Du Nord au Sud!

L'UQAM est l'hôte de la Semaine internationale de l'Observatoire arctique et antarctique.

21 Février 2017 à 14H03

Village de Kangaamiut, au Groenland.

Les explorateurs qui partent à la conquête de l'Arctique vont souvent ensuite s'attaquer à l'Antarctique, ou inversement. Et pour cause: ces territoires recèlent beaucoup de similitudes. Il était donc tout à fait naturel que des chercheurs s'intéressant à l'Arctique tissent des liens avec leurs homologues de l'hémisphère austral, ce qui a mené l'an dernier à la création de l'Observatoire circumpolaire international (ICO). Aussi appelé Observatoire arctique et antarctique des sociétés et cultures du Sud et du Nord, il s'agit d'un projet conjoint de l'Universidad del Salvador (Argentine) avec l'UQAM, l'Université d'Islande, l'Universidad Nacional de Tierra del Fuego (Argentine) et l'Universidad Tecnológica Nacional Rio Grande (Argentine). «Nous avons fondé cet observatoire pour favoriser les rapprochements internationaux et les approches nouvelles sur les questions culturelles et sociales en Arctique, en Antarctique et dans les territoires circumpolaires», précise Daniel Chartier, professeur au Département d'études littéraires.

Daniel Chartier est l'un des cinq membres de l'équipe de direction de l'ICO, auquel sont associées la Chaire de recherche sur l'imaginaire du Nord, de l'hiver et de l'Arctique, dont il est titulaire, et le Laboratoire international d'étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord, qu'il dirige. «Le comité scientifique regroupe des chercheurs d'Argentine, de France, du Québec, d'Islande, de la Yacoutie (Russie), de Turquie, de Finlande et du Royaume-Uni, précise Daniel Chartier, et l'ICO est ouvert à d'autres chercheurs.»

Le professeur Chartier se réjouit que ses partenaires de l'ICO aient eux-mêmes avancé l'idée d'inclure la recherche-création au cœur de la démarche. «Il fallait intégrer les artistes et s'intéresser aux productions culturelles, note-t-il. On ne peut tout simplement pas penser la recherche culturelle ou sociale sans l'intégration des arts et de la création.»

Une table ronde internationale

Chaque année, les membres de l'ICO tiennent une assemblée annuelle. L'an dernier, celle-ci avait lieu à Ushaïa, en Argentine, où l'ICO a vu le jour. Cette année, elle se tiendra à l'UQAM, dans le cadre de la Semaine internationale de l'Observatoire arctique et antarctique, du 27 février au 3 mars.

L'événement débutera par une table-ronde ouverte au public, le 27 février, laquelle portera sur la recherche et la création sur l'imaginaire du Nord, de l'hiver et de l'Arctique. «La table ronde permettra aux chercheurs, étudiants, artistes, écrivains et travailleurs culturels de présenter l'un de leurs projets, en cinq minutes, afin de créer des liens entre ceux qui étudient et travaillent sur l'imaginaire du Nord et de l'hiver, à l'UQAM, au Québec et partout dans le monde», souligne Daniel Chartier.

Parmi les chercheurs de l'UQAM, Margot Ricard, professeure à l'École des médias, abordera l'étude des séries télévisées nordiques; Judith Poirier, de l'École de design, présentera Latitude, une police de caractères en bois constituée de 85 pièces modulaires permettant de composer et de décomposer les signes de l'alphabet romain et ceux du syllabaire inuktitut; Richard Compton, du Département de linguistique, traitera des marqueurs de personne et de nombre en inuktitut; Carolina Ferrer, du Département d'études littéraires, de la littérature comparée circumpolaire de 14 pays; Patrick Evans, de l'École de design, de l'élaboration d'un processus de design intégré et transversal inspiré par les réalités et les cultures nordiques. Quant à Daniel Chartier, il présentera son projet d'étude, de traduction et de mise en valeur des littératures inuites du Nunavik et du Groenland. Cinq étudiants à la maîtrise (Éloïse Audet-Cloutier, Myriam St-Gelais, Patrice Viau, Yannick Legault et Bianca Robert) et trois doctorantes (Marie-Michèle Ouellet-Bernier, Danielle Raymond et Marie Mossé) de l'UQAM présenteront également leur projet de recherche respectif.

