons à des conférences publiques et privées, nous visitons des sites de production énergétique et des organisations, nous rencontrons des professeurs d'université, des experts et des leaders de communautés autochtones», décrit-elle.

En Alberta, par exemple, les participants ont visité un puits de sable bitumineux. Au Québec, ils ont eu la chance de visiter l'aménagement Robert-Bourassa à la Baie-James et le parc éolien Kruger en Montérégie. À Winnipeg, ils ont participé au forum Génération Énergie, organisé par Ressources naturelles Canada. «Il s'agissait d'une consultation pancanadienne regroupant les principaux acteurs du pays, en vue d'élaborer la prochaine mise à jour de la politique énergétique canadienne et la réforme de l'Office national de l'énergie», précise Katherine Pineault.

En marge de ce forum, un sommet jeunesse avait été organisé et Katherine Pineault a eu l'occasion de participer à un panel avec Jim Carr, ministre des Ressources naturelles. «Le panel portait sur la place des jeunes en lien avec les futures politiques publiques énergétiques, raconte-t-elle. Nous avons souligné l'importance de bien éduquer et outiller les jeunes, incluant les femmes et les autochtones, afin qu'ils puissent participer pleinement aux débats à venir.»

Les jeunes qui ont participé à ce panel estiment qu'il est impératif que le gouvernement, mais aussi le milieu de la recherche, fassent preuve de transparence, rapporte Katherine Pineault. «Il faut faire connaître les projets de politiques publiques autant que les résultats de recherche et les technologies qui sont développées par les chercheurs, et ce, afin de pouvoir prendre des décisions éclairées.»

Une variété de points de vue

«Le groupe "Votre avenir énergétique" est représentatif de la diversité du pays – ses régions, ses langues, ses communautés et ses peuples – et couvrent plusieurs disciplines, du droit à l'ingénierie, en passant par la chimie, la géophysique et l'administration, souligne Katherine Pineault. Il y a des entrepreneurs, des chercheurs, des employés du secteur privé, des spécialistes en politiques publiques et des travailleurs d'organisation non gouvernementale.»

Quelques-uns des participants sont autochtones. «Plusieurs communautés autochtones sont directement touchées par les enjeux énergétiques, car les ressources se trouvent souvent sur leurs territoires, note Katherine Pineault. Il va de soi qu'elles doivent être impliquées dans les décisions qui les toucheront directement.»

La transdisciplinarité et les perspectives pancanadiennes ont séduit la jeune femme. «Écouter l'autre, confronter nos points de vue, débattre, s'asseoir tous ensemble pour  envisager des solutions est un exercice stimulant et tellement enrichissant», dit-elle, reconnaissante d'avoir été sélectionnée dans le programme. «Depuis six mois, mon réseau de contacts se développe à un rythme exponentiel!», ajoute-t-elle en riant.

En janvier prochain, le groupe s'arrêtera à Toronto pour rencontrer d'autres acteurs du secteur de l'énergie. Son dernier arrêt aura lieu à Ottawa, en mars, pour y présenter le rapport contenant ses recommandations de politiques publiques devant des fonctionnaires fédéraux et des experts du domaine de l'énergie. «D'ici là, nous poursuivons notre travail en tentant notamment de concevoir des activités pour le grand public. Cela nous permet non seulement d'intégrer les citoyens dans notre démarche, mais aussi de tester nos idées et de nourrir notre réflexion», conclut Katherine Pineault. 

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