Un outil d'intégration

Une étude révèle le rôle central d'Internet dans l'intégration des immigrants.

1 Février 2018 à 16H05

Le Web peut-il contribuer à l'intégration des immigrants? Une recherche pancanadienne, financée par le Programme d'investissement communautaire de l'Autorité canadienne pour les enregistrements Internet (ACEI), s'est penchée pour la première fois sur cette question. Dirigée par Christian Agbobli, directeur du Département de communication sociale et publique, et la titulaire de la Chaire UNESCO en communication et technologies pour le développement Magda Fusaro (nouvellement rectrice de l'UQAM), l'étude a permis de constater le rôle central d'Internet dans l'autonomisation et l'intégration des immigrants au Canada.

En 2016, le pays a reçu 296 370 nouveaux résidents permanents, atteignant le taux d'admission de migrants le plus élevé depuis 2010. Or, immigration et intégration (participation sociale, économique, politique et culturelle) sont deux concepts différents, qui ne vont pas nécessairement de pair. Intitulée Using the Internet towards Greater Engagement and Empowerment of Immigrants in Canada, la recherche, réalisée en 2016 et 2017, s'intéressait aux conditions qui ont permis aux immigrants de développer une certaine autonomie depuis leur arrivée au pays. «L'un des principaux objectifs de cette recherche était d'identifier les "meilleures" stratégies et mesures d'accompagnement afin de mobiliser et de permettre l'engagement des citoyens immigrants au sein de la société canadienne», précise Magda Fusaro.

Les deux chercheurs ont mené une étude à la fois qualitative et quantitative. «Une centaine de participants à travers le Canada ont répondu à un questionnaire sur leur usage d'Internet et nous en avons interrogé une soixantaine à Montréal, Vancouver, Calgary et Toronto, au sein d'organismes offrant des formations destinées aux nouveaux arrivants», précise Christian Agbobli. Ces formations portaient principalement sur la mise à niveau linguistique, la rédaction de curriculum vitæ, l'introduction à la culture locale et la recherche d'emploi. Plusieurs de ces formations incluaient une portion dédiée à se familiariser avec les outils informatiques, dont l'Internet. Les immigrants qui ont participé à l'étude résident au Canada depuis moins de 10 ans, et le sous-groupe des nouveaux arrivants depuis moins de 3 ans.

Mieux comprendre la culture canadienne

«Nous pensions que les nouveaux arrivants n'avaient pas nécessairement les moyens financiers de se doter d'une connexion Internet rapidement après leur arrivée au pays, mais nous avions tort», souligne Christian Agbobli. Parmi les répondants, 70,9 % possèdent une connexion Internet à la maison et ils utilisent fréquemment un ordinateur portable ou un téléphone intelligent, entre autres pour la recherche d'emploi. «Les femmes à la maison, qui autrefois ne se seraient sans doute pas risquées à découvrir seules leur nouvelle ville, se servent d'Internet pour se déplacer de manière autonome, précise le professeur. Google Maps est l'une des applications les plus populaires!»

Surfer sur le Web permet aux immigrants de conserver des liens avec leur pays d'origine, mais l'étude révèle qu'ils perçoivent davantage l'outil comme une façon de s'intégrer à la société canadienne, en y développant leurs compétences linguistiques et en cherchant à mieux comprendre la culture canadienne.

Quelques recommandations

Des formations adéquates sont toutefois nécessaires pour favoriser l'autonomisation des nouveaux arrivants, précise Christian Agbobli. En plus de dresser un état des lieux, l'étude propose donc plusieurs recommandations aux gouvernements et aux organismes de formation des immigrants. «Nous suggérons aux gouvernements qu'une formation d'intégration à la société canadienne et aux spécificités de ses provinces soit offerte avant même l'arrivée des immigrants au pays, note le professeur. Il faudrait également promouvoir les sites web ".ca" dans les deux langues officielles afin de favoriser l'apprentissage linguistique en amont du processus d'immigration, et augmenter le financement des organismes chargés de l'intégration des immigrants, notamment en ce qui concerne la formation à Internet.»

Aux organismes, les chercheurs recommandent plus spécifiquement d'offrir des formations sur la connaissance de la culture locale et sur les stratégies de recherche d'emploi. «Plus de 75 % des répondants affirment utiliser ou avoir déjà utilisé Internet pour chercher un emploi, mais on sait bien que la plupart des emplois sont comblés par les réseaux interpersonnels, explique le professeur. Il faudrait ajuster les formations en conséquence.»

Enfin, les chercheurs soulignent que la formation à Internet devrait être incontournable pour tous les nouveaux arrivants. «J'ai visité un organisme qui donnait des formations à l'informatique, mais pas nécessairement à Internet. C'est une lacune à laquelle il faudrait remédier afin de favoriser l'autonomie des immigrants. On devrait également porter une attention particulière aux compétences permettant aux parents d'accompagner leurs enfants dans leur parcours scolaire en fonction de l'évolution des outils technologiques», conclut Christian Agbobli. 

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