Visages de l'autoritarisme

Un colloque s'intéresse aux formes passées et contemporaines des régimes, mouvements et pratiques autoritaires.

1 Mai 2018 à 12H05

Série Acfas 2018
Plusieurs scientifiques de l'UQAM organisent des colloques dans le cadre du congrès qui a lieu à l'Université du Québec à Chicoutimi du 7 au 11 mai.

Le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre hongrois Viktor Orban. Photo: www.kremlin.ru

Ces dernières années, de nouveaux régimes, mouvements et pratiques autoritaires ont émergé dans différents pays, notamment en Europe. Quelles causes et quels mécanismes ont favorisé cette émergence? Peut-on établir une comparaison avec les régimes autoritaire passés, fascistes et totalitaires? Ces questions seront débattues lors du colloque «Retour vers le passé? Enjeux conceptuels dans l'analyse sociohistorique des nouvelles formes d'autoritarisme» (8 mai), dont les coresponsables sont le professeur du Département de sociologie Frédérick Guillaume Dufour et le doctorant en sociologie Michel-Philippe Robitaille. 

Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’État de droit libéral repose sur certains piliers: le constitutionnalisme, la séparation des pouvoirs, la défense des droits et libertés, l’indépendance des médias, un accès à la citoyenneté basé sur la règle de droit, etc. «Or, on constate que certains de ces piliers sont remis en question dans plusieurs pays, y compris là où on les prenait pour acquis», souligne Frédérick Guillaume Dufour. Le mouvement de démocratisation attendu en 1990, après l'écroulement des régimes communistes en Europe, a fait place à une vague de dé-démocratisation, affirme le professeur. «Certains régimes, comme celui du premier ministre Viktor Orban, en Hongrie, ne pratiquent pas une politique étrangère impérialiste, comme c'était le cas des régimes fascistes dans les années 1930, mais ils entretiennent une relation ambiguë avec les valeurs libérales, quand ils ne s’y opposent pas ouvertement.»

Un régime autoritaire s’attaque non seulement à l’État de droit, mais aussi à la société civile, souligne Frédérick Guillaume Dufour. «Il s’en prend à ses adversaires et à la légitimité de la séparation des pouvoirs. Dans les États démocratiques, on voit émerger des mouvements national-populistes qui opposent les élites, présentées comme déconnectées ou déracinées, au peuple, avec lequel les leaders de ces mouvements seraient en fusion, ainsi que la nation à des groupes désignés comme représentant une menace pour celle-ci.»

Selon le chercheur, un taux de chômage élevé et la forte présence d'immigrants ne suffisent pas à expliquer la montée des mouvements autoritaires. «Le national-populisme se porte bien en Hongrie ou en Pologne, où l’immigration est faible. Par contre, la crainte d’une déqualification sociale constitue une condition favorisant l’adhésion à ces mouvements. Ceux-ci attirent aussi des individus dont le capital social ou culturel est peu valorisé et qui cherchent à compenser par leur capital d’autochtonie.»

Une communication portera sur le concept de populisme, souvent mal défini et mobilisé de manière vague. «Le populisme s’oppose aux corps  intermédiaires, comme le parlementarisme, les médias, les universitaires et experts indépendants, les juges et la fonction publique, souligne Frédérick Guillaume Dufour. Il constitue une menace pour la démocratie non pas parce qu’il propose des solutions simplistes à des problèmes complexes, mais parce qu’il encourage le démantèlement des contre-pouvoirs et favorise une concentration autoritaire du pouvoir. Le populisme peut être de droite, comme de gauche, et certains mouvements populistes, comme la Ford Nation, en Ontario, se situent à droite, sans être "national-populistes".»

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