Altruiste dans l'âme

Hassan Tounkara aime se donner, que ce soit au travail, sur un terrain de soccer ou via une fondation pour les jeunes Guinéens.

3 Avril 2018 à 17H01

Série Dans les coulisses de l'UQAM
Des employés de l'UQAM, ceux qui, dans les coulisses, assurent le bon fonctionnement de l'Université, parlent de leur rôle au sein de notre institution.

Hassan Tounkara.Photo: Nathalie St-Pierre

Hassan Tounkara (B.A.A., 2016) est un homme occupé. Le conseiller en soutien socioéconomique aux Services à la vie étudiante, père de trois enfants, complète son MBA pour cadres à temps partiel. L’entraîneur adjoint de l’équipe masculine de soccer des Citadins donne aussi temps et argent à l’organisme PromoGuinée, qu’il a cofondé en 2006 et qui vient en aide aux jeunes Guinéens de quartiers défavorisés. Et il trouve le temps de s'entraîner au Centre sportif cinq fois par semaine! «J’ai toujours aimé bouger, apprendre, développer de nouveaux projets», explique-t-il avec un sourire.

Celui qui se considère comme un «pur produit uqamien» arpente les couloirs de l’Université depuis 2001, tantôt comme étudiant, tantôt comme employé, tantôt comme athlète ou entraîneur adjoint de l’équipe d’excellence de soccer. «Avec le travail, l’école et le Centre sportif à proximité, je me sens chez moi ici.»

Le sport comme motivation

Né en Guinée, Hassan est le quatrième d’une famille de cinq enfants. Ses parents, relativement aisés, l’inscrivent à l’une des meilleures écoles privées du pays, l’Institut Sainte-Marie à Conakry. S’il a de la facilité à l’école, il éprouve surtout du plaisir lors des cours d’éducation physique. Il pratique l’athlétisme, le handball, le basketball, et bien entendu le foot (soccer), sport national de la Guinée. «Le sport a en quelque sorte sauvé mon parcours académique, dit-il. Pour pouvoir continuer à jouer, je devais absolument exceller à l’école.»

À l’adolescence, ses parents déménagent à Ottawa pour le travail. Il suivra ensuite  ses amis guinéens – dont Abdoulaye Baniré Diallo, aujourd’hui professeur au Département d’informatique, qu’il connaît depuis l’âge de cinq ans – à Montréal. À l’UQAM, il complétera trois certificats – en informatique, en administration et en anglais. «Le baccalauréat par cumul a ouvert mes horizons et correspondait plus à mon profil qu’un baccalauréat dans une seule discipline», souligne-t-il.

Parallèlement à ses études, sa passion pour le soccer l’incite à joindre plusieurs ligues compétitives: la ligue élite de Montréal, la ligue africaine, la ligue hispanique, la ligue haïtienne… Étrangement, celui qui a commencé son premier certificat en 2001 n’intégrera la formation uqamienne que trois ans plus tard, en 2004. «Je ne savais même pas que les Citadins existaient!», avoue-t-il. C’est le capitaine de l’UQAM, qu’il côtoie dans la ligue africaine, qui l’invite à se présenter au camp d’entraînement du club. Au même moment, il reçoit une offre similaire des Carabins de l’Université de Montréal. «Je pouvais joindre les Carabins, une équipe établie qui remportait régulièrement des championnats, ou encore faire partie d’un groupe plus modeste, plus humain, où tout était à construire, déclare-t-il. J’ai choisi de relever le défi que m'offrait l'UQAM.»

Le Guinéen sera élu deux fois (en 2006 et en 2008) sur les équipes d’étoiles au Québec. Nommé capitaine à sa deuxième saison, il a fortement contribué aux succès de l’équipe, qui a atteint les séries éliminatoires à trois reprises. Sur le terrain, il développe beaucoup d’affinités avec l’entraîneur-chef Christophe Dutarte et avec ses coéquipiers, dont Benoit Chalifoux, aujourd’hui coordonnateur à l’École des sciences de la gestion. «Benoit est le parrain de mon premier enfant», fait-il remarquer.

Après sa carrière dans le sport universitaire, il demeure dans le giron du club comme adjoint de Christophe Dutarte. En une décennie, la métamorphose de l’équipe est complète. Si les Citadins étaient les parents pauvres du circuit universitaire à l'arrivée de Hassan Tounkara en 2004, la formation uqamienne compte quatre championnats provinciaux consécutifs depuis 2014. «L’ouverture de l’équipe d’entraîneurs, notre style de jeu axé sur la possession du ballon et le projet sociétal que nous préconisons sont des éléments très attrayants pour un jeune, observe l'entraîneur adjoint. Nous pouvons aussi rivaliser avec les autres universités sur le plan des bourses, ce qui n’était pas le cas lorsque je jouais».

