Cités fantômes

La revue Frontières propose un dossier sur les ruines et vestiges urbains.

12 Mai 2017 à 16H11

Site abandonné de l'usine d'automobiles Packard à Détroit, au Michigan. Photo: Albert Duce

Les sociétés postindustrielles produisent de plus en plus de cités fantômes: villes, quartiers ou rues désertés par leurs habitants lors d’une crise économique (Détroit, Michigan), d’un accident nucléaire (Fukushima, Japon), d’une catastrophe naturelle (Nouvelle-Orléans, Louisiane) ou à l’occasion d’un projet industriel avorté. Ces zones urbaines, souvent représentées dans leur matérialité brute – décombres, ruines et objets du quotidien désertés de toute âme –, interrogent le devenir de nos sociétés ébranlées par les crises économiques, écologiques et humanitaires.

Ce questionnement est au cœur de la dernière livraison (vol. 28, numéro 1) de la revue institutionnelle Frontières en études sur la mort, laquelle propose un dossier intitulé «Ruines urbaines: mémoire, explorations, représentations».

Dirigé par la professeure du Département de sociologie Magali Uhl, le chargé de cours Gil Labescat (Ph.D. sociologie, 2016) et la doctorante en sociologie Estelle Grandbois-Bernard, le dossier souligne combien la présence des ruines et vestiges urbains invite à réfléchir sur le déclin et la disparition des civilisations passées, sur l’inexorable passage du temps et l’échec de son contrôle, sur la perte, le manque et la mort.

«Aujourd’hui, un nouvel engouement pour les paysages de déréliction s’exprime dans une foule de pratiques et de manifestations culturelles: photographie de ruine, exploration urbaine, dark tourism, récits post-apocalyptiques, expositions muséales, etc.», écrivent les responsables du dossier. Les images de cités désertes et de ruines urbaines envahissent aussi les espaces de diffusion médiatique et les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Buzzfeed), «montrant des paysages vidés de toute âme, où seule la nature semble reprendre ses droits sur le béton mortifère».

Ces zones urbaines partiellement ou intégralement détruites engendrent paradoxalement un phénomène de revitalisation: réappropriations citoyennes de quartiers désertés, détournements de lieux désaffectés, chantiers de rénovation publics, concours artistiques ou architecturaux. 

Une capsule vidéo, réalisée par des étudiants de l’École des médias et disponible sur le site web de la revue, accompagne le dossier. Elle donne la parole à ses trois responsables et présente des images de paysages urbains.

Enfin, ce numéro de Frontières propose un portfolio du photographe américain Dave Jordano, originaire de Détroit. Son dernier projet, Detroit unbroken down, pour lequel il a reçu le prix AIMIA/AGO en 2015, l'a conduit à parcourir les rues de sa ville natale à la rencontre des personnes qui y vivent. Contrairement à la tendance actuelle consistant à invisibiliser les habitants des villes en décroissance, il propose un regard sensible et nuancé sur le quotidien des résidents de Détroit, mettant des visages sur cette ville déclinante.

Parmi les collaborateurs au dossier figurent aussi les professeurs Sylvain Lefebvre (géographie) et Joseph Josy Lévy (sexologie) ainsi que la chargée de cours Taïka Baillargeon (géographie).

Publiée depuis 1988, la revue électronique Frontières est codirigée par le professeur de l'École des médias Mouloud Boukala et la professeure associée de l'École de travail social Diane Laflamme. S'inscrivant  dans les domaines des sciences sociales et des sciences de la santé, son objectif principal est de contribuer à une meilleure connaissance des phénomènes reliés aux rapports entre la vie et la mort dans une perspective interdisciplinaire.

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