Cette table ronde, dont le programme peut être consulté ici, aura lieu de 9 h à 17 h, à la salle PK-1140.

Lancement d'un ouvrage

L'ouverture officielle de la Semaine internationale de l'Observatoire arctique et antarctique aura lieu en fin de journée le 27 février, sous la présidence d'honneur de Catherine Mounier, vice-rectrice à la Recherche et à la création, d'Enrique Del Acebo Ibáñez, professeur à l'Universidad del Salvador, en Argentine, et de Daniel Chartier.

C'est à cette occasion qu'aura lieu le lancement de l'ouvrage Dispossessed. The Eviction of Inuit from Hebron, Labrador, de Carol Brice-Bennett. «L'ouvrage porte sur le déplacement forcé de la population inuite du village de Hebron, sur la côte du Labrador, raconte Daniel Chartier, qui en signe l'avant-propos. Jusqu'à ce jour, cet événement est resté méconnu et le drame humain qu'il a causé n'avait jamais fait l'objet d'un livre.»

Cet essai est publié dans la nouvelle collection «Isberg» des Presses de l'Université du Québec, grâce à la collaboration entre la Chaire de recherche sur l'imaginaire du Nord, de l'hiver et de l'Arctique et le gouvernement du Nunatsiavut (un territoire autonome géré par les Inuits de Terre-Neuve-et-Labrador). Sa version numérique est disponible gratuitement en téléchargement sur Archipel. On pourra se procurer un exemplaire papier lors du lancement et dans les librairies à compter du 15 mars. «La publication de ce livre est aussi un projet social, car le gouvernement inuit l'a acheté et le distribuera à 500 survivants et à leurs familles du Labrador», ajoute Daniel Chartier.

Visites et réunion annuelle      

Le 28 février, les organisateurs feront visiter à leurs invités d'Islande, de Finlande, d'Argentine, de France et de Sibérie les installations du Laboratoire international d'étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord, les ateliers de design ainsi que le Centre de design. «Nous irons aussi nous promener dans la ville souterraine – un exemple parfait d'adaptation à l'hiver! – et nous irons visiter l'Institut culturel Avataq», mentionne Daniel Chartier.

Un colloque sur l'hiver

Un colloque sur le thème «Usage de l'hiver/adaptations à l'hiver» aura lieu les jeudi  et vendredi. «Comment faire de cette saison un avantage et non un désavantage?, voilà la question qui nous intéresse, souligne Daniel Chartier. Nous sommes 2 % de la population mondiale à vivre dans un climat froid. Il est donc normal que nos modèles viennent du sud et que nous les ayons adaptés. Mais pouvons-nous réfléchir à l'hiver – qui est essentiellement noir et froid – et créer des usages qui nous soient propres et positifs?» Montréal en lumière, Luminothérapie et Illuminart sont de bons exemples de créations originales sur le plan culturel, souligne-t-il. «On a utilisé la noirceur à notre avantage et le résultat est formidable.»

Le colloque, dont le programme peut être consulté ici, sera ouvert au public, de 9 h à 17 h, à la salle PK-1140.

Daniel Chartier se réjouit de voir plusieurs de ses collègues de l'UQAM s'intéresser à l'imaginaire du Nord. «Nous étions trois ou quatre professeurs dans ce champ de recherche il y a quelques années. Nous sommes désormais une bonne douzaine. Et la participation de l'UQAM à l'ICO permet de créer de nouveaux liens dans le monde circumpolaire et antarctique, ce qui nous permet de demeurer à l'avant-garde de la recherche culturelle et sociale dans le domaine», conclut-il.

PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE