Une demi-victoire

Pas de vague anti-Trump, mais des percées démocrates importantes dans plusieurs États, analyse Frédérick Gagnon.

7 Novembre 2018 à 14H12

Grâce à des écrans géants, les participants à la soirée électorale organisée par la Chaire Raoul-Dandurand ont pu suivre le dépouillement du vote à CNN et à RDI.
Photo :Jean-François Hamelin

À l'invitation de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées le 6 novembre au théâtre Plaza, sur la rue Saint-Hubert, pour vivre en direct les élections de mi-mandat aux États-Unis. Grâce à des écrans géants, elles ont pu suivre le dépouillement du vote à CNN et à RDI. Présents dans la salle, des experts de la chaire partageaient sur le vif leurs analyses avec les participants.

Le Parti démocrate a repris le contrôle de la Chambre des représentants, perdu depuis 2010, tandis que le Parti républicain a conservé sa majorité de sièges au Sénat. Les démocrates peuvent-ils crier victoire, alors que la vague bleue a été moins importante que prévu? «On peut parler d'une demi-victoire démocrate, soutient le professeur du Département de science politique Frédérick Gagnon, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand. Malgré les défaites de certaines de leurs vedettes, dont celle de l'étoile montante Beto O'Rourke au Texas, les démocrates ont tout de même gagné plusieurs postes de gouverneur, notamment dans des États du Midwest, comme le Michigan et le Wisconsin, qui avaient basculé dans le camp républicain en 2016. Les gouverneurs jouent un rôle important, équivalent à celui des premiers ministres provinciaux au Canada. Par ailleurs, si la carte électorale pour les sièges au Sénat avait été plus équilibrée, je pense  que les démocrates auraient pris aussi le contrôle de cette chambre.»

Nouveaux visages

De nouvelles figures démocrates, féminines en particulier, feront leur entrée au Congrès, contribuant à renouveler le paysage politique américain. Les démocrates Ilhan Omar (Minnesota) et Rashida Tlaib (Michigan), par exemple, sont les premières femmes de confession musulmane à être élues la Chambre des représentants. Deux autres démocrate, Sharice Davids (Kansas), avocate lesbienne assumée, et Deb Haaland (Nouveau-Mexique) sont les premières Amérindiennes à être élues à la Chambre.

«C'est un pas en avant, le signe que le Parti démocrate se transforme, qu'il se diversifie sur les plans ethnique et du genre, face à un Parti républicain très campé à droite, dit Frédérick Gagnon. J'ai l'impression que c'est l'effet Bernie Sanders. La vision du sénateur du Vermont, qui a d'ailleurs été réélu, est beaucoup plus inclusive que celle de l'establishment du Parti démocrate. Il sera intéressant de voir comment évolueront les conflits générationnels et idéologiques dans les rangs démocrates.»

Difficultés à venir pour Trump

Selon le professeur, le président Donald Trump doit s'attendre à une deuxième moitié de mandat difficile. «La Chambre des représentants, à majorité démocrate, pourra tenir des audiences publiques sur toutes les questions qui l'intéressent, comme l'enquête du procureur Robert Mueller sur les liens entre l'entourage de Trump et la Russie pendant les présidentielles de 2016, les déclarations de revenu du président, l'affaire Stormy Daniels, etc. Pendant ce temps, Donald Trump continuera de jouer à la victime et de s'en prendre aux médias.»

Frédérick Gagnon croit que l'Amérique est encore plus divisée qu'elle ne l'était avant les élections de mi-mandat. «Il existe vraiment un dialogue de sourds dans ce pays, observe-t-il. Des événements récents  – pensons à la nomination du très conservateur Brett Kavanaugh à la Cour suprême et aux déclarations incendiaires du président sur la question de l'immigration – ont aggravé la polarisation politique aux États-Unis. Deux visions de l'Amérique s'affrontent plus que jamais. Deux visions irréconciliables qui seront exposées quotidiennement dans les médias et les réseaux sociaux au cours des deux prochaines années. Les démocrates devront être prudents et montrer qu'ils peuvent contribuer de manière positive au débat politique.»

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