Un sujet sensible

L'appropriation culturelle est le thème de la première d'une série de grandes conférences en sciences humaines.

27 Mars 2018 à 16H22

Un inukshuk en Basse Côte-Nord. Cet empilement de pierres peut être utilisé par les Inuits comme aide pour la navigation et la chasse, ou comme un indicateur de message. Photo: Ambassade des États-Unis au Canada

Les membres d'une culture dite dominante peuvent-ils adopter, utiliser et transformer des éléments d'une culture marginalisée sans tomber dans l'irrespect et la spoliation? Cette question sera débattue lors d'une conférence sur l'appropriation culturelle, qui aura lieu le 4 avril prochain à l'agora Hydro-Québec du Cœur des sciences, à compter de 18 h 30. Il s'agit de la première d'une série de grandes conférences ouvertes au public, organisées sous l'égide de la Faculté des sciences humaines, qui se dérouleront deux fois par année. Ces événements visent à promouvoir la pertinence sociale et scientifique des sciences humaines au sein de la société québécoise, en abordant des enjeux actuels d'ordre politique, social, économique et culturel.

La première conférence réunira Natasha Kanapé Fontaine, poète innue, Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, et André Dudemaine, directeur artistique du festival Présence autochtone. Elle servira de coup d'envoi au colloque intitulé «L’appropriation culturelle et les peuples autochtones: entre protection du patrimoine et liberté de création», qui se tiendra le 5 avril, toujours au Cœur des sciences, de 9 h 30 à 16 h 30.

Ces deux événements sont organisés par le Groupe de recherche interdisciplinaire sur les affirmations autochtones contemporaines (GRIAAC-UQAM) et la Société Recherches amérindiennes au Québec (SRAQ), en collaboration avec Terres en vues (Société pour la diffusion de la culture autochtone).

Une question controversée

À cause des enjeux qu'elle comporte – propriété intellectuelle, liberté d’expression, vivre-ensemble –, la question de l’appropriation culturelle suscite depuis quelques années de nombreux débats.  Selon la Déclaration de l'ONU sur les droits des peuples autochtones, ces derniers ont le «droit de conserver, de protéger et de développer les manifestations passées, présentes et futures de leur culture, telles que les sites archéologiques et historiques, l’artisanat, les dessins et modèles, les rites, les techniques, les arts visuels et du spectacle et la littérature».

Au-delà de l’intention de reconnaître, de rendre hommage ou de commémorer des cultures, des personnages historiques ou des patrimoines vivants, ce qui pose problème,  ce sont l'utilisation et la transformation hors contexte d'éléments culturels, sans considération pour les régimes de propriété intellectuelle autochtones. Pour certaines personnes, il s'agirait là d’une autre manifestation de la dépossession (territoire, langue), qui a marqué l’histoire coloniale des peules autochtones.

Cependant, les emprunts, les métissages et les échanges culturels sont des phénomènes universels qui ont marqué l’histoire de l’humanité et lui ont permis de multiples avancées, font valoir d’autres personnes. Celles-ci insistent sur l'importance de poursuivre les échanges entre les cultures, tout en préservant la liberté de création, estimant que ces patrimoines appartiennent à l’humanité dans son ensemble et non à des groupes culturels en particulier.

Le colloque réunira des praticiens et des experts des cultures et des sociétés autochtones (Premières Nations, Inuits et Métis), mais aussi des spécialistes de la propriété intellectuelle, du droit d’auteur et des droits collectifs. Une question commune animera leurs échanges: comment respecter et protéger les traditions, les symboles, les savoirs et les patrimoines culturels autochtones, tout en continuant à favoriser la créativité et les échanges entre les cultures?

Le comédien Alexis Martin, la fondatrice des productions Feux sacrés Nadine Saint-Louis, Sylvain Rivard, Jacques Newashish, Kathia Rock, Marco Calliari et plusieurs autres personnalités figurent parmi les participants au colloque.

Codirigé par les professeurs Laurent Jérôme (Département de sciences des religions) et Jean-Philippe Uzel (Département d’histoire de l’art), le GRIAAC vise à renforcer, développer et diffuser les recherches autochtones à l’UQAM, tout en favorisant la participation des étudiants autochtones aux projets développés par des professeurs de l’Université. Les membres du groupe travaillent à la fois sur les affirmations culturelles autochtones contemporaines (musique, art, littérature) et sur les différents espaces dans lesquels elles s'expriment (mondes virtuels, musées, expositions, universités, villes, communautés).

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