Un aperçu de géographie

La professeure Laurie Guimond accueille des étudiants autochtones du collège Kiuna dans l'un de ses cours. 

19 Mars 2018 à 11H51

Pour le bénéfice des étudiants en visite, Laurie Guimond a présenté brièvement en quoi consiste le champ d'étude de la géographie.Photo: Nathalie St-Pierre

En février, les étudiants du cours Ethnicité et enjeux géographiques sont allés visiter la communauté abénaquise d'Odanak, près de Trois-Rivières. Le 15 mars dernier, c'était au tour d'une vingtaine d'étudiants du collège Kiuna – le seul établissement collégial au Québec destiné aux autochtones et offrant un programme en sciences humaines reconnu par le ministère de l'Enseignement supérieur – de rendre visite aux étudiants de l'UQAM. Ils ont assisté à une séance du cours donné par la professeure Laurie Guimond. Ils ont aussi rencontré Gustavo Zamora Jiménez, coordonnateur du Cercle des Premières Nations de l'UQAM, et ils ont profité d'une visite guidée de l'Université.

«Ce cours, offert aux étudiants en sciences humaines, notamment à ceux inscrits au baccalauréat en géographie et à la concentration de premier cycle en études autochtones, porte principalement sur les études ethniques et interethniques et les enjeux géographiques contemporains sous-jacents, ainsi que sur les relations entre autochtones et non autochtones dans différents territoires», précise Laurie Guimond, du Département de géographie.  

Guy Sioui Durand et Laurie GuimondPhoto: Nathalie St-Pierre

La venue des étudiants autochtones dans son cours a donné lieu à une belle entrée en matière. Guy Sioui Durand, l'un des deux enseignants accompagnateurs et le plus grand spécialiste au Québec de l'art moderne et contemporain autochtone, a offert un présent à la professeure. «Je t'offre le froid et les territoires du Nord», a-t-il déclaré en lui remettant une œuvre d'art éphémère dans un cube de glace. Celui-ci renfermait une reproduction miniature d'un paysage représentant la baie de Matane, ainsi qu'une pièce de cinq sous. «Matane, en langue micmac, signifie "vivier de castors"», a-t-il expliqué. L'enseignant a invité Laurie Guimond à déposer son cube de glace dans un petit sachet et à déposer celui-ci au congélateur une fois chez elle. Il avait même apporté des reproductions miniatures pour tous les étudiants du cours.

Pour le bénéfice des étudiants en visite, Laurie Guimond a présenté brièvement en quoi consiste le champ d'étude de la géographie. Son exposé portait ensuite plus spécifiquement sur le développement des terres ancestrales autochtones du Québec. «Dès le début des projets de construction des grands barrages hydroélectriques, on assiste à deux discours de la nation qui s'opposent: l'affirmation de l'identité hydro-québécoise et l'affirmation des Premières Nations», a-t-elle expliqué. Comme c'est la coutume dans le cours, une équipe a brièvement présenté l'une des 11 nations autochtones du Québec en discutant de son territoire et des enjeux qui y sont reliés. Les étudiants ont ensuite discuté des lectures au programme de la semaine, notamment un texte de Ghislain Picard, chef des Premières Nations du Québec depuis 1992, portant sur les Autochtones comme acteurs incontournables du développement territorial.

Certains des étudiants autochtones de l'UQAM sont des diplômés du collège Kiuna, dont Terry Randy Awashish, de la nation atikamekw, président du Cercle des Première Nations de l'Université (CPNUQAM). Au retour de la pause, le coordonnateur du CPNUQAM, Gustavo Zamora Jiménez, est venu présenter les activités de l’association et les résultats du rapport «Expériences, politiques et pratiques d’intégration des étudiant.es autochtones à l’université : le cas de l’UQAM». Il a rappelé que l'UQAM pourrait faire davantage pour faciliter l’accueil et l’intégration des étudiants autochtones, notamment en mettant un local à leur disposition. Les étudiants du cours de Laurie Guimond ont ensuite été jumelés avec leurs collègues de Kiuna qu'ils ont accompagnés pour une visite guidée de l'UQAM.

Il s'agissait de la deuxième visite d'étudiants de Kiuna à l'UQAM cet hiver. Le même groupe était venu le 18 janvier dernier visiter l'exposition Maria Hupfield. Celle qui continue de donner, présentée à la Galerie de l'UQAM.

Des sentiments mitigés

Pour la quasi-totalité des étudiants du cours de Laurie Guimond, la visite à Odanak en février dernier constituait un premier contact avec une communauté autochtone. Ils y ont rencontré des intervenants du collège Kiuna, un élu du Conseil des Abénakis et le directeur du Musée des Abénakis. 

Les étudiants du cours Ethnicité et enjeux géographiques devant l’édifice du Conseil des Abénakis d’Odanak.Photo: Laurie Guimond

Les étudiants avaient préparé des questions pour chacun des représentants de la communauté et ils devaient rédiger un compte rendu de leur visite à leur retour. «Je suis revenue avec des sentiments mitigés, raconte Guylaine L'Heureux, étudiante au certificat en géographie internationale. Le collège Kiuna, par exemple, est une institution nécessaire qui permet à de jeunes adultes autochtones de partout au Québec de poursuivre des études, mais l'établissement semble peu intégré à la communauté d'Odanak. J'ai aussi retenu de notre rencontre avec Jacques Thériault-Watso, du Conseil des Abénakis, que plusieurs membres de la communauté étaient en quête de repères identitaires et de leur langue. Des efforts sont faits pour tisser des liens entre la commuauté vivant dans la réserve d'Odanak et le collège Kiuna, mais les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous.»

Cette visite sur le terrain et la rencontre avec des membres de la communauté ont contribué à démystifier la réalité autochtone. Elles ont aussi permis aux étudiants de mieux comprendre les dynamiques territoriales, politiques, culturelles et institutionnelles qui façonnent les rapports de pouvoir entre autochtones et non autochtones. «Les discours des personnes qui nous ont accueillis et la rencontre avec les étudiants de Kiuna témoignent des forces vives au sein des Premières Nations, observe Laurie Guimond. Quant à la visite à l’UQAM, elle a permis aux futurs diplômés de Kiuna de se familiariser avec l’université en tant que milieu d’études, de vie et d’engagement, car une forte majorité d'entre eux – 90 % selon leurs statistiques – se dirigeront vers des études universitaires.»

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