Engouements nostalgiques

Les nouvelles technologies, les médias et les réseaux sociaux suscitent et alimentent la nostalgie.

8 Mai 2018 à 7H41

Série Acfas 2018
Plusieurs scientifiques de l'UQAM organisent des colloques dans le cadre du congrès qui a lieu à l'Université du Québec à Chicoutimi du 7 au 11 mai.

Les célèbres personnages de Séraphin, Donalda et Alexis revivent à l'écran dans la télésérie québécoise Les pays d'en haut. Photo: Radio-Canada

Commémorations d'événements historiques, rediffusion de vieilles séries télévisées, rééditions de classiques de la musique rock, retour au cinéma des figures de superhéros… Le phénomène protéiforme de la nostalgie sera analysé à l'occasion du colloque Nostalgies, mémoires et cultures médiatiques: entre esthétique, marchandisation et politisation (10-11 mai). «Des chercheurs issus de la francophonie et provenant de divers horizons disciplinaires se pencheront sur la place de la nostalgie dans l'histoire culturelle, sur ses rapports avec la mémoire et l'oubli, sur ses liens avec les technologies de communication et les médias, et sur sa marchandisation dans la publicité, le marketing et la mode», précise Katharina Niemeyer, professeure à l'École des médias et coresponsable du colloque.

La nostalgie a souvent une connotation négative, rappelle la professeure. «On dit, par exemple, qu'elle est régressive, que les personnes nostalgiques sont trop attachées au passé. Mais la nostalgie peut aussi être réflexive et constructive. Les regards portés sur le passé peuvent aider à affronter les crises du temps présent, tant sur le plan individuel que collectif.»

«Les manifestations nostalgiques sont une forme de résistance au présentisme, au sentiment d'urgence et d'immédiateté, à l'accélération du temps générée par la vitesse des communications.»

Katharina Niemeyer,

Professeure à l'École des médias

Si des chercheurs en sciences sociales et humaines s'intéressent à la nostalgie, c'est que l'on observe depuis quelques années un engouement pour diverses représentations du passé, suscité et alimenté par les nouvelles technologies de communication, les médias traditionnels et les réseaux sociaux. «Le spectre des manifestations nostalgiques est large et diversifié, souligne Katharina Niemeyer. Pensons à l'utilisation d'appareils mobiles par des groupes de réfugiés pour rester connectés avec leur famille et leur pays d'origine, aux films ou photos numériques vieillis au moyen d'un filtre sépia, à la diffusion par les médias de nombreux programmes à caractère historique. Radio-Canada vient de lancer l'émission Rétroviseur, une série d'entrevues, accompagnées d'images d'archives, avec des personnalités publiques qui replongent dans le passé.»

Selon certains sociologues et historiens, notre rapport contemporain au temps serait marqué par le présentisme, parce que le présent y occuperait une place démesurée. «Les manifestations nostalgiques sont une forme de résistance au présentisme, au sentiment d'urgence et d'immédiateté, à l'accélération du temps générée par la vitesse des communications», affirme la chercheuse.

Membre fondatrice du Réseau international de recherche sur les médias et la nostalgie, créé en 2015, Katharina Niemeyer a reçu récemment une subvention du Fonds de recherche du Québec – Société et culture pour un projet de recherche intitulé «Expériences et usages du passé dans les communautés en ligne: (n)ostlagies de l'ancienne République démocratique allemande». «On trouve sur Facebook plusieurs communautés qui sont nostalgiques de régimes ou de mouvements politiques. Dans ce cas-ci, j'étudierai la place occupée par la nostalgie à l'égard du communisme, par le partage de souvenirs de citoyens de l'ancienne Allemagne de l'Est.»

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