Coup de pouce en français

Le Centre d'aide à la réussite offre des mesures de soutien aux futurs enseignants.

11 Septembre 2018 à 14H38

Photo: GettyImages

Au Québec, la maîtrise du français par les futurs enseignants constitue une source d'inquiétude dont les médias se font régulièrement l'écho. Il y a un an, le journal La Presse révélait que seulement 53 % des étudiants inscrits dans les programmes de baccalauréat en enseignement avaient réussi, à leur première tentative, le Test de certification en français écrit pour l'enseignement (TECFÉE). Mis en place en 2009, cet examen de français imposé par le ministère de l'Éducation est obligatoire pour l'obtention du brevet d'enseignement. Les étudiants doivent le compléter avant d'effectuer leur troisième stage.

Selon Isabelle Gauvin, professeure au Département de didactique des langues et directrice du Centre d'aide à la réussite (CARÉ) à la Faculté des sciences de l'éducation, il ne faut toutefois pas céder à un discours alarmiste. «Certes, on aimerait que le plus grand nombre possible d'étudiants aient une maîtrise satisfaisante du français dès leur arrivée à l'université et que le taux de réussite à la première passation du TECFÉE soit plus élevé. Cela dit, le fait que les étudiants ne répondent pas à toutes les exigences au début de leur scolarité n'a rien de dramatique en soi. L'objectif est qu'ils développent et consolident leurs compétences linguistiques tout au long de leurs quatre années d'apprentissage à travers les cours et les stages. Le CARÉ est là pour les accompagner et les soutenir dans ce processus.»

À l'UQAM, le seuil de réussite exigé au TECFEE est de 70 % pour tous les programmes de formation à l'enseignement, à l'exception des programmes de baccalauréat d'enseignement en formation professionnelle et technique et en enseignement de l'anglais langue seconde. Dans ces deux cas, le seuil est fixé à 55 %. «Dans l'ensemble, un peu plus de la moitié de nos étudiants réussissent le TECFÉE à leur première tentative et plus de 80 % à leur seconde tentative, ce qui est plutôt rassurant, souligne Isabelle Gauvin. La maîtrise de la langue est un processus sans fin. Notre rôle consiste à éveiller chez les étudiants le désir d'améliorer leurs compétences.»

Un outil imparfait

La directrice du CARÉ considère que la maîtrise du français par les futurs enseignants ne peut se réduire à la réussite du TECFÉE. «Cet examen est un outil important, mais il ne mesure que la compétence à l'écrit. Or, les compétences linguistiques pour exercer la profession d'enseignant ne concernent pas seulement la qualité de la langue écrite, mais aussi celle de la communication orale.» Selon la compétence 2 définie par le ministère de l'Éducation, le futur enseignant doit savoir communiquer clairement et correctement à l'oral dans les divers contextes liés à la profession enseignante. «Un enseignant qualifié doit donc maîtriser l'ensemble de ses communications et être capable de corriger les erreurs de ses élèves, tant à l'écrit qu'à l'oral», commente Isabelle Gauvin.

Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation, abonde dans le même sens. «Le TECFÉE est un levier, dit-elle. Il permet aux étudiants de prendre conscience de l'enjeu que représente la maîtrise du français. Mais, comme tout instrument de mesure, il comporte des limites. Nous voulons former de futurs enseignants qui maîtriseront non seulement l'orthographe, la grammaire et la syntaxe, mais qui seront aussi des modèles pour leurs élèves, des passeurs d'héritage culturel.»

Pour l'instant, le nombre de tentatives autorisées pour réussir le TECFÉE est illimité. Toutefois, l'Association des doyens, doyennes et directeurs, directrices pour l'étude et la recherche en éducation au Québec recommande, depuis 2015, de limiter à quatre le nombre de passations.

À l'UQAM, les étudiants qui échouent le TECFEE à leur quatrième essai ne peuvent pas effectuer leur troisième stage, étant assujettis à des restrictions dans la poursuite de leurs études. «Ces étudiants ne sont pas laissés à eux-mêmes, dit la directrice du CARÉ. Nous leur offrons des mesures d'aide individualisée ou du monitorat, alors que d'autres sont orientés vers des services de soutien à l'apprentissage, d'aide à l'orientation et de soutien psychologique.»  

Tests diagnostiques

L'UQAM est l'une des rares universités au Québec à faire passer aux étudiants un test diagnostique oral, en plus d'un test écrit, dès leur première année de scolarité. «Ces tests permettent d'évaluer la compétence des étudiants et s'avèrent des prédicteurs de réussite au TECFEE, observe Monique Brodeur. Grâce à eux,  les étudiants prennent rapidement conscience de leurs lacunes et peuvent ensuite chercher les outils de formation nécessaires avant de passer le TECFEE.»

Selon les résultats obtenus aux tests, certains étudiants devront suivre des cours hors programme (1 à 3 crédits) pour parfaire leurs connaissances, en lien avec les parties des examens moins bien réussies.

«Nous souhaitons que les étudiants prennent en charge le développement de leurs compétences linguistiques à leur arrivée à l'UQAM, afin de mettre toutes les chances de leur côté pour bonifier leurs apprentissages et pour réussir le TECFÉ», poursuit Isabelle Gauvin.

Stratégies d'aide

Créé en 2003, le CARÉ a pour rôle d'offrir aux étudiants des mesures de soutien ainsi que d'organiser et de superviser les séances de passation des tests diagnostiques et du TECFÉE. «Sa mission est axée sur le développement de la compétence en français, souligne sa directrice. Nous cherchons à fournir aux étudiants des stratégies d'identification et de résolution de problèmes en matière d'orthographe, de grammaire et de syntaxe.»

Les mesures d'aide prennent la forme d'ateliers collectifs (une dizaine), de monitorat individuel et de groupes d'étude (parfois offerts en ligne) supervisés. Si un étudiant subit un échec au test diagnostique, il lui sera recommandé de s'inscrire à un cours d'appoint ou à une activité de formation en groupe. Si cette mesure s'avère insuffisante, on lui proposera une intervention ciblée dans un plus petit groupe ou du monitorat individuel en fonction de son profil.

«Au fil du temps, nous avons raffiné nos stratégies d'aide, note Monique Brodeur. Auparavant, les mesures proposées étaient surtout individuelles. Puis, nous avons développé des cours, notamment de linguistique, dans le cadre des programmes en éducation préscolaire et en enseignement primaire, ainsi qu'en enseignement secondaire, pour assurer une formation de base solide aux étudiants, sans exclure les mesures individualisées. La maîtrise de la langue, il faut le rappeler, est déterminante dans la réussite du parcours éducatif et pour l'obtention d'un emploi intéressant.» 

Le CARÉ est en train de dresser l'inventaire des erreurs les plus fréquentes commises par les étudiants lors des tests. «Nous visons à créer des ateliers, voire des capsules en ligne, qui permettront de cibler les difficultés les plus répandues», dit Isabelle Gauvin.

Par ailleurs, le référentiel de compétences professionnelles de la profession enseignante fait actuellement l'objet d'une révision et d'une actualisation. «Nous espérons que la compétence linguistique sera élargie afin d'englober les volets compréhension orale et compréhension en lecture», conclut Monique Brodeur.

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