L'époque des Chevaliers bleus

En 1969, à part quelques équipes héritées du Collège Sainte-Marie, tout était à bâtir au Service des sports de l'UQAM.

31 Janvier 2017 à 9H01

Série Campus sportif
À l'occasion du 20e anniversaire du Centre sportif, les artisans de la première heure racontent l'histoire du sport à l'UQAM.

L'équipe de football de l'UQAM au parc Lafontaine, 1971.Photo: Archives UQAM

Bien ancré sur le campus central, le Centre sportif de l'UQAM dessert la communauté depuis maintenant 20 ans. «Nous préparons un projet d'agrandissement, car nos besoins en superficie ont explosé au cours des dernières années», affirme son directeur, Jean-Pierre Hamel. En fouillant dans les archives de l'UQAM et en interrogeant les personnes qui ont été, dès 1969, aux premières loges de l'évolution du Service des sports, on s'aperçoit que son histoire est d'abord et avant tout une quête d'espaces afin de permettre aux membres de la communauté universitaire de pratiquer leurs activités physiques favorites.

Le Collège Sainte-Marie

En 1947, un enseignant du Collège Sainte-Marie, le père Brouillé, se plaint à ses supérieurs qu'il n'y a pas assez d'espace dans la cour du collège de la rue Bleury pour les élèves qui veulent faire du sport à la récréation. Manque de pot, six ans plus tard, quand la Ville de Montréal procède à l'élargissement de la rue Dorchester (aujourd'hui le boulevard René-Lévesque), le terrain du collège est amputé de 1580 mètres carrés, soit le tiers d'un terrain de football! On pense alors à bâtir un gymnase sur le terrain restant afin «de régler le problème du manque de place pour l'activité physique», apprend-on dans Histoire du Collège Sainte-Marie de Montréal 1848-1969 (HMH, 1998) de Jean Cinq-Mars. Mais ce gymnase ne verra jamais le jour. À l'époque, le collège, qui veut devenir l'Université Sainte-Marie, a d'autres projets plus ambitieux. Finalement, il fera partie des cinq établissements qui contribueront à former l'UQAM.  La majeure partie des fonds amassés pour le projet de gymnase servira alors à la construction d'une patinoire au Collège Brébeuf, également dirigé par les Pères Jésuites. 

À sa création, en 1969, l'UQAM loge dans 14 édifices disséminés à travers le centre-ville, sur près de 5 kilomètres. «Le Service des sports fut d'abord localisé au Collège Sainte-Marie, mais comme il n'y avait pas de gymnase, nous avons déménagé rapidement au pavillon Lafontaine», raconte Pierre Montpetit, ancien directeur des sports du Collège Sainte-Marie et premier directeur du Service des sports de l'UQAM.

Dans le parc Lafontaine

Vue extérieure du pavillon Lafontaine, 1974.Photo: Archives UQAM. Fonds d'archives du Service des communications, 45U-414:F3:06/1.

Situé depuis 1879 sur le terrain de la ferme Logan, devenu le parc Lafontaine, l’édifice de l'École normale Jacques-Cartier est récupéré par l’UQAM pour héberger le pavillon Lafontaine, sur la rue Sherbrooke Est, en face de l'ancienne Bibliothèque centrale de Montréal. C'est là que les futurs enseignants suivent leurs cours et on y loge également le Service des sports, sous l'égide des Services aux étudiants, comme c'est le cas aujourd'hui. Les SVE de l'époque étaient dirigés par Gérard Lafleur, ancien directeur des sports du Collège Saint-Laurent. «Disons qu'il y avait deux directeurs des sports, se rappelle en riant Pierre Montpetit. Mon séjour à la barre du Service a été de courte durée, mais cela ne m'a pas empêché de connaître une belle carrière de 23 ans à l'UQAM, à titre de responsable des communications pour le Service des immeubles et de l'équipement.»

