Des enfants surchargés de loisirs?

Florence Aumètre déconstruit le mythe en démontrant l'impact positif des loisirs organisés sur la santé mentale des jeunes.

9 Octobre 2018 à 13H47

Série Doc en poche
Un doctorat, ça ne change pas le monde, sauf que…

Photo: Nathalie St-Pierre

Florence Aumètre (Ph.D. psychologie, 2018)

Titre de sa thèse: «La participation à des loisirs organisés durant l'enfance : un examen longitudinal des impacts sur le fonctionnement social et scolaire»

Directeur: François Poulin, professeur au Département de psychologie

 

Enjeu social: optimiser le développement social et scolaire des enfants

Plusieurs études démontrent que les enfants qui participent à des loisirs organisés – sports collectifs et individuels, activités artistiques (musique, danse, théâtre, arts plastiques) ou religieuses, clubs et associations, cours de langues – ont un meilleur développement social, s’adaptent plus facilement et présentent de meilleurs résultats scolaires que ceux qui n’y participent pas. Mais est-ce le résultat des activités elles-mêmes? Ou plutôt le fait que les enfants qui pratiquent des loisirs ont des prédispositions favorables?

Dans le cadre de sa thèse doctorale, pour laquelle elle a obtenu un soutien financier de la Fondation de l’UQAM et des Fonds de recherche du Québec, Florence Aumètre a suivi 548 enfants lavallois durant cinq ans, de la maternelle à la quatrième année. Durant ces cinq années, 46% d’entre eux ont participé tous les ans à une ou plusieurs activités, alors que 13% n’ont jamais participé à aucune activité. «Comme on s’y attendait, les enfants du premier groupe ont obtenu de meilleurs résultats scolaires que ceux du deuxième groupe, dit la diplômée. Ils présentaient aussi moins de problèmes extériorisés, comme l’agressivité et l’agitation, et de problèmes intériorisés, comme les symptômes anxieux et dépressifs, le stress et le retrait social.»

Afin de connaître le véritable impact des loisirs, la chercheuse a tenu compte d’autres variables qui favorisent habituellement la réussite scolaire et sociale, comme le niveau socioéconomique et le niveau d’éducation des parents. «Même en retirant ces facteurs, nous avons noté une diminution significative des problèmes intériorisés chez les enfants qui pratiquaient une ou plusieurs activités de façon régulière», dit-elle.

Ce qu'il faut changer

Le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport a récemment adopté des mesures encourageant la pratique de loisirs dans les écoles secondaires. «Malheureusement, ce n’est pas le cas dans les écoles primaires, note la diplômée, qui travaille depuis le printemps dernier comme psychologue au Centre de réadaptation Marie-Enfant du CHU Sainte-Justine. Dans notre échantillon, 85% des enfants qui participaient à des loisirs le faisaient en dehors du contexte scolaire.» Une meilleure offre d’activités après l’école, lorsque les enfants sont au service de garde, permettrait d’optimiser le temps pour les devoirs et les moments en famille, croit la chercheuse.

Le coût associé à certains loisirs – comme le hockey ou le piano, par exemple – constitue une barrière importante pour plusieurs enfants de milieux défavorisés. «Ces enfants retireraient encore plus de bénéfices de la pratique de loisirs, car, contrairement aux enfants de milieux aisés, ils ne peuvent compter sur d’autres facteurs de protection.»

Les parents ne devraient pas avoir peur de surcharger les enfants en leur imposant trop d’activités, pense la chercheuse. «Aucun enfant dans notre échantillon ne présentait ce cas de figure, et c’est un phénomène très rare dans toute la littérature scientifique au Canada ou aux États-Unis. Le seul danger est de forcer l’enfant à faire une activité qu’il n’aime pas ou de lui mettre une pression indue pour qu’il performe.»

