De journaliste à diplomate

Lauréate 2018 du prix Reconnaissance de la Faculté de communication, Élaine Ayotte est fière de défendre les valeurs du Canada à l'UNESCO.

7 Mai 2018 à 14H24

Série Prix Reconnaissance UQAM 2018
Sept diplômés de l'UQAM seront honorés à l'occasion de la Soirée Reconnaissance 2018 pour leur cheminement exemplaire et leur engagement. Ce texte est le troisième d'une série de sept articles présentant les lauréats.

Photo: Eric Volstad

Quand elle était enfant, Élaine Ayotte (B.A. communication, 1987) regardait Bernard Derome animer le téléjournal et rêvait d'être un jour à sa place. D'autres se seraient contentées de rêver. «Moi, j'avais une mère féministe qui me disait que j'étais capable», raconte la représentante du Canada à l'UNESCO, qui a travaillé pendant 20 ans à l'information télévisée, dont plusieurs années à titre de chef d'antenne (pour TQS) et présentatrice du bulletin matinal Salut Bonjour (à TVA), avant de devenir animatrice à Radio-Canada, puis de faire le saut en politique.

«J'avais été très touchée quand Bernard Derome en personne, lors d'une soirée de gala, était venu me féliciter pour une déclaration que j'avais faite afin de dénoncer l'ingérence de la télé-réalité dans les bulletins de nouvelles», confie l'ex-journaliste, qui venait alors de démissionner de son poste à TVA.

Des cours marquants

À propos de son passage à l'École des médias de l'UQAM, Élaine Ayotte s'en voudrait de ne pas mentionner les deux cours qu'elle a suivis avec Pierre Bourgault, le célèbre journaliste qui a marqué toute une génération d'étudiants en communication. «Je me souviens en particulier d'un cours qu'il donnait conjointement avec Gérard Pelletier, l'ex-journaliste, ex-politicien (une des trois colombes) et ex-ambassadeur du Canada à Paris. Chaque semaine, ils choisissaient un thème, soit un sujet historique, soit un sujet chaud de l'heure, et ils débattaient. Inutile de dire que c'était des débats musclés! Mais quelle éloquence, quelle élégance dans le discours! Nous, les étudiants, nous buvions littéralement leurs paroles!»

Grâce à une bourse reçue pendant son bac, Élaine Ayotte s'envole vers la Californie, où elle suit des cours à l'Université d'État à Sacramento. «J'aime beaucoup le titre "Trajectoires" de votre soirée de remise des prix Reconnaissance, dit la lauréate. Dans mon cas, on peut dire que cette découverte de l'international a lancé ma trajectoire. D'une certaine manière, la carrière que je fais aujourd'hui a pris naissance lors de ce premier séjour à l'étranger.»

La posture du journaliste

Après l'UQAM, Élaine Ayotte a complété une scolarité de maîtrise en communication à l'Université McGill. Recrutée comme reporter par TQS, où elle passera 10 ans, elle ne terminera jamais son mémoire. «Si j'ai un regret dans ma vie, c'est bien celui-là!», avoue-t-elle simplement. Mais le travail était prenant, elle est tombée enceinte… et elle a adoré sa carrière dans le monde de l'information. «J'aimais la posture de base du journaliste, qui est de poser des questions, de chercher, de douter, de valider, tout cela en allant à la rencontre de gens de tous les horizons.»

En 2009, quand elle est élue conseillère municipale dans Rosemont–La Petite-Patrie, c'est pour elle «un geste douloureux» de devoir rendre sa carte de presse. «Je me suis rendu compte, à ce moment-là, à quel point le métier de journaliste avait été structurant pour mon identité.»

Pourquoi avoir décidé de faire le saut en politique? «On m'a approchée, j'avais envie de servir les gens de mon quartier, répond-elle. Je n'ai fait qu'un mandat, mais je peux vous dire que c'est un travail très exigeant, qui mérite respect et considération.»

En tant que conseillère à la Ville de Montréal, Élaine Ayotte a la chance de s'occuper de culture et de patrimoine, d'abord en tant que membre de la commission sur la culture, puis à titre de responsable de la culture, du patrimoine et du design au comité exécutif. Elle contribue à faire progresser des dossiers concernant la pérennisation des ateliers d'artistes, la rénovation des bibliothèques et l'art public. «C'était très stimulant pour moi, car Montréal mise sur la culture et la création comme vecteurs de développements durables», affirme-t-elle.

Culture et développement durable

En juin 2013, elle est appelée, comme représentante de Montréal, à prononcer un discours devant l'Assemblée générale de l'ONU sur le thème de la culture comme pilier de développement durable pour les villes. Dans un plaidoyer remarqué, Élaine Ayotte soutient que la culture est une carte de visite essentielle pour le tourisme, mais aussi un facteur de pacification, d'intégration et de cohésion sociale.

Deux ans plus tard, elle est nommée déléguée permanente du Canada auprès de l'UNESCO. «Le Canada est un membre fondateur de l'UNESCO et c'est un immense privilège pour moi de représenter mon pays et de défendre ses valeurs – l'égalité des genres, l'inclusion, le pluralisme, la paix, la liberté de presse –, qui trouvent largement écho dans le mandat de l'UNESCO», dit Élaine Ayotte.

L'UNESCO est une agence particulière au sein de l'ONU, rappelle la diplomate. «Si on a décidé de créer l'UNESCO, au lendemain de la guerre, c'est parce que l'on se rendait compte que les accords politiques et économiques ne suffisent pas pour assurer une paix durable. Pour bâtir une paix durable, il faut un socle solide, une solidarité intellectuelle de l'humanité. Et cela survient à travers la coopération internationale dans le domaine de l'éducation, des sciences, de la culture, de la communication et de l'information.»

Élaine Ayotte est en phase avec les valeurs qu'elle défend à l'UNESCO. «Le Canada, qui vient d'adopter une politique de développement féministe, est très actif dans les pays d'Afrique subsaharienne, dit-elle. On travaille, entre autres, sur l'accès des filles à l'école, qui n'est pas qu'une question de justice et d'égalité. C'est aussi le meilleur moyen de réduire les inégalités et de contribuer à la prospérité.»

Bâtir un monde meilleur, cela se fait à partir de consensus, souligne la diplomate. «Être journaliste, c'est palpitant, on est tout le temps dans l'urgence. En diplomatie, c'est l'inverse. Tout prend du temps. C'est un travail d'arrière-scène. Il faut être pertinent, car si on est pertinent, on est crédible, et on a un pouvoir d'influence. Et je dois dire qu'à ce moment-ci de ma trajectoire, j'aime beaucoup ça. J'aime ce rythme-là.»

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