À l'automne 1969, l'UQAM accueillait 3845 étudiants… 10 fois moins qu'aujourd'hui! Le pavillon Lafontaine était le pavillon le plus à l'est du campus, dont l'axe névralgique se situait à l'angle des rues Sainte-Catherine et Saint-Alexandre. Les équipements sportifs du «Lafontaine», comme on l'appelait, se résumaient à un petit gymnase et à deux locaux au rez-de-chaussée, ainsi qu'à un service de prêt d'équipement au sous-sol.

Étudiants du module d'éducation physique, 1973.Photo: Archives UQAM. Fonds d'archive du Service des communications, 45U-535:F3:10/1.

Au Lafontaine, on pratiquait le conditionnement physique, le volleyball, le judo, le karaté et le yoga, entre autres. «Nous pouvions aussi faire du ski de fond dans le parc», se rappelle Jean-Yves Groulx (B. Sp. enseignement de l'éducation physique, 79), qui a travaillé comme appariteur dès sa première session au baccalauréat, en 1975, avant d'être embauché comme animateur sportif quelques années plus tard.

Faute d'espaces suffisants pour accommoder les différentes pratiques sportives – et parce que la préséance était donnée aux étudiants du module d'éducation physique et du Département de kinanthropologie –, le Service des sports louait des espaces, notamment au Centre Immaculée-Conception et au Collège Saint-Laurent.

Le Chevalier bleuPhoto: Nathalie St-Pierre

En 1960, le Collège Sainte-Marie avait créé une équipe de football, les Chevaliers bleus, qui affrontaient dans la Ligue intercollégiale de football les équipes du Mont Saint-Louis, de Grasset, de Notre-Dame, de Joliette et du Collège de Montréal. «Les équipes de football et de hockey du Collège Sainte-Marie ont continué d'exister pendant au moins trois ans à l'UQAM», se rappelle Jacques Favreau, qui a travaillé comme gérant d'équipement toute sa carrière, d'abord au collège Sainte-Marie, puis à l'UQAM, avant de prendre sa retraite au début des années 2000. La mascotte officielle des Citadins, avec son costume de chevalier médiéval, a été créée en 2013 en hommage à ces premières équipes.

Si les souvenirs du pavillon Lafontaine comme tel demeurent flous, certains se rappellent très clairement les aménagements peu orthodoxes pour accommoder les Chevaliers bleus et les transporter lors de leurs matchs à l'extérieur de Montréal. «Nous avions récupéré une vieille camionnette de transport du Collège Sainte-Marie et nous avions demandé à un jobbeur de découper des fenêtres dans la boîte de la camionnette et d'installer des bancs, raconte Jean-Guy Prescott. On avait ajouté une chaufferette, sauf qu'en hiver, il fallait arrêter les essuie-glaces pour pouvoir la faire fonctionner!»

Les moyens rudimentaires dont on dispose à l'époque n'empêchent pas les athlètes de l'UQAM de briller: en 1971-72, les équipes masculines de gymnastique et de ballon-panier (c'est ainsi qu'on appelait le basketball) remportent le championnat interuniversitaire. Les équipes féminines de badminton, de ballon-panier et de volleyball atteignent la demi-finale, tandis que l'équipe de tennis termine au deuxième rang et celle de ski au troisième rang.

Le sport, c'est la santé

L'idée que le sport aide les étudiants dans leurs études était déjà présente, annonçant le concept du #SantéCS. Des étudiants en biologie suivaient des cours de plongée sous-marine, tandis que des étudiants en design de l'environnement tentaient des expériences artistiques tout en faisant… du ski de fond dans le parc Lafontaine! «Le mépris du milieu intellectuel concernant le sport est heureusement chose du passé. Malgré les difficultés, le Service des sports s'achemine doucement vers son but: préparer les étudiants à l'ère du loisir», pouvait-on lire dans Le Tricycle, le journal de l'UQAM à l'époque. L'avenir donnera raison au journaliste sur un point: le sport et la santé deviendront des sujets incontournables, et même des objets d'études à l'université au cours des 40 années suivantes, mais pour la société des loisirs, on repassera…

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