Collaboration avec Ubisoft

À titre d'expert du système politique américain, Frédérick Gagnon a été consulté pour le scénario du jeu vidéo Far Cry 5.

20 Avril 2018 à 15H03

Le jeu Far Cry 5 a été lancé en mars dernier par Ubisoft.Image fournie par Ubisoft

Perdu au fin fond du Montana, le nouveau shérif de Hope County doit faire obstacle à un groupe de fanatiques survivalistes qui prépare depuis des années un coup d'État. «On arrive en hélicoptère, il n'y a pas de réseau Internet, nous sommes coupés du reste du monde. Notre première intervention tourne au désastre, on se réfugie dans les bois et il faut reprendre le contrôle de la région en attaquant ce groupe d'extrême-droite qui dit incarner le patriotisme américain», raconte avec un plaisir évident Frédérick Gagnon. À titre d'expert de la société américaine, le professeur du Département de science politique a collaboré avec les concepteurs du jeu vidéo Far Cry 5. Mis en marché à la fin mars par Ubisoft, le jeu connaît déjà un succès phénoménal.

Les créateurs du jeu ont voulu tester le réalisme de leur scénario et la crédibilité de certains détails concernant, notamment, le fonctionnement du système politique américain, spécialité du titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. «Ils voulaient vérifier, par exemple, si un U.S. Marshal peut s'allier à un shérif pour mener une telle intervention, ou comment fonctionne un mandat d'arrêt», illustre-t-il.

Image fournie par Ubisoft

Même s'il connaissait le dénouement de l'histoire, qui lui avait été révélé par les créateurs, Frédérick Gagnon a pris plaisir à jouer à Far Cry 5. «Le scénario du jeu décoiffe, observe-t-il avec amusement, mais en même temps il n'est pas si éloigné de la réalité. Il existe des groupes d'extrême-droite actifs aux États-Unis, comme l'ont démontré les événements survenus l'été dernier à Charlottesville, en Virginie. Et le pays est dirigé par un président qui a refusé de condamner haut et fort leurs agissements, minimisant même leurs actions…» Bref, côté réalisme, mission accomplie pour Ubisoft!

Le chercheur est heureux d'avoir pu collaborer avec l'entreprise et espère que d'autres occasions se présenteront dans le futur. «Les échanges que j'ai eus avec l'équipe d'Ubisoft ont nourri mes réflexions sur les jeux vidéo. Et si j'ai pu leur être utile, tant mieux!»

Un objet d'étude fascinant

Comme plusieurs personnes de sa génération, Frédérick Gagnon baigne dans les jeux vidéo depuis les premiers Atari et autres ColecoVision, Nintendo et Sega Genesis. «J'ai délaissé les jeux vidéo lors de mes études universitaires, raconte-t-il, mais je me suis racheté une console lorsque j'ai obtenu mon poste de professeur à l'UQAM, en 2008.»

Image fournie par Ubisoft

Dans ses cours, il utilise souvent des exemples tirés de la culture populaire afin d'aborder certains aspects de la société américaine. «Les exemples proviennent de films hollywoodiens et de jeux vidéo, car ceux-ci nous fournissent un reflet de la société à travers les récits, les idées, les valeurs et les stéréotypes qu'ils véhiculent.»

Les jeux vidéo ne servent pas seulement d'exemples, mais constituent désormais un objet d'étude à part entière. «Je supervise présentement une candidate à la maîtrise en science politique qui travaille sur la représentation des femmes dans les jeux vidéo, alors qu'un autre étudiant se penche sur la représentation des armes à feu, souligne-t-il. Ce sont des sujets de mémoire très intéressants!»

Un outil de propagande?

Frédérick Gagnon a publié il y a quelques années un article sur la série Call of Duty, réalisée par le studio Infinity Ward et éditée par Activision. Les trois premiers opus de ce jeu vidéo situaient l'action lors de la Seconde Guerre mondiale, mais les suivants mettaient en scène des conflits modernes fictifs. Ce sont ces derniers qui l'ont intéressé, notamment Modern Warfare (2007) et Modern Warfare 2 (2009). «Dans ces aventures, précise-t-il, on joue le rôle d'un soldat qui est confronté à  toutes sortes de menaces à l'échelle internationale. Par exemple, des organisations terroristes ou des nationalistes russes veulent détruire des villes américaines et on doit les en empêcher.»

Selon le chercheur, ces jeux reprennent le discours néoconservateur de George W. Bush après le 11 septembre 2001: nous vivons dans un environnement dangereux, la diplomatie ne sert pas à grand-chose pour enrayer les menaces à la sécurité américaine, il faut développer l'arsenal militaire et ne pas faire confiance à autrui sur la scène internationale. «Quand le personnage principal meurt, des slogans et des phrases célèbres prononcées à l'époque par Condoleezza Rice et Donald Rumsfeld apparaissent à l'écran!»

Ces jeux sont-ils des outils de propagande? «L'objectif est de plaire aux gamers au moment où le jeu est mis en marché, mais il est évident que certains créateurs sont fascinés par l'univers militaire et qu'ils ont reproduit la vision du monde qui était véhiculée à ce moment-là à Washington.»

Le Pentagone fait partie des consultants pour ce type de jeux, poursuit le professeur. «Et puisque les jeux vidéo sont si populaires, certains servent désormais d'outil de recrutement.» Le jeu America's Army, par exemple, est présenté comme étant le «jeu officiel de l'armée américaine».

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