De science po à Radio-Canada

Vedette montante des ondes, le diplômé Alexandre Duval défend l'utilité sociale du journalisme.

17 Avril 2018 à 9H35

Alexandre Duval. Photo: Radio-Canada

Remporter le prix Judith-Jasmin de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) est déjà remarquable en soi, mais ça l'est encore plus quand on est en début de carrière. Âgé de 29 ans, Alexandre Duval (M.A. science politique, 2014), journaliste pour la télévision de Radio-Canada à Québec, a reçu ce prix l'automne dernier dans la catégorie Nouvelles - médias locaux et régionaux pour une entrevue réalisée avec le meilleur ami d'Alexandre Bissonnette, l'auteur de l'attentat à la grande mosquée de Québec. Selon le jury, «ce témoignage, obtenu à chaud dans les heures qui ont suivi la tuerie, a permis au public de mieux comprendre ce qui a pu mener à une telle tragédie (…), de mettre en contexte un événement incompréhensible».

«Je suis conscient que j'ai encore mille choses à apprendre, mais cette distinction constitue une formidable source de motivation, une tape dans le dos qui me dit: continue, tu es sur la bonne voie, confie Alexandre Duval. Elle vient aussi confirmer que le travail des journalistes a une valeur sociale inestimable.»

Alexandre Duval devait agir rapidement, alors que toutes sortes de rumeurs circulaient dans les médias sociaux. «Certaines faisaient allusion à l'orientation sexuelle du suspect, une autre parlait d'une possible liaison avec une personne fréquentant la mosquée», rappelle le journaliste. Intitulé «Il était hostile aux non-Blancs», son reportage a permis de recentrer l'attention sur l'état d'esprit d'Alexandre Bissonnette et sur ses motivations idéologiques.   

Alexandre Duval a fait des études de maîtrise en science politique à l'UQAM, de 2011 à 2014. «J'avais aussi soumis une demande d'admission à l'Université de Toronto, qui m'avait accepté, mais l'UQAM m'offrait une bourse d'entrée et j'avais repéré une professeure du Département de science politique, Allison Harell, spécialiste des comportements politiques, avec qui j'avais envie de travailler.»

Dans le cadre de son mémoire de maîtrise, qui portait sur l'impact de l'orientation sexuelle des politiciens sur leur évaluation par les électeurs, le diplômé a mené une étude auprès de 159 personnes. «Les participants étaient mis face à des politiciens fictifs et devaient réagir à différents profils d'orientation sexuelle. Les résultats ont montré que l'orientation homosexuelle d'un candidat peut servir ses intérêts et être un atout auprès d'une certaine frange de l'électorat.»

Pour mener son projet, Alexandre Duval a obtenu deux bourses d'excellence d'une valeur de 5 000 dollars chacune: la bourse J.-A-. De Sève de la Fondation de l'UQAM et la bourse de la Chaire de recherche sur l'homophobie. «Quand on doit conjuguer les études et le travail, des coups de pouce financiers comme ceux-là sont plus que bienvenus, souligne-t-il. Cela m'a aidé à mieux me concentrer sur mon mémoire.»

Après avoir déposé son mémoire, le journaliste a effectué un stage parlementaire de près d'un an à l'Assemblée nationale du Québec, grâce à une autre bourse de 21 000 dollars de la Fondation Jean-Charles-Bonenfant. «Je collaborais avec une députée du gouvernement et avec une députée de l'opposition. Je les assistais au quotidien dans leurs tâches parlementaires: recherche documentaire, rédaction d'allocutions et organisation de rencontres.»

Durant tout ce temps, Alexandre Duval a un objectif en tête: faire du journalisme. Parallèlement à ses études, il travaille à la station de radio montréalaise CIBL à titre de journaliste terrain et d'animateur. Cette expérience le conduit à soumettre sa candidature, en 2014, au concours international des radios publiques francophones, dont fait partie Radio-Canada, pour l'obtention de la bourse René-Payot. Finaliste, il se classe en deuxième position. Pas assez pour la bourse, mais suffisant pour se faire remarquer. «J'ai présenté un reportage réalisé pour CIBL et Radio-Canada m'a recruté.»

Le journaliste occupe maintenant un poste permanent. «Je suis arrivé au bon moment, quand le gouvernement fédéral a décidé de réinvestir dans Radio-Canada.» Il fait un peu de tout: télé, radio, web. «Trois jours par semaine, je suis dégagé de la couverture de l'actualité quotidienne pour travailler à des dossiers d'enquête, et les deux autres journées, je suis chef de pupitre web.»

Alexandre Duval continue de suivre de près le dossier Alexandre Bissonnette. Il a réalisé un reportage, «La prière où tout a basculé», diffusé en janvier dernier dans le cadre de l'émission Enquête, qui proposait une incursion dans l'intimité des survivants de l'attentat.

Le diplômé se voit toujours journalise dans 15 ou 20 ans. «J'ai le feu sacré, paraît-il. J'ai l'intention de pratiquer ce métier tant et aussi longtemps que je sentirai qu'il a une utilité sociale. Mon rêve est de couvrir un jour la scène politique.» Une carrière à surveiller…

Source:
INTER, magazine de l'Université du Québec à Montréal, Vol. 16, no 1, printemps 2018.

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