Les mères québécoises avantagées

Les disparités salariales liées à la maternité sont moindres au Québec que dans le reste du Canada.

6 Avril 2018 à 14H12

Photo: iStock

La pénalité liée à la maternité est généralement moins élevée au Québec que dans le reste du Canada. C'est le constat qui ressort d'un rapport de recherche publié récemment par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO). «Les mères québécoises ont en moyenne gagné 2,5 % de moins que les femmes sans enfant, à expérience, heures de travail hebdomadaires et âge égaux, tandis que l'écart grimpe à 6,3 % chez les mères du reste du Canada», souligne Catherine Haeck. La professeure du Département des sciences économiques est cosignataire du rapport en compagnie de sa collègue Marie Connolly et de la doctorante Marie Mélanie Fontaine.

Après la naissance de leur premier enfant, les trajectoires de revenus d'emploi des mères québécoises indiquent qu'elles retrouvent des revenus semblables à ceux des femmes sans enfants après 4 ans, comparativement à après 12 ans dans le reste du Canada. «Nous n'avons pas réalisé d'analyses causales, mais cela s'explique probablement par l'instauration des politiques familiales du gouvernement du Québec à partir de 1997, avance Catherine Haeck. Les subventions aux services de garde et les congés parentaux ont sans doute permis à de nombreuses femmes de conserver un lien d'emploi et de retourner travailler plus rapidement. Mais cela demeure une hypothèse à confirmer en analysant éventuellement le rattrapage salarial pré-réforme et post-réforme.»

Catherine HaeckPhoto: Émilie Tournevache

L'étude relève des différences de revenus notables selon le niveau d'éducation et la situation familiale. Les mères au niveau d'éducation moins élevé (pénalité de 8,8 %) et les mères monoparentales (pénalité de 10,9 %), deux groupes déjà plus à risque de se retrouver en situation de pauvreté et d'exclusion sociale, sont désavantagées par rapport aux autres. Ces deux sous-groupes ont également plus de difficulté à récupérer leurs revenus. «Cela tombe sous le sens, mais, pour les mères monoparentales, cela nous indique que malgré l'offre de services de garde, la coordination avec leur emploi n'est peut-être pas aussi facile qu'on pourrait le penser, notamment si leur emploi implique un horaire de travail atypique», souligne la professeure.

On note également que, peu importe la province, les écarts de revenus se creusent avec le nombre d'enfants, les pénalités étant de plus en plus élevées. Les mères québécoises qui ont trois enfants ou plus présentent des écarts de revenus de l'ordre de 10 à 23 %.

Et les pères?

La littérature en économie avait identifié depuis quelques années un phénomène surprenant: le bonus à la paternité. Contrairement aux mères, le revenu des pères semblait augmenter avec la naissance d'un enfant. «Notre étude rétablit les faits, indique Catherine Haeck. Les pères, que ce soit au Québec ou dans le reste du Canada, ne voient pas leurs revenus augmenter après l'arrivée d'un enfant. Mais, en moyenne, ils ont des revenus plus élevés que les hommes sans enfant.»

Comment expliquer ce phénomène? «On parle de sélection différentielle entre les pères et les hommes sans enfant, explique la chercheuse. Certains économistes appellent cela le "marché du mariage": on peut imaginer que les hommes ayant un plus grand potentiel professionnel sont davantage "choisis" par les femmes qui désirent avoir des enfants. Cela expliquerait qu'ils ont de meilleurs salaires de manière générale, même avant de devenir pères. La paternité ne vient donc pas modifier leurs revenus. Mais encore là, il s'agit d'une hypothèse à confirmer.»

Des nouvelles données

L'étude du CIRANO s'appuie sur deux sources de données de Statistique Canada: l'Enquête sociale générale (2001, 2006, 2011) et l'Enquête longitudinale et internationale des adultes (2012). «Cette dernière enquête est une nouvelle base de données couplée avec les données des déclarations de revenus, explique Catherine Haeck. Cela nous permet d'observer précisément l'évolution des revenus au moment où le premier enfant arrive dans la famille, ce qui était impossible avec les enquêtes antérieures.»

La chercheuse se réjouit de la plus grande ouverture du gouvernement Trudeau à coupler les nouvelles données administratives recueillies auprès de la population avec les anciennes enquêtes, ce qui ouvre de nouvelles avenues de recherche. Elle déplore tout de même que les grandes enquêtes longitudinales, abolies sous le gouvernement Harper, n'aient pas été réinstaurées par le gouvernement actuel.

Spécialiste de l'impact des services de garde sur le travail des mères, Catherine Haeck compte poursuivre les recherches sur les disparités salariales en s'intéressant cette fois à l'impact des divorces sur les revenus des mères et des pères. «Mes travaux portent sur les coûts économiques liés à la parentalité et ne constituent d'aucune façon un jugement sur la décision d'avoir ou non des enfants. La parentalité apporte son lot de bénéfices intangibles et ne peut être mesurée uniquement en termes économiques!», conclut-elle en riant. 

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