Enfin, autant les parents que les responsables de l’organisation des loisirs devraient créer un climat positif autour de l’activité. «Si l’enfant entretient de bonnes relations avec l’adulte et les autres enfants, il a plus de chances de persévérer et de s’épanouir.»

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COMMENTAIRES 8 COMMENTAIRES

Commentaires

Lors de la recherche, etait il tenu en compte de l heure a laquelle l activite etait pratiquee, le nombre de fois par semaine ou le nombre d activite hebdomadaire...pour que ce soit raisonnable quand au niveau de fatigue associee a la pratique de(s) l activite (s). Y a t il une recommandation qui en est ressortie? Car avec le rythme de vie dans laquelle on vit...trop de chose a l horaire, peut nuire aux moments calmes que chaque individu devrait avoir, mais cela reste une opinion. Je travaille avec des enfants d age prescolaire...et parfois, je crois qu ils auraient besoin de passer plus de temps de qualite avec leurs parents plutot que d aller suivre un cours. Recherche interessante...
Bonjour Geneviève, je vous remercie pour votre question. Voici quelques précisions sur l’étude. Plusieurs paramètres des activités organisées ont été mesurés: le type d’activité, le nombre d’activités et le temps investi dans l’activité (avec un seuil minimum de 30 minutes par semaine). Dans le cadre de ma thèse, je m’intéressais surtout à la «diversité» des activités, c’est-à-dire le fait qu’un enfant participe à plusieurs sortes d’activités en même temps (ex. : pratiquer un sport individuel et une activité artistique). Je n’ai donc pas mis l’accent sur le temps investi dans les activités organisées. L’échantillon était composé d’enfants lavallois dont la participation aux activités organisées a été examinée de la maternelle à la 4e année. Quatre groupe ont été identifiés : (1) des enfants qui ne participaient pas du tout à des activités organisées, (2) des enfants dont la participation a augmenté au fil du temps, (3) des enfants dont la participation a diminué et (4) des enfants dont la participation a été constante et diversifiée. Les jeunes assignés à ce dernier groupe rapportaient pratiquer une à trois sortes d’activités organisée chaque année, au moment de remplir le questionnaire. En moyenne, ces jeunes obtenaient de meilleurs résultats sur les indicateurs d’adaptation mesurés dans notre étude. C’est ce résultat qui a inspiré le titre de l’article. Une autre étude réalisée au Québec (Denault & Déry, 2015) s’est plutôt penchée sur la fréquence de la participation aux activités organisées. Les enfants qui participaient plus fréquemment avaient de meilleures habiletés sociales et présenteraient moins de problèmes de comportement. Bien que ces résultats soient favorables à la pratique d’activités organisées, le nombre d’activités et la fréquence de la participation devraient être adaptés aux besoins de chaque enfant (et de leur famille). Vous avez raison lorsque vous soulignez l’importance de préserver des moments de calme, ainsi que de moments de qualité en famille. D’ailleurs, notre principale recommandation vise à augmenter l’accessibilité aux activités, tout en facilitant l’organisation familiale. Nous proposons que le gouvernement augmente l’offre d’activités organisées dans les écoles primaires du Québec. Si vous désirez obtenir plus d’informations, je vous invite à consulter ma thèse sur le catalogue Archipel des bibliothèques de l’UQAM: https://archipel.uqam.ca/11071/
Ce texte à base "scientifique" pourrait quand même mentionné quelle sorte de charge a été observé pour donner un barème au terme "surcharge". C'est quand même le titre de l'article.
