Pour une sociologie du droit

Le droit est aussi un objet d'étude fascinant qui devrait interpeller davantage sociologues et juristes.

1 Mai 2018 à 12H07

Série Acfas 2018
Plusieurs scientifiques de l'UQAM organisent des colloques dans le cadre du congrès qui a lieu à l'Université du Québec à Chicoutimi du 7 au 11 mai.

Photo: Getty Images

Le droit fait partie intégrante de notre société: il balise les liens sociaux qui nous unissent à nos semblables, aide à résoudre les conflits et apporte un éclairage incontournable lorsque vient le temps de mieux comprendre certains enjeux d'actualité. «Pourtant, les sociologues de la francophonie peinent à constituer les phénomènes juridiques comme un objet d'étude à part entière, de même qu'à reconnaître la sociologie du droit comme un champ de recherche "porteur"», souligne Emmanuelle Bernheim. En collaboration avec ses collègues Pierre Noreau et Yan Sénéchal (professeur et chargé de cours à l'Université de Montréal), la professeure du Département des sciences juridiques organise le colloque «La sociologie du droit dans la francophonie: état de la recherche» (7 mai).

«Nous souhaitons réunir sociologues et juristes autour de l'objet d'étude qu'est le droit», précise Emmanuelle Bernheim. La plupart du temps, les juristes travaillent sur le droit dans une perspective formelle de développement des connaissances, observe la professeure. «Ils écrivent des doctrines qui sont reprises par les tribunaux, mais il y en a peu qui utilisent des outils issus des sciences sociales.» Quant aux sociologues, ils sont peu nombreux à s'intéresser au droit. L'ouvrage collectif Les sociologies françaises: Héritages et perspectives (1960-2010) (PUR, 2015) répertoriait 15 sociologies spécialisées… mais pas la sociologie du droit, une situation d'autant plus étrange que les fondateurs de la discipline (Durkheim, Weber, etc.) ont analysé le droit pour éclairer la constitution et la transformation de la société moderne! «Je crois que les chercheurs qui ne sont pas juristes sont intimidés par le droit, note Emmanuelle Bernheim. Ils ont peur de se faire rabrouer s'ils écrivent des faussetés. Pourtant, ils possèdent de très bons outils pour éclairer sous de nouveaux angles certains enjeux juridiques. Le système de justice en soi regorge de sujets de recherche fascinants!»

Ce colloque sera l'occasion de prendre acte de la recherche actuellement produite dans le champ de la sociologie du droit au Québec et en France, poursuit la chercheuse. Quels thèmes retiennent l'attention des chercheurs? Quels terrains empiriques investissent-ils pour les explorer? Quels concepts et quelles méthodes mobilisent-ils afin de les éclairer sociologiquement? Quels sont les apports de ces recherches à la compréhension du monde social? Quelles sont les perspectives d'avenir de la sociologie du droit en francophonie? Autant de questions auxquelles tenteront de répondre les participants.

En matière de sociologie du droit, la francophonie est en retard sur le monde anglo-saxon, constate Emmanuelle Bernheim. «Aux États-Unis, des programmes interdisciplinaires en droit et société sont offerts et des revues interdisciplinaires sur le sujet existent depuis longtemps.»

La formation universitaire en droit sera abordée lors du colloque, tout comme les échanges à développer entre le milieu académique et les milieux de pratique. «La pratique juridique ne se nourrit pas suffisamment de ces échanges avec les universités, comme le font, par exemple, les praticiens du milieu de la santé. Il faudrait faire connaître les travaux de recherche en droit et construire des passerelles avec les milieux de pratique», conclut Emmanuelle Bernheim.

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