Un emploi valorisant

Tout en poursuivant ses études à temps partiel, Hassan Tounkara a brièvement travaillé en informatique au milieu des années 2000. «Cet environnement ne me convenait pas», dit-il. Étudiant à l’UQAM, il voit passer une annonce pour un poste d’appariteur au Centre sportif les week-ends. Il y travaillera durant quelques années, jusqu’à ce que quatre postes de conseillers en soutien socioéconomique soient créés au sein des Services à la vie étudiante en 2012. Hassan est l’un des quatre candidats sélectionnés.

Ses tâches consistent essentiellement à accompagner les étudiants pour financer leurs études, que ce soit via le programme de prêts et bourses du gouvernement, les bourses de la Fondation de l’UQAM ou des concours de bourses comme celui de la Fondation Trudeau ou du programme Forces AVENIR. «Plus de 11 000 étudiants de l’UQAM bénéficient du programme de prêts et bourses uniquement, sans compter tous les autres programmes. Nous sommes quatre conseillers à les accompagner dans leurs démarches.»

Le conseiller rencontre les étudiants en ateliers de groupe ou en suivi individuel. Très souvent, il les aide à élaborer un budget et à évaluer la faisabilité financière de leur projet d’études. «Je leur explique leurs engagements, leurs responsabilités. Nous voyons régulièrement des étudiants en situation précaire, mais nous faisons tout ce que nous pouvons pour résoudre les situations complexes.» Ce qui le satisfait le plus dans son travail? Voir des étudiants qu’il a aidés obtenir leur diplôme malgré les difficultés initiales.

Pour décompresser, Hassan s’entraîne au Centre sportif à l’heure du lunch. On le voit régulièrement à la salle d’entraînement, à la piscine ou sur les terrains de badminton. «Le sport me permet de conserver mon équilibre, comme lorsque j’étais à l’école!»

Aider les jeunes Guinéens

En 2006, il fonde, avec une vingtaine d’anciens camarades de classe, l’organisme à but non lucratif PromoGuinée. L’OBNL amasse des fonds pour aider les jeunes de milieux défavorisés, qui ont un grand potentiel académique, à poursuivre leurs études dans les meilleures écoles en Guinée. Avec 1000 dollars par année, PromoGuinée défraie le coût des études, de la nourriture, du transport, des activités parascolaires et des vêtements pour un adolescent. «Plus de 120 jeunes de 15 et 16 ans ont bénéficié du programme jusqu’à maintenant. Et, chaque année, au moins un jeune du programme obtient une bourse étatique pour pouvoir étudier dans des universités au Maroc, en France ou ailleurs dans le monde. Ça change complètement leur vie.»

D’ici quelques années, les cofondateurs souhaitent trouver suffisamment de commanditaires pour financer des projets d’envergure dans des écoles publiques. «Ce pourrait être la construction d’un terrain de basketball ou la réfection d’une bibliothèque, explique-t-il. L’État fait son possible pour financer les écoles publiques, mais je suis d’avis que les citoyens peuvent être un vecteur de changement important pour la communauté.»

Concilier famille, études et loisirs

Hassan a rencontré sa conjointe lors d’une journée Portes ouvertes à l’UQAM au début des années 2000. À l’image de leur père, son garçon de 10 ans et ses deux filles de 6 et 4 ans sont très actifs: cours de ski, de natation, de karaté, de patinage, de violon. «Tous les samedis matins sont consacrés aux activités des enfants, dit-il. Nous avons tous des horaires chargés, mais j’essaie de passer le plus de temps possible avec eux.»

Hassan étudie au MBA pour cadres à temps partiel depuis deux ans, et devrait obtenir son diplôme à l’automne. Les cours se donnent un week-end par mois et les autres week-ends sont consacrés aux lectures et aux travaux d’équipe. «Entreprendre un projet aussi exigeant serait impossible sans l’accord et la patience de ma conjointe, confie-t-il. Je me sens parfois coupable de la laisser seule avec les enfants, mais c’est un coup à donner pour le bien de la famille.»

Après son MBA, Hassan Tounkara a d'autres projets: mettre en place des ateliers de formation en leadership et en technologies d’information, par exemple. «L’UQAM demeure mon principal projet de carrière, mais je ne ferme pas la porte à autre chose. J’ai toujours aimé apprendre et me perfectionner, et le contexte actuel me permet de le faire.» 

Redonner aux autres

Que ce soit dans l’accompagnement d’étudiants à la recherche de bourses, la sollicitation de commanditaires pour aider les jeunes Guinéens ou l’encadrement de joueurs de soccer qui cherchent à développer leur plein potentiel, une constante se dégage du parcours de Hassan Tounkara. «Aider mon prochain est une valeur importante pour moi. Je n’oublie pas d’où je viens, je suis reconnaissant envers les gens et les institutions qui m’ont aidé. Redonner ce que j’ai reçu n’est qu’une suite normale des choses.»

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