Bonjour Nicholas, votre commentaire est tout à fait pertinent. Je vous invite à prendre connaissance de ma réponse à Geneviève pour obtenir certaines précisions concernant l’étude que j’ai utilisée dans le cadre de ma thèse. Il est possible d’examiner différentes dimensions des activités organisées, tel que le type d’activités (ex. : sport d’équipe, activité artistique, club et association), le nombre d’activité, la diversité des activités pratiquées (pratiquer une ou plusieurs sorte(s) d’activité(s)), la fréquence de la participation (nombre de fois par mois/semaine) et l’intensité de cette participation (nombre d’heures). Ma thèse portait sur la diversité des activités. Quatre groupes ont été identifiés, dont un où la diversité de la participation était plus élevée. Les jeunes assignés à ce groupe pratiquaient typiquement une à trois sortes d’activités différentes chaque semaine. Il s’agissait également du groupe le plus adapté selon plusieurs indicateurs comportementaux et scolaires. La charge dont il est question dans l’article est donc liée au nombre d’activités de différentes catégories pratiquées en même temps. Si vous désirez obtenir plus d’informations, je vous invite à consulter ma thèse sur le catalogue Archipel des bibliothèques de l’UQAM: https://archipel.uqam.ca/11071/
Je voudrais moi aussi savoir qu'est ce qui est considéré une 'surcharge'? A partir de combien d'activités par semaine, combien d'heures extra-curriculaires ?
Bonjour Catherine, votre question est fort intéressante, mais ce n’est pas simple d’y répondre. En général, la recherche indique que les cas d’enfants surchargés d’activités organisées sont rares. Toutefois, il est difficile de statuer sur un nombre d’activités ou d’heures à ne pas dépasser pour diverses raisons. Premièrement, certaines activités demandent plus d’efforts ou de ressources aux participants que d’autres. Deuxièmement, chaque enfant présente un portrait unique de forces et de faiblesses, et donc, différents enfants ne répondront pas de la même manière à une même activité. L’important est donc de respecter les besoins de l’enfant qui participent à ce type d’activité. J’ai toutefois trouvé une étude américaine datant de 1997 (Pettit et al.) qui révèle que les enfants qui participent à des activités organisées plus de 3 heures par semaine ont moins d’effets positifs que ceux qui participent entre 1 et 3 heures par semaine. Si vous désirez obtenir plus d’informations, je vous invite à consulter ma thèse sur le catalogue Archipel des bibliothèques de l’UQAM: https://archipel.uqam.ca/11071/
Bonjour Florence, je me demandais si, parmi les facteurs observés, vous aviez pris en compte le temps consacré à l’enseignement des arts (danse, musique, arts plastiques et art dramatique) durant les heures de classe. Le régime pédagogique prévoit qu’au moins deux disciplines soient enseignées au primaire (dont une en continuité de la première à la sixième année) mais on constate que ces prescriptions sont souvent contournées, que la qualité de l’enseignement des arts est menacé par la pertes des locaux qui y étaient dédiés et qu’on confie souvent cette tâche comme « complément » à des professionnels qui ne sont pas qualifiés et qui n’ont pas les compétences pour le faire. Parallèlement, il y a quelques rares écoles qui offrent aux élèves une heure par semaine dans chacune des 4 disciplines artistiques (en plus de l’éducation physique, de l’anglais langue seconde et des matières enseignées par les titulaires), toutes enseignées par des enseignants spécialistes qualifiés. J’aurais aimé savoir si vous aviez observé quelque chose en lien avec cet écart dans l’accès à une éducation artistique de qualité à l’école (et pas seulement en parascolaire). Merci !
Bonjour Elisabeth, je vous remercie pour votre question. Dans le cadre de ma thèse, je me suis intéressée aux loisirs organisés pratiqués en dehors de cursus scolaire uniquement. Je n’ai donc pas de résultats à présenter concernant l’enseignement des arts dans les écoles primaires. Toutefois, les résultats de ma thèse indiquent que les enfants qui ont accès à une plus grande variété de loisirs organisés durant le primaire obtiennent de meilleurs résultats sur plusieurs indicateurs d’adaptation. Le résultat principal étant qu’ils ont moins de symptômes intériorisés (ex. : tristesse, anxiété, retrait social). Cela peut représenter un argument de taille pour justifier que l’enseignement des arts soit maintenu dans nos écoles et qu’il soit de qualité.