Dompteuse de camions monstres

La diplômée Cynthia Gauthier participe à la série Monster Jam un peu partout sur la planète.

14 Juin 2018 à 10H16

Cynthhia Gauthier au volant de son Monster Mutt Dalmatian.Photo: Koen Jongen

«Être applaudie par 50 000 personnes est un feeling indescriptible», confie Cynthia Gauthier (B.A.A. sciences comptables, 2013), qui a vécu l'expérience dans les Amériques, en Europe et en Asie. La jeune femme est l'une des rares vedettes féminines à gagner sa vie dans l'univers des courses/spectacles de camions monstres (monster truck), lesquels mesurent plus de trois mètres de haut, pèsent plus de cinq tonnes et sont munis de pneus de 1,6 mètre de diamètre. Cette année, on lui a même décerné le prix de l'étoile montante du circuit Monster Jam.

On ne conduit pas un camion monstre du jour au lendemain, concède Cynthia Gauthier, qui a grandi à Mirabel en apprenant le b.a.-ba des moteurs avec son père mécanicien, qui l'a aussi initiée aux courses motorisées à titre de spectatrice. «J'ai acheté mon premier motocross à 18 ans dans le but de faire de la compétition, raconte-t-elle. J'ai coursé pendant près de cinq ans, jusqu'au niveau professionnel.» De graves blessures qui ont nécessité deux opérations aux genoux et une à l'épaule l'ont toutefois forcée à changer de sport, passant du motocross à l'autocross, ce que les anglophones appellent un buggy.

Cynthia GauthierPhoto: Daniel Cromaz

Une fois ses études terminées, Cynthia Gauthier a déménagé en Ohio, aux États-Unis. «J'ai utilisé tout l'argent que j'avais mis de côté, mon anglais n'était pas si bon, mais j'étais déterminée à poursuivre mon rêve de faire de la compétition à temps plein, souligne-t-elle. Ce furent deux années difficiles durant lesquelles  je prenais de petits contrats en comptabilité pour survivre, mais cela en a valu la peine!»

Elle a décroché un poste de soutien au sein d'une équipe de camion monstre lors de sa dernière année en autocross. «J'ai rapidement réalisé que c'était en plein le genre de courses que je voulais faire!», se rappelle-t-elle. Au fil des mois, elle a multiplié les représentations auprès de l'un des patrons de l'équipe. «Je lui disais qu'il lui fallait intégrer une conductrice francophone dans son équipe pour attirer davantage les spectateurs européens. Et cela a fonctionné!»

En 2015, Cynthia Gauthier a participé à la tournée canadienne de Monster Jam. L'année suivante, le circuit a fait la tournée de l'Est des États-Unis avec une nouvelle formule. Baptisée Triple Threat Tour, la compétition requiert des conducteurs qu'ils fassent la démonstration de leur maîtrise de trois types de véhicules: un ATV (quad de course), un Speedster (buggy) et un camion monstre. «Il s'agit de trois techniques de conduite bien différentes», note Cynthia Gauthier.

Les spectacles de la tournée durent habituellement deux heures, durant lesquelles on retrouve des courses et des compétitions d'adresse. Des exemples? Sauter par-dessus une rangée de véhicules, demeurer sur deux roues le plus longtemps possible – certains y parviennent pendant une minute! – ou faire un «beigne» en faisant tourner le véhicule en rond très rapidement. «C'est difficile car le camion risque de virer à l'envers. Il faut s'adapter à la terre et à la température du sol de chaque stade pour bien performer», explique la jeune femme, qui a remporté en 2016 le prix de l'Arena Donut of the year au volant de son Monster Mutt Dalmatian. «J'avais terminé sur deux roues et les spectateurs avaient adoré», raconte-t-elle en précisant que ce sont ces derniers qui déterminent les gagnants des compétitions d'adresse en votant en direct avec leur téléphone.

Cynthia Gauthier a été nommée étoile montante du circuit Monster Jam en 2018.

Les compétitions sont exigeantes physiquement, précise Cynthia Gauthier, qui mise sur l'entraînement CrossFit pour garder la forme. «Ce type d'entraînement me donne l'énergie nécessaire pour me remettre plus rapidement des courbatures au lendemain des compétitions.»

L'objectif ultime des participants: obtenir suffisamment de points au classement pour participer au Monster Jam World Finals, la compétition regroupant les meilleurs pilotes de l'année.

Un autre emploi sur la piste

La vie de tournée n'est pas de tout repos: on voyage souvent de nuit, on doit effectuer des rondes d'entrevues promotionnelles et on est souvent invité au resto ou dans les bars après les représentations. «Comme je ne bois pas et que je fais attention à ce que je mange, j'ai plutôt pris l'habitude de donner un coup de main aux préposés qui remettent en état le stade ou l'aréna, raconte la pilote. Je suis la seule femme qui s'occupe des terrains avec la machinerie lourde.» Récemment, elle a obtenu un contrat comme chef d'équipe pour une compétition à Boston, où elle a supervisé la préparation de la piste avant et après la compétition… sans y participer. Une bonne façon de varier ses sources de revenus!

Animatrice à la télévsion

Entre la cinquantaine de compétitions par année et la préparation des pistes, Cynthia Gauthier anime également depuis un an la série Zone VL diffusée chaque dimanche à V Télé. «C'est un producteur de la chaîne qui m'a proposé d'animer une émission consacrée aux véhicules de loisir. Chaque semaine, on essaie les nouveaux modèles de bateaux, motos, 4 roues et même des véhicules récréatifs. Je donne mon avis et j'interviewe des spécialistes.» En tournage des épisodes de la troisième saison, elle vient de renouveler son contrat pour une quatrième saison. «Je suis fière d'animer ce genre d'émission qui est davantage écoutée par des hommes. J'ai travaillé fort pour établir ma crédibilité à l'écran», mentionne l'animatrice.

Cynthia Gauthier au volant de son Speedster.

Les prochaines compétitions amèneront Cynthia Gauthier en Nouvelle-Écosse et au Connecticut en juillet, puis à Los Angeles en août, à Porto Rico en novembre et au Chili, en Argentine et au Brésil en décembre. Ses admirateurs québécois doivent la suivre à distance, car le promoteur du circuit avec lequel elle est sous contrat ne possède pas les droits pour organiser des compétitions au Québec. «Peut-être un jour…», espère la conductrice, qui habite en Floride mais se cherche une maison au Québec, où elle aimerait revenir s'installer.

En attendant, elle profite pleinement de son rêve américain. Reconnue sur le circuit Monster Jam, elle a de plus en plus de fidèles sur les réseaux sociaux, dont près de 80 000 abonnés sur Instagram. Elle y offre une fenêtre sur ses séances d'entraînement et la vie de tournée sur le circuit, ainsi que sur sa passion pour la machinerie lourde et la soudure. «C'est important pour moi de faire la promotion de ce que je suis sans devoir m'afficher en bikini, précise-t-elle. J'adore recevoir des messages de filles inspirées par mon parcours et je leur répète: terminez vos études et réalisez vos rêves, quels qu'ils soient!»

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