Communiquer pendant l'amour

La doctorante Léa Séguin s'intéresse à la communication entre partenaires durant les relations sexuelles.

31 Août 2018 à 13H30

Photo: Getty Images

Comment les partenaires sexuels expriment-ils leurs désirs et leurs inconforts durant une relation sexuelle? «Il y a très peu de littérature scientifique à ce sujet, alors qu'il s'agit d'échanges cruciaux qui influencent sur-le-champ la qualité de la relation sexuelle», souligne Léa Séguin. En marge de sa thèse portant sur les représentations de l'orgasme féminin et masculin, la doctorante en sexologie s'est intéressée à la communication sexuelle.

On peut bien discuter de nos préférences sexuelles avec notre partenaire avant ou après une relation sexuelle, mais il n'y a rien comme la rétroaction immédiate, insiste Léa Séguin. «La communication verbale est jugée comme étant la plus efficace dans le feu de l'action, notamment pour avertir l'autre de situations inconfortables ou douloureuses, mais ce n'est pas celle qui est la plus utilisée», révèle la chercheuse, qui a réalisé une trentaine d'entrevues auprès d'un échantillon d'hommes et de femmes en relation de couple hétérosexuelle depuis au moins six mois et sexuellement actifs.

Une majorité de répondants affirment, en effet, privilégier le non-verbal – les gestes, les sons, l'attention portée au rythme respiratoire du partenaire ou même le silence. Leurs raisons sont multiples. «Si on parle, on gâche tout», lui ont confié plusieurs participants. «Le non-verbal constituerait donc un moyen de ne pas briser l'atmosphère érotique, analyse la doctorante. Nommer clairement une envie ou un désir d'essayer quelque chose de nouveau ouvre également la porte au jugement de l'autre, ce qui en effraie plusieurs. Et certains ont dit vouloir préserver l'estime de soi de leur partenaire en évitant de lui indiquer directement ce qui ne leur plaît pas durant la relation sexuelle.»

Une absence de modèle

Léa Séguin croit que le silence est privilégié en bonne partie parce que les gens n'ont pas de modèle de communication verbale lié aux relations sexuelles. «Entre amis, personne ne parle de ça et nous n'avons pas non plus de références culturelles», constate-t-elle.

Il existe dans la culture occidentale une foule de représentations sociales des relations sexuelles, que ce soit au cinéma, à la télévision ou dans la littérature. «On baigne là-dedans et, en grandissant, on se construit un modèle de la manière dont la relation sexuelle "doit" se dérouler, explique la doctorante. On s'appuie sur ces scénarios pour déterminer comment agir lors des premières relations sexuelles, non seulement pour nos propres gestes, mais aussi pour interpréter ceux de notre partenaire.» Or, la communication verbale est la grande absente de ces scénarios…

Avec le temps et l'expérience, on peut analyser et jauger ce qui nous convient ou non. «On conserve certains scénarios, on en rejette d'autres et on modifie nos attentes et nos croyances par rapport aux relations sexuelles», précise la chercheuse.

Se détacher des scénarios stéréotypés permet de vivre une sexualité plus épanouie et favorise la communication entre partenaires, a constaté Léa Séguin. «Parmi les croyances tenaces, il y a celle selon laquelle le partenaire est responsable de notre plaisir sexuel. On croit aussi qu'il faut atteindre l'orgasme pour que la relation soit complète ou que la relation se termine lorsque l'homme a un orgasme, mais ce n'est pas obligatoire!»

Devine ce que j'aime!

Une participante, en couple depuis quatre ans, a avoué être contrariée à l'idée de devoir mentionner à son partenaire ce qu'elle aime durant les relations sexuelles. «Elle n'est pas la seule, note Léa Séguin. Plusieurs répondants ont le désir de voir leur partenaire deviner leurs envies. Et, fait cocasse, ce type d'attentes semble augmenter proportionnellement au nombre d'années passées en couple!»

On a besoin d'une certaine familiarité avec son partenaire pour en arriver à s'exprimer durant les relations sexuelles, note la chercheuse, mais on observe qu'à un degré élevé de familiarité, quand le couple dure depuis quelques années, les partenaires arrêtent de se parler! «Ils supposent que l'autre les connaît désormais suffisamment et qu'il sait décoder leur langage corporel.»

Un partenaire réceptif

Les femmes de l'échantillon ont souligné que la communication verbale était plus facile avec un partenaire respectueux, affectueux et, surtout, à l'écoute de leurs besoins. «Si le partenaire a des réactions positives aux demandes qui sont formulées – sous-entendu: qu'il les met en pratique! – cela tend à favoriser et à renforcer la communication verbale durant les relations sexuelles», observe la chercheuse. D'autres ont également noté que la communication sexuelle s'améliorait avec l'âge et la maturité de chacun.

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